BD aventure, BD historique

Le travailleur de la nuit

 LE TRAVAILLEUR DE LA NUIT, par Matz (scénario) et Léonard Chemineau (dessin) (Rue de Sèvres, 2017)
travailleur nuitRécit de la vie d’Alexandre Marius Jacob, né dans un milieu modeste à Marseille à la fin du XIXe siècle. Bercé par les récits de Jules Verne, il s’engage à 11 ans comme mousse à bord d’un bateau et voyage pendant quelques années sur les mers du monde, avant de revenir sur terre pour déserter, puis de vivre une vie de bandit, dépouillant de manière non-violente, avec sa bande, des rentiers, hommes d’église, et autres personnages qui profitent de la société… Après avoir étendu son activité sur toute la France, il a été capturé et envoyé au bagne. Son procès en 1905, fil rouge du début de cet album, permet de retracer la vie de cet homme aux croyances anarchistes, peu en phase avec la société de la première moitié du XXe siècle, et au destin hors du commun jusqu’à sa mort en 1954…

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BD adaptation, BD historique

Au revoir là-haut

AU REVOIR LÀ-HAUT, par Pierre Lemaître (scénario) et Christian de Metter (dessin) (Rue de Sèvres, 2015) d’après le roman de Pierre Lemaître (Prix Goncourt 2013).

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Albert et Edouard ont vécu la Grande Guerre, dans les tranchées. Rescapés, blessés physiquement ou psychologiquement, les deux hommes retournent à la vie civile, mais comprennent que la société ne veut pas entendre parler du conflit qui a duré quatre longues années. Les morts sont mis en avant à travers les nombreux monuments aux morts qui s’érigent, mais les survivants dont ils font partie sont oubliés, mis de côté, exclus. Edouard, issu d’une grande famille de banquiers connue du tout-Paris, préfère être annoncé mort plutôt que de rentrer dans sa famille en tant que gueule cassée. Sa sœur quant à elle se marie avec un lieutenant à l’ambition démesurée, qui monte peu de temps après la fin du conflit une affaire de cercueils pas chers, mais cela tourne au vinaigre… De leur côté, Albert, le survivant psychologiquement fragile et Edouard, le survivant défiguré devenu muer mais très intelligent et artiste, vont quant à eux monter une arnaque gigantesque en proposant aux communes de France des monuments aux morts qu’ils ne livreront jamais…

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BD aventure, BD fantastique

Le château des étoiles, tome 1 : 1869, la conquête de l’espace

LE CHÂTEAU DES ÉTOILES, tome 1 : 1869, LA CONQUÊTE DE L’ESPACE, par Alex Alice (Rue de Sèvres, 2014)

A la fin du XIXe siècle, la communauté scientifique croit que l’espace est fait d’éther, qui permettrait de se déplacer à haute vitesse entre deux points. Chez les Dulac, le père est ingénieur, la mère scientifique. Cette dernière lance une expérience avec un ballon, pour vérifier la présence du fameux gaz à 11 000 m d’altitude, mais cela se solde par un échec et elle disparaît dans le ciel, le ballon devenant incontrôlable et finissant par exploser. Le fils Séraphin a une petite dizaine d’années et reste persuadé de l’existence de l’éther, si bien qu’il l’inclut dans tous ses exposés qu’il présente à l’école. Un an plus tard, le père, Archibald, reçoit par un mystérieux courrier l’annonce que le carnet de sa femme a été retrouvé. Il se rend alors à l’adresse indiquée, mais cela ne se passe pas comme prévu : des Prussiens cherchent à l’envoyer à Berlin et non pas en Bavière, comme noté sur la missive. Le père et le fils se rendent en effet chez le roi Ludwig, qui finance en secret la construction d’un éthernef…

Voici un album dont j’avais entendu parler il y a quelques temps, alors qu’il était sorti sous forme de 3 journaux avant sa parution en album. Il s’agit là du premier album d’un diptyque, dont la couverture m’a fait grandement penser à du Jules Verne et à ses éditions du 19ème siècle (d’ailleurs l’auteur dans ses nombreux remerciements remercie Jules Verne et son éditeur Hetzel). Le côté scientifique de l’aventure ne m’a pas plus emballée que cela, car ce n’est pas un domaine qui m’attire personnellement, mais j’ai tout de même trouvé ça intéressant, quoique je ne crois pas avoir tout compris à ce sujet. Il n’empêche que l’enthousiasme du père et surtout du fils parviennent à accrocher le lecteur et à l’intéresser à cette idée un peu folle de voyager très rapidement, et à cette volonté de faire avancer la science. Les aspects négatifs des progrès scientifiques sont abordés sous l’angle des prussiens, qui utiliseraient les avancées pour faire la guerre d’une façon ‘efficace’ et ainsi soumettre plus facilement les autres pays à leur volonté. J’ai bien aimé cet aspect de l’histoire, où on montre comment des avancées technologiques peuvent être utilisées à des fins de paix ou de guerre, selon les volontés de ceux qui les découvrent, comme ce fut le cas au 20e siècle avec l’atome et la bombe atomique.

