L’île carrément perdue, tome 1 : Grog en stock

L’ÎLE CARRÉMENT PERDUE, tome 1 : GROG EN STOCK, par Sti (scénario) et Luc Cromheecke (dessin) (Kramiek, 2014)

Un naufragé et son chien désespèrent sur leur radeau de fortune jusqu’au jour où ils s’échouent sur une île a priori déserte, mais qui est en fait habitée par des cannibales convertis. Ce n’est que le début de ses aventures sur cette île pas si perdue que cela… Les rencontres vont être diverses et variées : des pirates français et britanniques, des cannibales, un ours dans sa grotte, des pingouins qui parlent et même des extraterrestres !! La vie sur cette île n’est pas de tout repos…

Voici un album acheté à notre retour de vacances. Cet été à Bruxelles, une exposition temporaire avait lieu au CBBD (centre belge de la bande dessinée), présentant les planches en français du volume 2 de cette série (album disponible pour l’instant uniquement en flamand). Avec mon homme, on avait aimé cet humour décalé et loufoque, et on s’est décidés à acheter le premier tome à notre retour. On n’a pas été déçus par cette histoire loufoque et complètement décalée. Les petites histoires se déroulent sur plusieurs planches et mises bout à bout, constituent un album avec un fil directeur qui tient la route. A l’origine, ces histoires étaient publiées dans le magazine Spirou, on comprend mieux ce choix de découper l’histoire. Le scénario est empli de références typiques du récit d’aventures : pirates, cannibales, marins… On trouve aussi des éléments bien plus loufoques tels des pingouins, des extraterrestres ou encore Spirou et Fantasio… Les références sont nombreuses et souvent drôles, j’ai passé un bon moment à rire ou sourire (un peu bêtement parfois !). Le dessin ne joue pas la carte du réalisme, avec un trait au départ déconcertant parce que tremblant, mais au final il correspond bien à l’esprit humoristique de l’album. Les couleurs sont vives et agréables, ajoutant un côté de pep’s à cette histoire. C’est donc un album complètement décalé avec un humour particulier jouant sur l’absurde que nous proposent le scénariste français et le dessinateur belge flamand. Personnellement, j’ai bien accroché et j’espère pouvoir lire la suite lorsqu’elle sortira en français (le tome 2 étant sorti en flamand en juin dernier, on peut espérer que ce soit pour bientôt).

A partir de 10 ans selon l@BD.

On en parle (peu) sur les blogs : SambaBD, mais un peu plus sur les sites spécialisés : Bodoi, Auracan.

Voir le blog de Sti et celui de Luc Cromheecke.

Marina, tome 1 : Les enfants du Doge

MARINA, tome 1 : LES ENFANTS DU DOGE, par Zidrou (scénariste) et Matteo (dessin), (Dargaud, 2013)

1342, nous sommes à Venise. La puissante cité marchande méditerranéenne décide de procéder à l’échange de la fille du Doge contre le fils du sultan turc, preuve de leur alliance et leur bonne volonté. Mais cette action diplomatique est contrariée par les plans de pirates grecs qui ont tué le fils du sultan et prennent en otage Marina, fille du Doge. Ce qui n’était pas prévu, c’était que le fils du Doge, Zuane, serait aussi sur le bateau prévu pour l’échange. Alors les pirates grecs capturent aussi le jeune fils du Doge, et emmènent le frère et la soeur à Doulopolis, la cité des otages, une île perdue au milieu de la mer Egée… Là, ils vont connaître le pire : maltraitance, viol, torture… en attendant que la cité de Venise paie la rançon exigée par les pirates… En rentrant à Venise, Marina est changée et envoyée de suite au couvent… De nos jours, dans cette même cité de Venise assaillie désormais par les touristes, trois passionnés de l’histoire de la cité se retrouvent. Parmi eux, un professeur qui a pour projet d’exhumer une épave avec dessus une sirène. Mais avec cette découverte, les Vénitiens pensent que la fin de la cité est proche, une malédiction s’abattrait sur la ville… Mais pourquoi Marina est-elle crainte comme cela, près de 700 ans après sa disparition ?

