S’enfuir. Récit d’un otage

S’ENFUIR. RÉCIT  D’UN OTAGE, par Guy Delisle (Dargaud, 2016)

Juillet 1997, Christophe André, travaillant pour une ONG humanitaire dans le Caucase, en Ingouchie, tout près de la Tchétchénie, est kidnappé en pleine nuit par des hommes, sans qu’il en sache la raison : est-ce parce que le coffre est plein de billets ? parce qu’il est occidental ?… Commence alors pour lui une longue détention, attaché le plus souvent à un radiateur par des menottes, sans rien à faire, avec pour seul « confort » un matelas posé à même le sol. Les conditions de détention sont plus que sommaires et l’homme doit lutter pour ne pas sombrer psychologiquement…

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Amère Russie 2

AMÈRE RUSSIE, tome 2 : LES COLOMBES DE GROZNY, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2015, coll. Grand angle)

003754397Suite et fin du tome 1. La mère de Vlodia est toujours à la recherche de son fils militaire en Tchétchénie, en pleine guerre entre Russes et Tchétchènes. Elle se retrouve dans la capitale de la région, à Grozny, assiégée par les forces russes. Elle croit retrouver son fils, mais en fait ce n’est pas lui, mais un jeune militaire russe aveugle. Elle va tout de même l’aider à survivre dans cet enfer.

Je ne croyais pas du tout être captivée par cette histoire : le contexte ne me tentait pas du tout, et la couverture, même si elle est très jolie et intelligemment composée avec bon nombre de détails, ne me donnait pas envie de lire ce diptyque. J’ai bien fait d’aller au-delà de mes appréhensions, car j’ai beaucoup aimé cette histoire : le dessin est très vif, très joli. Les cases sont nombreuses, et l’histoire très dynamique. Quelques scènes sont particulièrement violentes, et cela est encore accentué quand le fond du gaufrier est noir. Mais en même temps, cet album ne relate pas une histoire de Bisounours mais un contexte de guerre, donc cela ne cloche pas du tout. Les personnages sont pour la plupart attachants, et en particulier le petit chien Milyi qui prend de plus en plus de place dans ce tome. Cette histoire en deux tomes, qui veut dénoncer la situation en Russie, avec les mères qui cherchent leur fils engagé dans l’armée, est ancrée dans l’actualité du début du XXIème siècle; en effet, à la toute fin de l’album, on peut voir une journaliste qui n’est autre qu’Anna Polikovskaia, journaliste assassinée devant chez elle à Moscou il y a quelques années. Amère Russie est pour moi une très bonne découverte, avec une histoire qui se lit très bien, alors que ce n’était pas gagné au départ, vu mes réticences.

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Amère Russie, tome 1 : Les Amazones de Bassaïev

AMÈRE RUSSIE, tome 1 : LES AMAZONES DE BASSAÏEV, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Quelque part en Russie, une famille se déchire lorsque le père est muté à la frontière de l’Ouzbékistan. Le fils unique, Volodia, aime jouer en bas de l’immeuble avec ses amis et son petit chien qu’il dresse à faire des tours. Quelques années plus tard, à la fin des années 1990, l’enfant a grandi et est devenu un jeune homme. Il effectue son service militaire en Tchétchénie et sa mère est très fière de lui, même si le fils donne bien peu de nouvelles. Un jour, elle apprend par son mari alcoolique dont elle est séparée que son cher Volodia est en réalité prisonnier dans la province du sud de la Russie. La rumeur court que Bassaïev, rebelle tchétchène, a promis de libérer des prisonniers si leurs mères viennent les chercher. Entendant cela, emmenant avec elle son petit chien et une photo récente de son fils, la mère se rend alors dans cette province en guerre pour retrouver son fils chéri, mais cela ne va pas s’avérer facile… Elle va rencontrer des combattantes redoutées par les militaires russes : les amazones, ainsi que des civils touchés par les combats.