Les dessins d’Alex Alice, que je ne connaissais pas avant, sont agréables, même si quelquefois assez inégaux : certains arrières-plans sont assez légers, peu détaillés, donnant même parfois l’impression d’être simplement esquissés. Cela ne perturbe pas la lecture, mais j’ai trouvé cela dommage par moments. Par contre, les portraits sont quant à eux très jolis, très doux. Cela est certainement dû à la mise en couleurs particulière, très travaillée, tout en nuances : pas de couleurs criardes dans cet album, mais des choix très judicieux pour donner une ambiance agréable à cette histoire pleine de rebondissements. Le trait d’Alex Alice est tout de même très réaliste, et les différents angles choisis permettent de livrer une histoire dynamique, sans temps mort. Je prendrai la suite de l’histoire à la bibliothèque pour connaître la fin des aventures de Séraphin. Car oui, ce qui est bien frustrant dans cet album, c’est que la fin n’en est pas vraiment une, et qu’on n’a qu’une envie : lire la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Lirado, Chroniques de l’invisible, Petites madeleines, Un amour de BD, Un ptit bout de bib

Visiter le site du dessinateur (en anglais). Voir aussi le site consacré à la série.

Premières planches à retrouver sur le site de l’éditeur.

BD sentimentale

Cet été-là

CET ÉTÉ-LÀ, par Jillian Tamaki et Mariko Tamaki (Rue de Sèvres, 2014)

Rose et ses parents se rendent comme chaque été à Awago, une petite ville au bord de la mer. Comme chaque année, elle y retrouve son amie Windy, deux ans plus jeune qu’elle. C’est pour elles deux le début de l’adolescence avec les premiers questionnements, les premiers émois aussi. Les parents de Rose ne s’entendent pas très bien, alors la jeune fille préfère passer un maximum de temps avec son amie, à regarder des films d’horreur, à passer à l’épicerie du village ou encore à observer les adolescents plus âgés qu’elle…

Voici une lecture toute trouvée pour cet été. J’avais trouvé la couverture très jolie, évocatrice mais pas trop. Je n’avais pas lu de résumé, si bien que je ne savais pas à quoi m’attendre à propos de ce roman graphique de plus de 300 pages écrit par deux canadiennes. Le dessin est doux, avec des traits parfois gras. J’ai adhéré au graphisme, mais pour autant, j’ai trouvé l’histoire un peu molle, sans grande action, pas vraiment palpitante. Les personnages sont intéressants mais pas très creusés à mon goût. Les deux pré-ados sont les deux héroïnes, mais on ne sait pas grand chose d’elles, et même temps, elles passent leur été à regarder les autres, entre premiers émois et première découverte de la sexualité. Il y a beaucoup de questionnements chez ces ados, questionnements non résolus puisqu’elles n’ont aucun interlocuteur adulte à qui les poser. Il y a aussi une certaine douceur dans l’histoire, qui rompt avec le comportement étrange de la maman de Rose. D’ailleurs au départ, on ne sait pas trop pourquoi cette étrange réaction (une maladie, une histoire conjugale…) et au fil de l’histoire on comprend pourquoi la mère de Rose ne va pas bien à Awago. Le récit se lit bien,  mais vous l’aurez certainement compris, il manque de liant à mon goût. Le trait est joli et agréable, alternant les cadrages différents, et les personnages sont bien représentés (avec détails physiques mais aussi tee-shirts particulièrement évocateurs avec leurs messages…). Même si je n’attendais rien de particulier de cet album, je suis restée sur ma faim et un peu déçue par cette évocation à la fois légère et grave de l’adolescence… C’est bien mais je n’ai pas été conquise…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Le blog du petit carré jaune, Echappées de Saxaoul, A propos de livres, Les lectures de LiyahUn petit bout de bib

Premières planches à voir sur Digibidi.

