Entre ici et ailleurs

ENTRE ICI ET AILLEURS, par Vanyda (Dargaud, 2016)

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Coralie est une jeune femme de 28 ans qui est de nouveau célibataire, après une histoire de 7 ans avec Régis. Mais depuis cette rupture, cela ne va pas fort pour elle : elle n’aime plus sortir avec ses amis, surtout que son ex fait partie de cette même bande. Son travail l’occupe bien la semaine, elle s’entend bien avec ses collègues, mais le week-end est assez vide, heureusement que son frère lui propose des moments ensemble : arrivée impromptue, week-end parisien… Et puis Coralie décide aussi de prendre sa vie en main, en s’inscrivant aux cours de capoeira, art martial brésilien, malgré les railleries de son frère. Là, elle va rencontrer du monde, parler de ses origines paternelles laotiennes…

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La révolution dans la peau [roman]

LA RÉVOLUTION DANS LA PEAU, par Serge Rubin (Talents hauts, 2016, coll. livres et égaux +)

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Juillet 1789, à Basse-Terre, en Guadeloupe. Lucile, fille de planteur de canne à sucre, vit dans l’aisance, et est fiancé avec son voisin et ami d’enfance, Pierre Grandpré. Elle profite du système de l’esclavage très répandu dans l’île, qui compte 10000 blancs pour 90000 esclaves noirs. Elle ne considère pas les esclaves comme des êtres humains, et se moque même lorsque l’un d’entre eux est fouetté ou battu. Il n’y a que pour sa nourrice, Rose, qui l’a élevé, qu’elle a un peu de considération. Une fois mariée, Lucile doit obéir à son mari, lui aussi planteur et pro-esclavage. Alors quand on annonce qu’en métropole, une loi va abolir l’esclavage, les planteurs guadeloupéens se regroupent et décident d’envoyer un émissaire à Paris pour faire pression sur les députés de leur camp. Pierre est choisi, et Lucile insiste pour l’accompagner à la capitale, elle qui n’est jamais sortie de son île. Volontairement, elle omet de lui annoncer sa grossesse, mais c’est juste avant le départ que Rose lui donne un courrier qui va bouleverser son existence : Lucile, blanche de peau, est en réalité la fille de sa nourrice noire… Mais quelle sera la couleur de la peau de son enfant ? Et comment son mari, raciste convaincu, va-t-il réagir ?

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L’amour est une haine comme les autres

L’AMOUR EST UNE HAINE COMME LES AUTRES, par Stéphane Louis (scénario), Lionel Marty (dessin) et Véra Daviet (couleurs) (Bamboo, 2017, coll. Grand angle)

amour haine autresQuelque part en Louisiane en 1948, un noir est tabassé dans une ruelle par un groupe de blancs racistes. Arrive alors un homme blanc qui a l’air bien remonté, mais pas pour les mêmes raisons… Retour en arrière : 1929, Abelard surnommé « Abé » est un jeune noir ami avec un jeune blanc rouquin, Will. Le premier, vif et intelligent a perdu son père et vie seul avec sa mère dans une cabane en bois, tandis que Will, qui n’est pas une lumière est bien né dans une famille d’entrepreneurs raciste membre du KKK. Suite à une mauvaise chute, Abé est sauvé de la noyade par son copain, et pour remercier Will de son geste, Abé va l’aider à apprendre ses leçons, pour que Will puisse reprendre l’entreprise de son père. Les deux garçons concluent alors un pacte pour la vie ». En 1946, alors que Will a repris les rênes de l’entreprise, le racisme est toujours aussi présent. Abé est employé par Will et subit les remarques de ses « collègues » et de son patron, mais en vrai c’est lui qui gère les comptes, Will n’étant raciste qu’en façade. Mais leur belle amitié cachée aux yeux de tous va être mise à mal par leurs familles ainsi que par une femme qui convoite l’argent de Will plus que l’homme… Lire la suite

Ma petite sœur d’occasion [roman]

MA PETITE SŒUR D’OCCASION, par Eric Sanvoisin (Nathan, 2016, coll. Nathanpoche)

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Hugo Blanc est fils unique. En dernière année à l’école primaire, il est bien content d’avoir ses parents pour lui tout seul. Alors quand un jour ces derniers lui annoncent qu’ils vont adopter en Ethiopie Fabyby, une petite fille, Hugo se fâche et refuse de les écouter. Et lorsqu’ils se rendent en Ethiopie pour la chercher, Hugo est obligé d’aller loger chez sa grand-mère pendant leur absence. Comment annoncer cela à sa bande de copains qui martyrisent les plus petits sur la cour de récré ? Comment vont-ils réagir s’il leur annonce qu’il va avoir une petite sœur noire ? Lire la suite

Deadline

DEADLINE, par Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi (Glénat, 2013)

