BD fait de société

Nous ne serons jamais des héros

NOUS NE SERONS JAMAIS DES HÉROS, par Frédérik Salsedo, Olivier Jouvray et Greg Salsedo (Le Lombard, 2010, coll. Signé)

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Michaël, dit Mick, a une petite trentaine d’années, pas de boulot fixe ni de petite amie… Sa vie est vraiment peu palpitante, et va être bousculée par un coup de fil de son père : sa grand-mère vient de décéder. Avec sa soeur, bourgeoise un brin excentrique, il se rend à la sépulture, et retrouve son père qu’il n’avait pas vu depuis plusieurs années. Ce dernier n’a pas changé, toujours aussi acariâtre. Quelques temps plus tard, le père rappelle le fils et lui propose de l’accompagner pour un tour du monde, pour l’assister. En effet, le père est physiquement diminué depuis un accident de la route qui a tué sa femme, la mère de Mick, 25 ans plus tôt. Après réflexion, le fils accepte d’accompagner son père. Les voilà partis pour une virée autour de la planète : La Réunion, Mayotte, New-York, San Francisco, Vietnam, Inde, Maroc, Finlande. Ils retournent sur les lieux où lui et sa femme sont allés, et c’est l’occasion pour le père de raconter des épisodes de son passé. Au départ, Mick est très peu curieux, très renfermé. Au fil des voyages, il va s’ouvrir et découvrir des facettes méconnues de son père… Ce tour du monde va changer sa propre vie.

Superbe album que ce « nous ne serons jamais des héros » ! J’ai adoré cet album, tant le scénario que le dessin et les couleurs, et j’ai eu du mal à le refermer une fois les 88 pages terminées. C’est plein de sensibilité, il y a aussi des moments avec de l’humour (accentué par certains visages un peu exagérés, mais qui passent très bien dans l’histoire), les paysages sont magnifiques. On est comme le fils, un peu triste de ne passer que très peu de temps à chaque endroit, car à chaque fois, le père ne fait qu’effleurer ses souvenirs d’un lointain passé avec sa femme, et choisit de repartir vers une autre destination.  On sent au fil de l’album qu’il y a quelque chose qui cloche chez le père, et on s’interroge sur les vraies raisons de ce voyage. On se demande pourquoi entre lui et son fils il y avait si peu de contacts, et pourquoi là, pendant le voyage, le père se dévoile peu à peu. J’ai aimé le fait que le fils s’intéresse plus à son père et à sa mère disparue, car au début de l’album il est vraiment mou et assez inintéressant. Il ne se pose pas de questions, n’est pas curieux… et c’est le voyage qui va le réveiller, le révéler pourrait-on dire. J’ai aussi aimé le fait que ce ne soit pas qu’un voyage entre les deux hommes, pas seulement une histoire de famille et un voyage initiatique, mais qu’il y ait une histoire d’amour, même brêve pendant l’album. Même si ça fait peut-être un peu cliché, ça permet de ne pas enchaîner les différentes destinations à la suite, et ça permet de sortir du huis-clos entre les deux hommes. Petite chose bête enfin : j’ai aussi aimé le fait que les dialogues en anglais ne soient pas traduits, même s’ils ne sont pas bien compliqués à comprendre. Cela permet de rester dans l’histoire, et ça ne cloche pas du tout. Bref, avec un scénario très bien construit, un dessin adéquat et de magnifiques couleurs, tous les ingrédients sont réunis pour faire un très bel album, à mettre entre toutes les mains !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Bulles et onomatopées, Lire au jour le jour, Le grenier de Choco

Le site de Greg Salsedo, qui a fait la couleur, est à visiter, tout comme le blog du dessinateur Frédérik Salsedo.

BD fait de société

Les princesses aussi vont au petit coin

LES PRINCESSES AUSSI VONT AU PETIT COIN, par Christophe Chabouté (Vents d’ouest, 2011)

https://i1.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/7/0/0/000935700.jpgJorn est un jeune homme quelque peu dérangé qui s’échappe d’un hôpital psychiatrique et s’incruste auprès d’un couple de quarantenaires qui voyage dans un camionnette. En les menaçant d’une arme, il les emmène dans son road movie, vers un endroit où se trouvent ses dossiers compromettants qui lui permettraient de révéler à la face du monde le vaste complot qui se trame… Le couple repère assez vite que tout ne tourne pas rond dans la tête de Jorn et que ses prétendues révélations n’en sont pas, et le trio va poursuivre sa route ensemble…

Voici un autre album de Christophe Chabouté, que j’ai découvert avec l’adaptation de Construire un feu et le génial Tout seul. Ayant bien apprécié ces deux histoires, je continue dans ma lancée avec cet album qui semble avoir eu provisoirement deux autres titres : « Folie douce » et « le secret de polichinelle ». Ces deux titres sont plus compréhensibles d’ailleurs que le définitif, que l’on ne comprend qu’à la dernière planche de l’histoire. Le scénario de cette histoire est particulièrement bien construit : Chabouté égrenne différents éléments bien distincts les uns des autres, on ne comprend pas toujours tout, mais le puzzle ne se reconstitue complètement qu’à la toute fin de l’histoire, et on comprend pourquoi certaines cases ont été ajoutées à certains moments de l’histoire.

