Cheval de bois, cheval de vent

CHEVAL DE BOIS, CHEVAL DE VENT, par Wilfrid Lupano (scénario) et Gradimir Smudja (dessin)  (Delcourt, 2017, coll. Les enfants gâtés)

cheval

Dans un pays lointain, le roi a un comportement d’enfant. Il a une flopée de serviteurs et courtisans à son service, et celui qui le réveille ce matin lui annonce que ça y est, c’est le grand jour, c’est son anniversaire. Mais qui dit anniversaire dit gâteau, et donc le roi n’a plus que cette idée en tête… Il n’en a rien à faire que tous le lui souhaitent et qu’il reçoive de magnifiques cadeaux des quatre coins du monde, lui, ce qu’il veut c’est uniquement son gâteau. Alors il monte sur son cheval de bois et après avoir été quelque peu aidé, se rend sur la terrasse où un gigantesque gâteau nommé « le vertige crémeux aux fruits exotiques » lui est servi… Mais c’est sans compter sur un cheval de vent qui va priver le grassouillet monarque de sa pâtisserie…

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Le roy des ribauds, tome 1

LE ROY DES RIBAUDS, tome 1, par  Vincent Brugeas (scénario) et Ronan Toulhoat (dessin) (Akileos, 2015)

A la fin du XIIe siècle, sous le règne de Philippe-Auguste, un homme surnommé le Triste Sire est chargé de protéger le roi. Ce chef espion au service des rois de France est le premier du genre à exercer cette fonction, et il est plus qu’un simple garde du corps : à la tête d’un groupe d’hommes, il doit aussi éliminer la vermine parisienne. Dans le même temps, un complot contre le roi de France est monté par Aliénor d’Aquitaine et son fils le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion. Le Triste Sire pense le déjouer en tuant un marchant aquitain qu’il croit être au service des Anglais, mais celui-ci se révèle être au final un espion au service du roi de France… Voilà le Triste Sire en bien mauvaise position, lorsque le roi lui demande de retrouver les assassins de son espion… Il doit également assurer la sécurité royale lors de la rencontre avec les ambassadeurs de l’empereur germanique, et éliminer tous ceux qui pourraient porter atteinte à ce rendez-vous.

Voici un album que j’ai emprunté au départ pour mon ami qui aime les récits historiques. Il a été servi, puisque cet album de 150 pages est bien dense et riche en informations. L’histoire est très noire, et donne une image très violente du Paris au milieu du Moyen-Âge. Le récit n’est pas digeste, les morts se succédant parfois à un rythme effréné. De plus, il y a pas mal de personnages, le récit est très complexe et il m’a été parfois difficile de suivre ce polar historique bien développé, où les personnages historiques célèbres (rois, reines, empereur germanique…) côtoient les personnages qui ont laissé moins de traces dans « la grande histoire ». En effet, les quelques pages explicatives en fin d’album nous racontent que le roi des ribauds a réellement existé, et le scénariste ajoute même qu’il s’est basé sur le premier homme à avoir exercé ce rôle pour bâtir le scénario de l’album, tout en reconnaissant avoir changé quelques éléments par rapport à la réalité (par exemple l’anachronisme sur la construction de la façade de Notre-Dame) pour que cela colle au mieux avec l’album. Ces quelques pages, quoique courtes, sont intéressantes et éclairent sur les choix scénaristiques et la construction de cet album. Le dessin est lui aussi très riche, fourmillant de détails. Les personnages sont bien loin d’avoir la peau lisse, et dans chaque case ou presque on a du sang, de la boue ou de la crasse. Certains personnages font vraiment peur avec leur gueule tordue. Ils sont bien repoussants, et ajoutent de l’épaisseur au récit. Enfin,le roi est toujours représenté avec l’un ou l’autre de ses attributs (souvent la fleur de lys), et on ne peut pas le rater. Le découpage de l’histoire est fait de façon à dynamiser le récit, et on imagine facilement les moments qui se passent entre les cases. Vous l’aurez compris, malgré sa complexité, je ne suis pas mécontente d’avoir découvert cet album, même si je crois que je n’ai pas tout compris, mais au vu de la fin du tome 1 où réapparaissent Aliénor et Richard, j’espère bien lire le tome 2 prochainement.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Les lectures d’Efelle, Just a word, Le goûteur culturel

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , chez Noukette pour cette dernière de la saison.