Pendant la guerre de Sécession, du côté des Sudistes. Nous sommes en Géorgie, dans un camp de prisonniers nordistes. Un jeune soldat, Louis Paugham, doit surveiller un groupe de Yankees, juste séparé d’eux par une ligne surnommée la deadline. Difficile pour lui de ne pas s’assoupir alors que la nuit s’annonce longue. Au départ peu intéressé par les prisonniers, il observe de façon de plus en plus intriguée un soldat noir imperturbable et au regard toujours droit. Le jeune soldat Paugham ne parvient pas à remplir sa mission et s’endort. C’est au petit matin qu’il découvre que l’homme noir a disparu… Il retrouve son cadavre mutilé accroché à un arbre, par des soldats sudistes qui fonderont quelques temps plus tard le Ku Klux Klan. Des années plus tard, il n’a qu’une obsession, venger cet homme qu’il n’a pas eu le temps de connaître plus, mais pour lequel il avait des sentiments…

Voici un album en one-shot, choisi pour une fois par mon homme. Personnellement, la couverture ne me tentait pas, mais je crois en fait que je ne l’avais pas regardée attentivement, car elle regorge de détails sur l’histoire. Je me suis donc lancée dans cet album sans trop d’attentes, et je ne m’attendais pas à tant de violence. La période de la guerre de sécession ne m’intéresse pas plus que cela, mais elle n’est pas omniprésente dans l’histoire non plus, puisque l’album commence en 1901, avant de faire un retour en arrière 40 ans plus tôt, puis lors de l’enfance du héros, avant de se terminer au début du 20e siècle. Le personnage principal de l’histoire n’est pas spécialement attachant, et il ne fait rien pour le paraître : il est très solitaire, taiseux et depuis la mort de ses parents puis du soldat nordiste, n’est animé que par un sentiment de vengeance, qui ne le rend pas spécialement sympathique. Le scénario de cet album est très habilement construit, avec des références nombreuses comme le Ku-Klux-Klan ou les deux armées de la guerre de sécession, ou encore la répression de l’homosexualité par les ultra-conservateurs. Le dessin de Christian Rossi est magnifique, sublimé par les couleurs souvent dans les tons jaune terre, et les portraits sont particulièrement jolis (à ce propos, le cahier graphique en fin d’album vaut vraiment le coup d’œil). Le trait complète très justement le scénario qui tourne bien, multipliant les thèmes sans pour autant être désorganisé. Cette histoire d’hommes, ponctué par la présence (à mon goût trop éphémère) d’une femme, se lit très bien, et c’est finalement un duo d’auteurs que je découvre là, et que je compte bien retrouver, en duo ou séparés, dans de prochaines lectures !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Blog BD Sud-Ouest, Blog Brother, D’une berge à l’autre, L’attrape-livres

Premières planches à voir sur Izneo.

Irmina

IRMINA, par Barbara Yelin (Actes Sud / l’an 2, 2014)

Au milieu des années 1930, Irmina est une jeune femme qui veut être indépendante. Allemande originaire de Stuttgart, elle part en Angleterre suivre des cours dans une école internationale de secrétariat, aidée financièrement par ses parents. Là, elle rencontre un beau jour Howard, un jeune homme talentueux britannique, originaire de l’île caribéenne de la Barbade. Fascinée par le jeune étudiant noir, Irmina découvre à ses côtés Oxford, la ville où son ami poursuit ses études. Cette rencontre est aussi l’occasion pour elle de côtoyer un jeune homme différent qui rencontre fréquemment des situations de racisme lié à sa couleur de peau. Pour Irmina, c’est différent, c’est la situation politique en Allemagne qui pose question aux Anglais. Hitler a en effet gagné le pouvoir depuis 1933, et les relations diplomatiques se tendent de plus en plus. Irmina subit ces désagréments, en n’étant plus la bienvenue partout en Angleterre. Elle perd son logement à cause de ses origines, et l’argent que ses parents lui envoyaient ne lui parvient plus. N’ayant plus de nouvelles d’Howard, son seul ami en Angleterre, elle décide de rentrer dans son pays natal, persuadée qu’elle pourra retraverser la Manche facilement. Embauchée au ministère de la guerre, on lui fait espérer un poste à l’ambassade allemande à Londres, mais il n’en sera rien. L’emprise d’Hitler sur le peuple allemand va bloquer les relations diplomatiques, et le poste promis tarde à arriver. Pour se protéger et garder son confort, la jeune femme qui se voulait indépendante va mettre de côté ses ambitions et  fréquenter des jeunes hommes faisant partie des SS. Parmi eux, Gregor qui tombe amoureux d’elle. Ils se marient et ont un fils, mais la vie rêvée d’Irmina est bien lointaine…