Le dessin est le même que pour les deux autres albums que j’ai lus de Chabouté. Le trait est assez sec, assez nerveux, réaliste. Il y a de nombreux aplats de noir, et le jeu entre le noir et le blanc correspond bien à l’ambiance de l’histoire. Bref, c’est super bien construit, j’ai beaucoup aimé le retournement de situation à la fin, et l’idée de n’avoir le dénouement de l’histoire qu’à la toute fin (ou alors je n’ai pas été assez futée pour le deviner avant !)

Non mentionné sur le site BD du CNDP, mais pas avant le lycée.

Feuilleter les premières pages sur le site de l’éditeur.

On en parle sur la Toile : Le grenier de Choco, Lecture de Richard, Blog de Guy, D’une berge à l’autre.

BD hors de nos frontières

Un américain en balade

UN AMÉRICAIN EN BALADE, par Craig Thompson (Casterman, coll. Ecritures, 2005)

https://i0.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/8/7/2/000826872.jpgRécit de voyage de l’auteur en Europe et au Maroc pendant 2 mois et demi en 2004 : Craig voyage pour la promotion de son roman graphique Blankets. Son éditeur lui a demandé de dessiner son voyage. Dans son carnet, on retrouve des superbes paysages urbains (Paris, Lyon, Barcelone, Marrakech…), mais aussi de nombreux portraits féminins. Il raconte au jour le jour, presque en direct ses rencontres, ses doutes, ses découvertes, les moments agréables ou non…

J’ai choisi cet album à la bibliothèque pour l’auteur que je connaissais depuis l’énorme roman graphique (un pavé de plus de 600 pages) que j’avais lu et chroniqué sur ce blog il y a bien longtemps : Blankets, manteau de neige. Je ne m’attendais pas à ce que cet album soit lui aussi autobiographique, et relate la suite des aventures de l’auteur, à faire la promotion du premier album qui a bien fonctionné en Europe. En effet, il est convié un peu partout pour des salons, des dédicaces, des rencontres… C’est intéressant de voir le point de vue d’un auteur sur son travail, car finalement assurer la promotion fait aussi partie du job, non ? Le trait est le même que pour Blankets, en noir et blanc, et assez détaillé. Cet album est aussi intéressant pour les rencontres qui s’y passent : au Maroc, avec les locaux, pas toujours agréables avec Craig, mais aussi en Europe, où il est reconnu en tant qu’auteur de BD, et rencontre des noms connus du domaine : Berbérian, Blutch, Trondheim… D’ailleurs, clin d’oeil, l’album de 222 pages comporte quelques dessins de ces auteurs, ce qui nous rend presque proche d’eux.

Un américain en balade est un album assez inattendu, où on voit le travail d’un auteur d’un point de vue différent, de l’intérieur. Craig Thompson est assez souvent critique sur ce qu’il observe, et ne veut pas décrire un monde idyllique : lorsque les rues d’une ville sont sales, il le dit / le dessine, lorsque les gens sont désagréables, il l’écrit, et j’ai bien aimé ce côté franc et brut de ce carnet de voyage.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La Vita Nuda, Lectures d’ici et d’ailleurs. Voir aussi le court point de vue de l’Express sur l’auteur.

Craig Thompson a un blog, en anglais of course, qu’il tient depuis plus de 4 ans.

BD fait de société

L’autoroute du soleil

L’AUTOROUTE DU SOLEIL, par Baru (Casterman, 1995).

http://phylacterium.files.wordpress.com/2010/07/baru-lautoroute-du-soleil-1995.jpgKarim a 22 ans, et un certain nombre de rumeurs existent à son sujet : il revendrait de la drogue, aurait le sida, serait l’amant de femmes riches… Mais cela n’a jamais été vérifié. Alexandre, 17 ans, est un rouquin fan absolu de Karim. Un jour, il parvient à passer quelques heures avec lui, et Karim l’abandonne la nuit pour aller rejoindre une femme, épouse de Faurissier, un leader d’un parti politique extrêmiste nommé l’Elan National Français. L’époux arrive et trouve les deux ensemble. Le temps qu’il redescende appeler du renfort pour tabasser Karim, Alexandre parvient à prévenir le jeune homme et voilà les deux loustics qui fuient le puissant Faurissier. Ils quittent leur Lorraine natale pour se retrouver dans les Vosges, puis sur l’Autoroute du soleil. Leur périple va être mouvementé, et constellé de rencontres plus ou moins bénéfiques à leur fuite…

Voici un récit choisi un peu hasard dans une bibliothèque, peut-être à cause de l’auteur que je ne connaissais que de nom, mais je savais qu’il était reconnu par la profession (une exposition lui a été consacrée lors de la dernière édition d’Angoulême, et il était président du jury). Il s’agit d’un pavé (plus de 400 pages), et cet album a été réédité plusieurs fois chez Casterman dans la collection Ecritures, en 2 tomes puis en intégrale. De plus, il a reçu l’Alph-art du meilleur album en 1996.