Ce tome 1 d’un diptyque sur la Russie parle d’un sujet a priori peu attirant : le contexte me parle peu, et la Russie n’est pas un pays qui me tente vraiment. Bref, c’est le dessin qui m’a d’abord conquise, agrémenté de couleurs claires. Les personnages sont croqués de façon semi-réaliste, les décors sont plus ou moins détaillés selon les cases. Le découpage est dynamique, et je me suis laissée prendre à tourner les pages et à m’intéresser au destin de cette femme qui n’a plus que son fils comme unique but. Ensuite, le scénario est bien ficelé, et le personnage de la mère est très attachant, au-delà du contexte. On se prend de pitié pour elle, qui cherche uniquement à retrouver son fils et croit en la promesse du chef des rebelles. Le petit chien amène une touche de bonne humeur dans ce contexte bien sombre, où on se rend compte du traitement subi par les prisonniers russes, et de la situation plus que complexe pour les populations civiles en Tchétchénie. Je n’ai pas ressenti de réel manichéisme ou de sentiment anti-russe dans cet album, même si on a plus facilement tendance à se mettre du côté des populations civiles que militaires. L’aspect fratricide est abordé à travers quelques personnages, dont l’ascendance est à la fois russe et tchétchène, et on comprend l’absurdité d’un tel conflit. A la fin de cet album, je suis donc bien plus convaincue qu’au début. Cet album me confirme aussi que « Grand angle » est une collection de qualité, car je n’ai pas souvenir d’avoir été déçue par des titres de cette collection. Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Vu des yeux d’OliBD, Samba BD, Un amour de BD, Les chroniques de Madoka, Theatrum belli

Premières planches à lire sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Yaneck.

La mort de Staline

LA MORT DE STALINE, par Fabien Nury (scénario) et Thierry Robin (dessin et couleurs) (Dargaud, 2014)

Joseph Staline meurt le 5 mars 1953, après avoir fait un malaisedans la nuit du 28 février au 1er mars. Le comité central du PCUS, qui dirige l’URSS, s’est réuni pour savoir quoi faire, alors que le petit père des peuples n’était pas mort mais dans un état plus que critique. Personne n’avait prévu quoi faire sans Staline, et tout le monde se méfiant de tout le monde, il fallait que le comité soit réuni entièrement pour décider de quel médecin faire venir au chevet du leader communiste, ainsi que de la suite des événements. La situation est donc dans le flou pendant quelques heures, et l’annonce officielle de la mort du dictateur ravive et exacerbe les tensions : Beria, ministre de l’intérieur, aimerait remplacer Staline, et s’arrange pour contrôler les décisions qui vont être prises… Mais les autres membres du comité central ne sont pas tous du même avis…

Cet album est en réalité une intégrale qui regroupe les deux tomes parus initialement séparés à presque deux ans d’écart, en 2010 et 2012. Je suis contente d’avoir pu lire les deux tomes à la suite, je crois que séparés, je n’aurais pas aimé l’histoire, je n’aurais pas pu en apprécier tous les rebondissements. Je ne peux pas dire que j’ai aimé cet album, car l’histoire est réellement glauque et sinistre : les coups bas sont fréquents, la volonté de prendre le pouvoir tout en détruisant les autres est plus ou moins clairement affichée, l’honnêteté n’étant pas dans les mœurs de ces hommes politiques avides de pouvoir. Les complots et autres trahisons sont nombreux, complexifiant le propos et ne tardant pas à perdre en route un lecteur un peu distrait. Heureusement que lors de chaque première apparition d’un personnage ‘historique’ (les membres du bureau politique, comme Molotov, Malenkov, Krouchtchev, Beria…), on a une courte biographie qui permet de resituer le personnage. Il n’empêche que je me suis parfois emmêlé les pinceaux entre tous ces personnages, sauf Beria et Krouchtchev bien reconnaissables. Violence, paranoïa et terreur sont partout dans cette histoire qui s’est inspirée des faits réels sans pour autant vouloir retracer l’histoire exactement (on se doute bien qu’il n’y a pas de trace de ce qui a pu être dit dans les hautes sphères soviétiques ces jours de mars 1953…), mais l’atmosphère est vraiment pesante et glauque. Le scénariste dépeint un monde réellement noir, qui fait froid dans le dos : arrestations arbitraires, condamnations sans raison… et on sent la marque de Staline, même mort. Son fils est méprisable à souhait, et ce n’est pas le seul personnage pour lequel on n’a aucune empathie ! Le dessin est comme l’ambiance : froid, et cela est sans nul doute dû aux couleurs sombres utilisées. Ce genre de trait-là correspond tout à fait à ce type d’histoires, même si Staline n’est pas parfaitement ressemblant (je ne connaissais pas la tête des autres personnages avant ma lecture). La mort de Staline est un album intéressant, mais qui donne froid dans le dos : j’en garde une impression mitigée, à cause de l’ambiance affreuse qui règne. Par contre, les auteurs sont tout de même parvenus à m’intéresser, alors que le sujet est loin d’être attractif. Un album à essayer pour se forger son propre avis.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On parle de l’intégrale ou des tomes séparés sur les blogs : Liratouva, Un amour de BDCoquelicots coquillages et belles pages, SambaBD, Le suricate