Voici un album choisi au départ uniquement pour son scénariste. Je ne savais pas à quoi m’attendre, j’ai peu vu cet album sur les blogs de lecteurs que je fréquente. Ici, point d’histoire réaliste, mais plutôt une fresque historique avec un brin de fantastique. Je dois dire que les premières pages commençaient bien : les représentations de Venise sont magnifiques, très détaillées. Mais après, j’ai vraiment eu du mal : je n’ai pas aimé le dessin, surtout les portraits, qui n’embellissent pas les personnages. Marina et Zuane ont des yeux exorbités. Certains personnages de notre époque font presque peur, avec leur sourire menaçant. La servante de Marina elle aussi fait parfois un peu peur, à un moment j’ai même cru apercevoir le sourire du Joker sur son visage… 😉 Heureusement qu’il y a dans le récit quelques jolis décors de Venise, et que les bateaux sont particulièrement bien représentés, car je trouve que certaines cases laissent à désirer, on a parfois l’impression de n’avoir qu’un crayonné en couleur, car ces cases-là ne font pas terminées, et encore parfois les couleurs sont elles aussi décevantes. L’histoire met du temps à démarrer, j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois, mais au final cette histoire de pirates est assez intéressante. Pour moi, le scénario sauve clairement les carences du dessin. Il y a pas mal d’allers-retours entre le 14ème et le 21ème  siècle, et cet album fait se poser un certain nombre de questions : Qui est Marina ? Pourquoi est-elle crainte à son époque, mais aussi maintenant ? Que se passe-t-il dans la Venise actuelle, serait-ce la fin de la cité à cause de la découverte de la Pantegana ? Ceci n’est que le premier tome, et pose donc les bases de l’intrigue. A voir si je lis le suivant ou pas mais de toute façon, il n’est pas encore sorti.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Noukette, A voir à lire, Samba BD

Premières pages à lire sur le site de l’éditeur.

A bord de l’Etoile Matutine, librement adapté du roman de Pierre Mac Orlan

A BORD DE L’ETOILE MATUTINE, librement adapté du roman de Pierre Mac Orlan, par Riff Reb’s (Soleil, 2009, coll. Noctambule)

Un homme vieillissant fait la lecture du roman de sa jeunesse au début du XVIIIe siècle. Il y raconte un premier meurtre alors qu’il n’était que jeune adolescent puis sa participation au monde des « gentilshommes de fortune », autrement dit les pirates. Il embarque à bord de l’Etoile Matutine, et évoque tour à tour les abordages et les pillages, le sort d’une diva abandonnée sur une île, la menace de la peste noire à Veracruz, les « naufrageurs » bretons (pilleurs d’épaves)…

C’est le 2ème album de Riff Reb’s que je lis, après le très réussi « Le loup des mers« , qui était lui adapté d’une oeuvre de Jack London. A bord de l’étoile Matutine a été publié 3 ans avant Le loup des mers, le dessin est le même, les personnages ont vraiment des visages particuliers et reconnaissables, les pirates ont des visages torturés par le sel et l’aventure sur les océans. Certains font vraiment peur et correspondent tout à fait à l’image qu’on se fait des pirates au XVIIIème siècle. Le trait de Riff Reb’s est réaliste, complexe et très agréable à regarder, car il faut chercher les détails. Il alterne les gros plans sur les visages avec les paysages, sur terre ou sur mer, ce sont vraiment des dessins magnifiques. Au niveau des couleurs, comme pour Le loup des mers, il y a une couleur principale par planche, ce qui participe à l’ambiance de l’album. Bref, rien à dire sur le dessin, toujours au top. Par contre au niveau du scénario, j’ai été moins conquise, car l’histoire est beaucoup plus décousue : il s’agit de tranches de jeunesse du narrateur devenu vieux, alors que suite à ses méfaits sur terre, il s’est engagé comme pirate à bord de l’Etoile Matutine. Chaque chapitre aborde un moment différent, et j’ai trouvé que tout cela était assez décousu : on passe d’un épisode à l’autre, certes avec des personnages en commun, mais c’est à chaque fois une nouvelle petite histoire. J’ai donc eu du mal à lire cet album en une seule fois, je n’ai pas été spécialement emportée par l’histoire, d’autant que le jeune garçon narrateur de l’histoire est assez effrayant (avec ce qu’il a fait sur la terre ferme avant de suivre les pirates). Il y a vraiment trop de cruauté et de violence pour moi dans cet album. Je place donc cet album en dessous du Loup des mers, mais j’espère bien continuer ma découverte des œuvres de Riff Reb’s…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Les riches heures de Fantasia, Temps de livres, Ivres de lecture, Bulles picardes