Voici un gros pavé de 270 pages que j’ai acheté à Angoulême en janvier dernier. Si j’avais attendu un peu au stand de l’éditeur, j’aurais pu le faire dédicacer, mais ce jour-là, je n’ai pas pris le temps de revenir faire signer l’album de cette auteur allemande. J’ai dévoré cette histoire qui suit le parcours d’une jeune femme qui se veut indépendante, alors que les circonstances vont aller contre son destin et qu’elle va devoir revoir ses ambitions pour conserver un mode de vie. La grande et la petite histoire se mêlent de façon habile, et dès le début de l’histoire on entrevoit l’accumulation d’éléments qui aboutiront à la guerre. Irmina est souvent attachante, parfois naïve, parfois agaçante, mais on peut comprendre qu’en ces temps troublés, elle cherchait parfois plus à survivre, quitte à mettre de côté son indépendance. Le scénario est bien construit, de façon chronologique, et donc on n’est pas perdus. Le dessin de l’auteur allemande est très joli, très agréable, appuyé par des couleurs dans les tons gris, bleus, marrons, qui ajoutent encore de la consistance au récit, basé sur l’histoire de la grand-mère de l’auteure. J’ai beaucoup aimé les portraits qu’elle trace, ainsi que les pleines pages qui sont réellement magnifiques à admirer. La fin du récit est bouleversante, lorsqu’Irmina se rend compte que sa vie aurait pu être différente, s’il n’y avait pas eu la guerre, si les circonstances avaient été différentes, si elles avait fait d’autres choix… Il y a un côté doux-amer qui ressort de cet roman graphique, qui fait aussi réfléchir sur sa propre vie et ses choix. Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette fresque historique qui mêle l’histoire d’Irmina, allemande lambda prise dans un tourbillon plus grande qu’elle, et l’histoire officielle. Irmina est mon coup de cœur du moment !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La soupe de l’espace, A chacun sa vérité, Lettres exprès, Le goût des livres, Livresse des mots

Quelques planches sur le site de l’éditeur allemand.

Prix Artémisia 2015, récompensant un album réalisé par une femme.

C’est ma neuvième participation à la bd de la semaine, cette semaine chez Noukette

Sixteen Kennedy Express

SIXTEEN KENNEDY EXPRESS, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Bastien Quignon (dessin) (Sarbacane, 2014)

A l’été 1968, dans une petite ville calme des Etats-Unis, un ado s’ennuie d’autant plus qu’il vient d’apprendre qu’il va passer les deux mois de vacances avec le bras plâtré. Par hasard à la radio, il apprend que Robert Kennedy a été assassiné, et que sa dépouille va être transportée en train jusqu’à Washington, en passant par sa ville. Fan des Kennedy, l’ado est fou de joie. Sur place, il rencontre une ado, Sixteen, qui l’embrasse subitement. Il sait peu de choses d’elle, mais c’est le début d’une idylle entre les deux ados, ponctuée par la rencontre avec les amis de la jeune fille ou encore avec Bud, un homme un peu dérangé suite à la guerre du Vietnam…

Voici un album qui faisait partie des nouveautés à la bibliothèque, et je dois avouer l’avoir choisi uniquement à cause des jolies couleurs pastel de la couverture et au style rétro du titre. Le titre n’était pas très clair, n’avait pas spécialement de signification. Je retrouve avec cet album deux auteurs qui ont déjà collaboré ensemble, sur El Paso, sorti il y a deux ans. Au départ, je n’avais pas fait attention aux noms, ce n’est que lorsque j’ai ouvert que j’ai reconnu le dessin, très flou, monochrome, et assez difficile au premier abord pour rentrer dans l’histoire. Je ne suis pas donc toujours pas fan du trait, même si je reconnais bien qu’il est très original et qu’il peut plaire à certains lecteurs. Comme certaines cases sont particulièrement petites, les décors sont parfois zappés. L’essentiel des dessins représente donc les personnages, et on arrive tout de même à les distinguer les uns des autres. Le trait au fusain donne un côté vaporeux à l’histoire qui se déroule à la fin des années 1960, dans une Amérique tiraillée par la guerre et le racisme, et cela correspond tout à fait pour ce bond dans le temps. Au départ, le scénario se concentre sur l’idylle entre les deux ados, puis vers le milieu de l’album, l’intrigue s’intéresse plus à Bud, l’homme psychologiquement dérangé suite à sa participation à la guerre au Vietnam. Les deux ados vont pourtant découvrir que ce n’était pas le cas. J’ai préféré cette deuxième partie, qui à mon goût arrive trop tardivement dans l’histoire. C’est vraiment à partir de ce moment-là que j’ai trouvé l’histoire intéressante, loin de l' »anecdote » du début, avec cette fois des thématiques plus larges qu’adolescentes. De plus, c’est là aussi qu’on a des indices sur l’identité de la jeune fille. C’est ainsi clairement cette seconde moitié de l’histoire que j’ai appréciée. Je garde donc une impression globalement bonne sur cet album, même s’il a pour moi certains défauts, mais c’est vraiment l’ambiance et la fin qui sauvent, pour moi, cet album original.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Petites madeleines, Au milieu des livres, 23 peonies, Serial blogueuses, A propos de livres, Mille vies en une

Aller voir le blog de Bastien Quignon.