Premières planches du tome 1 et du tome 2 à lire sur Izneo.

Le tome 2 a reçu le prix de la BD historique lors des rendez-vous de l’histoire à Blois en 2012.

Polina

POLINA, par Bastien Vivès (Casterman, coll. KstR, 2011)

https://i1.wp.com/static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/0/3/0/9782203026131FS.gifPolina est une petite russe de 6 ans, qui veut entrer dans la compagnie du célèbre chorégraphe Bojinski. Elle passe les tests d’entrée à l’académie et malgré une prestation moyenne selon elle, elle est retenue. Elle va y apprendre la rigueur d’une danseuse classique, va devenir tête d’affiche et un jour tout quitter pour se lancer dans la danse contemporaine un peu partout dans le monde…

Cet album retrace la carrière d’une danseuse depuis ses débuts jusqu’à son apogée, sans pour autant donner de lieux ou de dates précisément. Au départ c’est un peu déconcertant (je n’avais pas compris qu’on était en Russie et les ellipses temporelles ne sont pas forcément claires), mais finalement ce n’est pas si dérangeant que ça.

Polina est un album que j’ai choisi d’emprunter à la bibliothèque bien que je n’avais pas aimé un album précédent de cet auteur (Le goût du chlore). Mais comme Polina a reçu de nombreux prix (Prix des libraires de bandes dessinées 2011, grand prix de la critique BD 2012, meilleur dessin aux dBD awards 2012), je me voyais mal passer à côté de cet album sans même l’avoir essayé. Et bien étrangement, et comme quoi il ne faut pas rester sur une mauvaise impression, j’ai apprécié la lecture de cet album qui retrace une bonne part de la vie d’une danseuse. Pourtant la danse n’est pas un sujet qui m’intéresse particulièrement au départ. Mais là, c’est abordé simplement, et les états d’âme de la jeune fille ne sont pas oubliés. Elle place la danse au centre de sa vie, mais ose prendre des risques lorsqu’il le faut. Elle respecte son maître plus que tout, même lorsqu’elle a quitté l’académie pour voler de ses propres ailes…

Le dessin est assez simple et pourtant bien expressif, et on s’attache au personnage de Polina, facilement reconnaissable avec son nez particulier. L’utilisation omniprésente du gris, du noir et du blanc n’est pas dérangeante, et j’en suis même venue à m’imaginer les réelles couleurs de la scène… Les scènes de danse sont particulièrement bien représentées et on s’imagine aisément les mouvements, c’est assez impressionnant. Finalement je suis bien rentrée dans cet album qui se lit assez vite malgré ses plus de 200 pages. Je suis bien contente d’avoir essayé un autre album de Bastien Vivès et je comprends bien pourquoi Polina a été récompensé par une multitude de prix littéraires…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Deedee Paris, A propos de livres, Lecturissime, Chroniques de l’invisible.

Quelques planches sont à voir sur le site de l’éditeur.