Le loup des mers, librement adapté du roman de Jack London

LE LOUP DES MERS, librement adapté du roman de Jack London, par Riff Reb’s (Soleil, 2012, coll. Noctambule)

Dans la baie de San Francisco, après le naufrage du ferry-boat Martinez, Humphrey Van Weyden, un gentleman fluet, critique littéraire de profession, est recueilli sur « Le fantôme », une goélette dirigée par le capitaine Loup Larsen. Pensant au départ être ramené à terre, Humphrey va vite déchanter : il est enrôlé de force comme mousse par le terrifiant capitaine de goélette, qui s’avère être buveur, violent mais aussi très cultivé. Leur direction : le Japon, pour y chasser le phoque. Autant dire que le voyage va être bien long pour celui qui ne devait au départ que traverser la baie de San Francisco. Entre les deux hommes, une drôle de relation va se nouer, entre admiration et mépris. Les joutes verbales vont se multiplier, mais il n’en reste pas moins que Loup Larsen a toujours le dessus lorsqu’il s’agit de décider de la vie de ses passagers, marins engagés volontairement ou non. Et lorsque, à la suite d’une tempête, une femme arrive à bord, elle va être l’objet de la convoitise du capitaine et de « Hump », qui n’en peut plus de ce voyage forcé…

Whah, quel album ! Je ne pensais pas, en voyant la couverture, que cet album me plairait autant. L’histoire de Jack London est magnifiquement servie par un dessin vif, usant de très peu de couleurs (une par chapitre, qui donne une teinte particulière à l’histoire). Les portraits de Loup Larsen sont particulièrement réussis, et le rendent aussi fascinant qu’effrayant. Le trait est particulier au départ, mais on s’y fait vite, et il est au final complètement adapté pour cette histoire maritime. Le personnage du capitaine, véritable force de la nature, est impressionnant par sa carrure, son érudition, mais aussi sa cruauté, lorsque par exemple il laisse volontairement deux de ses marins se noyer sans leur porter assistance, car ceux-ci avaient auparavant tenté plusieurs fois de le tuer. Loup Larsen fait régner une ambiance très lourde sur son bateau, et parvient toujours à déjouer les plans visant à le supprimer. Il est vraiment impressionnant et on sent que Humphrey (le narrateur de l’histoire) est à la fois impressionné lui aussi par les capacités physiques et intellectuelles de cet homme, mais aussi complètement transi de peur face à lui. Le scénario est donc particulièrement bien construit, l’atmosphère est tendue et Riff Reb’s parvient sans problème à nous embarquer dans ce récit. On ressort chamboulé par ce huis-clos pesant par tant de cruauté, avec une impression que pour Humphrey, il n’existe pas de solution meilleure qu’une autre (ou plutôt moins pire). Sur la fin, avec l’arrivée de Maud, on espère une fin heureuse, personnellement j’y ai cru jusqu’à la dernière page, mais… Bref, Le loup des mers est un album à ne surtout pas manquer !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (pas mal) sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Temps de livres, OliV, Noukette, Mitchul, D’une berge à l’autre

Interview de l’auteur à lire sur le blog BD de Madmoizelle.

Cet album a été primé lors du festival Quai des bulles à Saint Malo en 2013 (prix Ouest-France), et a aussi reçu le prix BD Fnac 2013.

Les 6 premières planches sont à voir (et à admirer !) sur le site de l’éditeur.

Le roman original de Jack London est à lire sur le site ebooksgratuits (en PDFhtml, ePub…)