Les 3 fruits

LES 3 FRUITS, par Zidrou (scénario) et Oriol (dessin) (Dargaud, 2015)

Après quarante ans de règne, le roi sent qu’il arrive à la fin de sa vie, mais il éprouve toujours une seule et même peur, celle de mourir. Il convoque alors les trois plus grands savants du royaume et leur demande tour à tour ce qu’il doit faire pour ne pas mourir. Devant leur absence de réponse qu’il juge satisfaisante, il les fait tuer chacun leur tour. C’est alors qu’un inconnu demande à rencontrer le roi, et lui promet la vie éternelle, . En échange, il demande la main de la fille du roi et fait signer pour cela un parchemin au roi. Une fois la feuille signée, pour que la vie éternelle se produise,l’inconnu demande alors au roi de manger la chair du plus valeureux de ses trois fils. Prêt à tout, le roi met alors en compétition ses trois fils et leur explique le challenge… Pour échapper à la mort, le roi est prêt à faire mourir sa famille et à devenir un monstre…

Encore une nouveauté à la bibliothèque, qui est en ce moment mon fournisseur officiel de lecture. J’y trouve beaucoup de bons albums, et celui-là ne déroge pas à la règle. Cette histoire est un conte très noir, très macabre, où le roi est prêt à tout pour survivre, même à sacrifier la vie de ses proches. Le scénario emprunte les ficelles classiques du conte, il n’y a pas spécialement de surprises de ce côté-là, mais Zidrou sait tout de même comment rendre les personnages attachants, hormis le roi bien sûr qui se transforme en monstre au fur et à mesure de l’album, capable des pires atrocités. Seule la fin est un peu décevante à mon goût, avec la fille du roi qui prend une drôle de décision, et termine ce récit sans vraiment le terminer… Le dessin d’Oriol (que j’ai déjà vu dans La peau de l’ours, lui aussi scénarisé par Zidrou) est complètement en adéquation avec le propos, et accentué avec les couleurs très foncées utilisées. Les personnages sont tout en longueur, les cadrages utilisés en font des personnages parfois maléfiques, et le graphisme correspond à l’ambiance glauque de l’histoire. Les couleurs jouent dans le registre foncé, éclairées parfois de touches de rouge qui mettent un peu de couleur à ce récit très sombre et loin d’être optimiste. Graphiquement c’est très beau, et scénaristiquement c’est bien mené. Voilà un conte à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes, mais qui ravira les plus grands qui ont gardé leur âme d’enfant.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Sin City, Un amour de BD, La petite marchande de prose, Les belles histoires de l’oncle Hermès

Premières planches à voir sur Izneo.

Charly 9

CHARLY 9, par Richard Guérineau (Delcourt, 2013, coll. Mirages)

Récit romancé de la fin de vie du roi Charles IX, qui aurait ordonné le massacre de la saint Barthélémy en août 1572 à la demande de sa mère, alors qu’il n’avait rien à reprocher personnellement aux protestants. Dès lors, se rendant compte au fur et à mesure de l’étendue du massacre qui a eu lieu à Paris et dans la France entière, le jeune roi influençable sombre dans la folie. Sa mère prépare déjà sa succession avec son autre fils. Charles n’est pas spécialement attiré par la politique du royaume, il préfère la chasse et sa maîtresse protestante, épargnée du massacre à sa demande… Charles est un roi instable : par exemple, pour des convenances personnelles, il décide de changer le début du calendrier du 1er avril au 1er janvier. C’est un roi qui pour échapper à ses obligations, décide de s’enfuir en forêt. C’est donc un monarque loin d’être fiable, qui sombre dans la folie lentement et qui va être peu à peu abandonné de tous…