Manga

Giacomo Foscari, tome 1 : Mercure

GIACOMO FOSCARI, tome 1 : MERCURE, par Mari Yamazaki (Rue de Sèvres, 2013)

Giacomo Foscari est un adolescent qui est né à Venise dans une famille aisée. Le fascisme commence à prendre de l’ampleur, son oncle s’est engagé dans ce parti mais ses parents réprouvent ce nouveau pouvoir montant. Giacomo apprend que la statue de Mercure qui est dans sa famille depuis des générations lui reviendra un jour. Passionné d’Antiquité, il admire pourtant un autre garçon de son âge, Andrea, issu d’un milieu populaire, et essaie de partager avec lui son amour de l’histoire antique. D’ailleurs, Giacomo a poursuivi dans cette voie, puisqu’en 1966, il est devenu professeur d’histoire occidentale dans une université de Tokyo. Sa vie s’écoule paisiblement dans les milieux intellectuels de la ville, mais il découvre aussi les premières émancipations de la jeunesse japonaise. En 1993, retraité, il revient une nouvelle fois au pays du soleil levant…

Voici un des premiers albums édités chez Rue de Sèvres en septembre 2013. L’objet en lui-même est déjà joli : format d’un roman, belle couleur de la couverture et papier de qualité. Je me suis lancée sans a-priori dans cette lecture, et j’ai découvert un personnage principal assez peu bavard, qui ne dévoile son passé en voix off par bribes plus ou moins développées. Le récit s’écoule lentement, en faisant des allers et retours dans le temps, l’histoire prend le temps de s’installer car il ne s’agit là que d’un tome 1. D’ailleurs, de nombreuses thématiques sont abordées sans pour autant être développées et on ne comprend pas forcément ce que ça vient faire dans le récit, surtout vers la fin où on perd de vue le personnage qui donne son nom à cette série. Par contre, Mari Yamazaki nous fait découvrir par touches des éléments culturels italiens et japonais, ce qui n’est pas inintéressant. Le dessin est japonais dans le sens où il est épuré, avec peu de décors.Ce qui est vraiment étrange dans le trait, c’est l’absence parfois du nez au milieu de la figure des personnages lorsqu’ils sont de face (et soudain de profil, le nez revient !). Pas de couleurs, mais une utilisation des gris pour réveiller un peu les dessins. Autant dire que je ne suis pas spécialement enthousiasmée par le dessin, même si je reconnais qu’il est joli et travaillé, un peu comme Taniguchi le fait. C’est vraiment au niveau du scénario que je n’accroche pas, c’est trop lent pour moi et puis ça part un peu dans tous les sens, dans le sens où de nombreuses pistes sont lancées sans forcément expliquer, et cela est typiquement le genre d’histoire qui me déplaît. Par exemple, on ne sait pas trop ce que revient chercher Giacomo au Japon en 1993, en tout cas ce n’est pas clairement dit. Mon avis est donc grandement mitigé sur cette série dont on attend toujours la sortie du tome 2 qui était au départ annoncée pour 2014…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Mille et une frasques, Délivrer des livresHistoire de lectures, Des mots et des notes, Un amour de BD, Les mots de la fin

Premières planches sur Izneo.

Article sur le blog de l’Ecole des Lettres avec des pistes pédagogiques possibles, et une présentation historique des mangas.

BD adaptation, BD fantastique

Le Horla

LE HORLA, par Guillaume Sorel, d’après l’oeuvre originale de Guy de Maupassant (Rue de Sèvres, 2014)

Un homme seul vit dans sa propriété en bord de Seine, avec son chat, son majordome et sa cuisinière. Mais au fil des jours, il sent comme une présence la nuit. Au départ intrigué, il prend de plus en plus peur face à cette créature inexplicable. Sa solitude n’aide pas la situation, alors le plus souvent, il parle à son unique compagnon, un chat. Pour fuir le mystère, l’homme décide de voyager un peu, en se rendant à l’abbaye du Mont Saint Michel ou à Paris. Là-bas, ses angoisses semblent se calmer, mais lorsqu’il rentre chez lui, les doutes reprennent de plus belle. Deviendrait-il fou ? Comment faire pour se libérer de la créature qui lui fait passer des nuits de plus en plus horribles ?