A vrai dire, je ne suis pas fan du dessin, pas assez travaillé à mon goût, les traits sont assez exagérés (par exemple les molosses de Faurissier). Il y a tellement de pages qu’on ne peut pas s’arrêter sur chacun des dessins (à moins de vouloir y passer un mois entier), donc pour moi ce n’est donc pas l’essentiel de cet album. De plus, c’est assez cru, brut de décoffrage : racisme, filles en petite tenue (ou sans d’ailleurs), et j’en passe. Ce n’est pas cela qui m’a le plus intéressé dans ce roman graphique, mais plus l’histoire de la fuite de deux personnages assez opposés au départ, qui vont se lier d’amitié et qui veulent tous les deux sauver leur peau. L’histoire est racontée de façon tellement fluide qu’on veut savoir ce qu’il arrive aux deux jeunes gens. Un assez bon album, même s’il n’est pas dans les meilleurs que j’ai lus. D’ailleurs les avis de Yaneck, de Krinein et de blog-culturel sont assez contrastés…

A partir de 15 ans selon la base BD du CNDP.

BD fait de société

Lulu femme nue, second livre

LULU FEMME NUE, second livre, par Etienne Davodeau (Futuropolis, 2010)

On retrouve Lulu après 17 mois d’attente. Cette fois-ci c’est sa fille Morgane qui raconte aux amis de sa mère comment elle a vécu loin de sa famille, au bord de la mer. Cette femme ordinaire poursuit sa quête d’elle-même, elle ne ressent pas encore le besoin de rentrer chez elle. Par un heureux hasard, elle fait la rencontre quelque peu violente d’une vieille dame, Marthe, qui va l’héberger à condition qu’elle lui raconte son histoire. Marthe et Lulu deviennent amies et complices. Lulu continue de flâner dans les rues de la ville, elle tente d’aider des gens qui en ont besoin, parfois sans succès. Jusqu’au jour où l’envie de revoir sa famille entière et ses amis revient, et tout se précipite…

Ça faisait longtemps que je l’attendais cet album… Et je peux dire que je n’ai pas été déçue ! La narration est toujours facile à suivre, et l’aller-retour entre le récit de Morgane sur la terrasse de la maison familiale et la vie de Lulu à quelques centaines de kilomètres de là se fait très bien. Plusieurs pages avant la fin, j’ai commencé à me douter de la fin, Davodeau éparpillant les indices tout au long des cases. Le dessin est toujours aussi magnifique, dans les tons ocre et bleu, ce qui rend l’atmosphère douce. On se laisse complètement porter par le récit de la vie de cette femme qui ne fait rien.
Bref, Lulu est un superbe diptyque, qui permet de voyager et de rêver depuis son fauteuil… A ne surtout pas rater !!

Voir quelques planches sur le site de BDGest.

Non encore recensé dans la base BD du CNDP, mais ça doit être pour bientôt ! Ce serait comme pour le premier tome, à partir de 15 ans, je pense.

Pour en savoir plus sur les éditions Futuropolis, lire sur ActuaBD l’interview (en date du 23 mars 2010) de Sébastien Gnaedig, qui explique les choix d’édition de la maison, et les futures parutions.

BD fait de société

Lulu femme nue

LULU FEMME NUE, tome 1, par Etienne Davodeau (Futuropolis, 2008)

L’histoire d’une femme banale, la quarantaine, pas plus belle ni plus moche qu’une autre, qui a trois enfants et un mari, et qui décide un jour de partir. Selon les rencontres, elle atterrit sur la côte, et rencontre un autre homme. Un de ses amis la retrouve, mais ne va pas la voir, il l’observe et rentre ‘dans les terres’ pour raconter ce qu’il a vu aux amis et à la famille de Lulu. On suit donc l’histoire de Lulu depuis les yeux de cet ami…
Le dessin est reconnaissable parmi mille, c’est celui de Davodeau, épuré, mais à la fois plein de détails. La couleur est très belle, faite à la main, et se basant sur 2 couleurs principales : bleu et marron-ocre. On s »intéresse vraiment à la vie de Lulu, qui pourtant ne fait rien. Et c’était bien là que résidait le challenge pour Etienne Davodeau : raconter sur près de 80 pages la vie d’une femme qui ne fait rien. C’est complètement réussi, et on attend impatiemment la suite.
D’ailleurs, face à la foule de questions redondantes (« à quand le second tome? »), l’auteur a mis en place un blog où, sans dévoiler la suite de l’histoire, il nous informe de la progression de la suite des aventures de lulu : http://lulufemmenue.blogspot.com/. Intéressant et drôle (voir les articles sur les gnous!)

Notre exemplaire est en plus dédicacé, ce qui ajoute un petit plus !

Un must à avoir absolument dans sa bibliothèque. Conseillé dès 15 ans par le site BD du CNDP.