Voici un album adapté d’un roman de Jean Teulé. J’avais déjà lu Le magasin des suicides, mais là ce n’est pas le même genre, il y a une base historique réelle : les personnages principaux ont existé, le massacre de la Saint Barthélémy aussi. Après, pour le reste, je ne saurais dire précisément, mais je crois qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant ce qui est raconté dans l’histoire. Une fois cela accepté, on peut lire ce récit comme une fiction et se mettre dans la peau du roi Charles IX, rebaptisé de façon anachronique Charly. On suit sa folie, que Richard Guérineau reproduit parfaitement avec les images de plus en plus rouge sang. J’ai particulièrement aimé les passages où on est dans la tête du jeune homme, avec l’épisode parodié de Johan et Pirlouit. J’ai trouvé ça très fort et complètement délirant. En feuilletant l’album en librairie, je trouvais ça bizarre, mais finalement quand on est dans l’histoire, cela passe presque pour être totalement normal, cela fait partie du délire du roi. La parodie de Lucky Luke est elle aussi bien trouvée, et prend toute sa place malgré l’anachronisme flagrant. L’histoire se lit d’une façon très fluide et sans difficultés. Au fur et à mesure que l’histoire avance, le rouge est de plus en plus présent avec le développement de la maladie du roi. L’album est constitué de plusieurs styles de dessin, qui ne dénotent pas du tout dans l’ensemble. J’ai beaucoup aimé les types de dessins, avec toujours de nouvelles choses, de nouveaux détails à observer. L’humour noir est aussi présent dans l’album, avec par exemple les répliques du roi qui se demande où se trouve certains membres de sa cour, alors que ceux-ci, protestants, ont été victimes du massacre. On se rend compte que le roi est complètement à côté de la plaque, et qu’il chasse même dans la cour du Louvre… Ce sont vraiment des passages drôles. Bref, le scénario est parfois complètement déjanté, et j’ai aimé cet aspect bien original. Avec un dessin très travaillé, cela nous donne un album incontournable parmi les sorties de 2013. C’est un album que j’ai emprunté en bibliothèque, mais je regretterais presque de ne pas l’avoir dans mes étagères…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Sin City, Le grenier à livres, C’est l’heure du goûter, Miss Alfie croqueuse de livres

Réécouter l’émission de France Inter où est reçu Jean Teulé pour l’adaptation en BD.

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Le trône d’argile, tome 1 : le chevalier à la hache

LE TRÔNE D’ARGILE, tome 1 : LE CHEVALIER A LA HACHE, par Nicolas Jarry et France Richemond (Scénario) et Théo (dessin) (Delcourt, 2008)

https://i0.wp.com/www.decitre.fr/gi/62/9782756000862FS.gif1418, à Paris. Nous sommes en pleine guerre de Cent Ans. Le roi Charles IV a de rares moments de lucidité entre ses crises de folie. Les Armagnacs et les Bourguignons se déchirent, et le duc de Bourgogne est allié aux Anglais. Le Dauphin Charles (futur Charles IV) est encore trop jeune pour régner dans ce climat très confus. Suite à une erreur d’une jeune garçon, les Bourguignons entrent à Paris et prennent possession, entre autres, de l’hôtel St-Pol, où réside le roi. Le prévôt de Paris, Tanneguy du Châtel, sauve le dauphin, en l’envoyant hors de la ville. Arrivant à Bourges, ils installent un gouvernement concurrent de celui de Paris, complètement à la botte des Bourguignons, donc des Anglais.

Voici un récit réaliste et rigoureux, basé sur des évènements historiques réels. On suit la montée de Charles (futur Charles VII), dont les frères ont été assassinés, et qui va prendre le trône du royaume de France. En 3ème de couverture, on  trouve des fiches d’identité des différents protagonistes de l’histoire, dommage que cela n’ait pas été placé au début de l’album…  En effet, l’histoire est quand même assez compliquée à comprendre, la présentation des personnages aurait été un « plus » dès le départ de la lecture. On sent bien que les chevaliers jouent un grand rôle pour sauver le dauphin Charles, et qu’ils tirent finalement les ficelles du pouvoir, grâce à leurs choix politiques. En terme de graphisme, celui-ci est assez classique, réaliste, sans fioritures. Le découpage des cases fait que le récit est dynamique. Cependant, les couleurs me paraissent assez artificielles, réalisées à l’ordinateur. Il n’en reste pas moins que c’est un bon album, qui reste abordable et qui permet d’aborder un sujet que j’ai rarement vu dans les BD.

La série compte à ce jour 4 tomes (dernier sorti en 2010), qui montrent comment le jeune roi Charles va accéder au trône de France, grâce à Jeanne d’Arc mais pas seulement.

Un avis enthousiaste sur cet album à lire sur Unblogdepierres. D’autres avis sur 7heo, site consacré à la série. Plusieurs planches à voir sur BDGest.

A partir de 13 ans pour le site BD du CNDP.