J’ai emprunté cet album pour son auteur, dont j’avais adoré les dessins dans Hôtel particulier et Les derniers jours de Stefan Zweig. Là, je suis encore une fois sous le charme du trait et des couleurs à l’aquarelle. Certaines cases sont réellement de toute beauté, en particulier lorsqu’il y a un paysage comme le Mont St Michel ou un décor avec un bateau. C’est vraiment un joli voyage tout en aquarelle que fait le lecteur, grâce au talent de Guillaume Sorel. Par contre, au niveau de l’histoire, j’ai moins accroché : le récit est moins dynamique, et il y a peu d’explication, en tout cas moi j’en attendais plus. Bien sûr, le chat, unique « interlocuteur » du héros, ne lui répond pas, mais je ne l’ai pas trouvé suffisamment expressif (contrairement au chat de Hôtel particulier étrangement) : oui, le chat se rend compte qu’il y a quelque chose qui apparaît dans la chambre de son maître, mais ça en reste là. Je n’ai pas lu le récit original de Maupassant (ou alors je ne m’en souviens plus), mais je trouve que le scénario est un peu léger, car je ne me suis pas sentie proche du héros, qui devient de plus en plus paranoïaque et fou au fil des nuits. Cette lecture me donne donc paradoxalement envie de lire le récit originel de Maupassant pour avoir les clés pour comparer le texte et l’adaptation dessinée, et peut-être pouvoir l’apprécier pleinement. Ce n’est pas mon album préféré de Sorel, mais en tout cas, il faut reconnaître son grand talent de dessinateur et de coloriste pour que cela donne une très bonne raison d’essayer cet album !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : MicMélo littéraire, La bibliothèque de Noukette, D’une berge à l’autre, Baz’art, Des jours et des livres, Sab’s pleasures

Interview de l’auteur à lire sur l’Ecole des Lettres.

Sur le site de l’auteur, on apprend qu’il va sortir prochainement (le 29 octobre) une version d’Alice au pays des Merveilles, chez le même éditeur que le Horla. Hâte de voir le résultat !

Premières planches à voir sur Izneo.

BD fait de société, BD sentimentale

Une histoire d’hommes

UNE HISTOIRE D’HOMMES, par Zep (Rue de Sèvres, 2013)

Dans les années 1990, quatre amis formaient un groupe de rock, les Trincky Fingers, qui fonctionnait pas si mal que cela. A la suite d’une audition en Angleterre qui dégénère, le groupe est dissous et chacun repart vivre sa vie de son côté. Tous reprennent une vie plus ou moins pépère en France, sauf Sandro, le leader charismatique du groupe, qui se fait un nom outre-Manche et devient un chanteur reconnu avec plusieurs albums à son actif. Les quatre ex-amis se retrouvent après 18 ans, en Angleterre, dans la grande maison de Sandro et Annie, ex d’Yvan, guitariste et compositeur du groupe. Cela va être l’heure des souvenirs de jeunesse, entre rock’n roll, drogues, concerts, amours d’un soir… et aussi l’occasion de comprendre ce qui s’est passé depuis tout ce temps. Le week-end en Angleterre va s’avérer plus difficile que prévu, et sera aussi l’occasion pour Yvan de réfléchir sur sa vie actuelle…

Voici un album glissé sous le sapin il y a quelques jours, et déjà lu. Je n’ai pas réussi à le lâcher avant la fin, tellement j’ai été happée par l’histoire. J’ai beaucoup aimé cette première histoire de Zep pour les adultes. Le trait est reconnaissable entre mille, et le dessin est très agréable, juste et réaliste. Il y a assez peu de décor, le dessin est concentré sur les personnages. L’utilisation de la couleur est particulière, chaque case n’en ayant qu’une seule, qui change au fil des planches. Cette monochromie confère une sacrée ambiance à l’album, et permet aussi de distinguer facilement les flashbacks, assez nombreux dans cette histoire. J’ai été touchée par cette histoire d’amitié, où les non-dits sont toujours d’actualité, même 18 ans après. On sent qu’Yvan est plein de reproches envers Sandro, et en même temps, il y a de quoi le comprendre : sa copine l’a lâché pour Sandro et depuis, il ne compose plus et n’a même jamais retouché à une guitare. Bref, une vie assez triste pour lui. Malgré quelques stéréotypes parfois, j’ai trouvé le récit très touchant, et j’ai beaucoup aimé les références à des personnalités existantes, car cela rend le récit d’autant plus réaliste et crédible. Certaines répliques sont aussi particulièrement savoureuses ! Enfin, sur les quelques cases où on voit le groupe, on s’imagine presque la musique qu’ils jouent, l’ambiance dans la salle. Bref, j’ai été emportée par cette histoire !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Blog Brother, Hop-blog, La bibliothèque de Noukette, le blog de Yv, Bulles et onomatopées

Voir le site consacré à l’album, avec des extraits, des vidéos, une revue de presse…

Interview de Zep consacrée à cet album à lire sur le site de France 3 Pays de la Loire.