BD fantastique

Jour J, tome 2 : Paris, secteur soviétique

JOUR J, tome 2 : PARIS SECTEUR SOVIÉTIQUE, par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau (scénario) et Gaël Séjourné (dessin) (Delcourt, 2010)

En 1944, le débarquement des Alliés a été un échec complet, et les Russes de Staline sont finalement parvenus jusqu’en France, en traversant le Rhin. Ils se sont adjugés un grand quart est de la France, jusqu’à Paris qu’ils libèrent alors que les Alliés sont enlisés à Lyon. La ville-lumière est ainsi séparée par la Seine, entre zone américaine au sud et zone soviétique au nord. Dans ce secteur-là, les monuments tels que Montmartre et la tour Eiffel sont restés en l’état d’après la guerre, c’est-à-dire dans un état apocalyptique. La ville est le cœur du conflit entre Américains et Soviétiques. Du côté russe, les meurtres de prostituées s’enchaînent. La France (libre) et la RPF (République populaire de France) doivent collaborer pour savoir qui est à l’origine de ces morts. Un agent français passe du côté soviétique, mais les manipulations sont courantes, d’un côté comme de l’autre…

La série-concept « jour J » commence à dater un peu, mais elle comprend de nombreux tomes, aussi, il est difficile pour moi de passer à côté. Je dois dire avant de commencer ma chronique que je ne suis guère attirée par l’uchronie, mais je trouvais la couverture de cet album attirante avec sa tour Eiffel détruite. Je me suis donc laissée tenter par cet album, qui ne nécessite pas d’avoir lu le précédent, puisqu’il s’agit d’un one-shot. Bon, autant le dire tout de suite, je n’ai pas été bien convaincue par cet album, même s’il est bien mené. Le scénario explique bien tout ce qui se serait passé à la fin de la guerre pour que Paris devienne la ville où se concentrent américains et soviétiques, comme ce fut le cas dans la réalité pour Berlin : De Gaulle serait mort en 1945 en Méditerranée, Hitler ne se serait pas suicidé cette année-là, mais aurait survécu au conflit… Tout le pseudo-enchaînement historique est clairement présenté, mais personnellement je ne vois pas trop l’intérêt de refaire l’histoire. Mon avis est sûrement lié à mes études d’histoire, discipline qui revendique son caractère scientifique, mais là, il y a un côté fantaisiste auquel je n’adhère pas du tout. Ce n’est pas de la déformation professionnelle, mais c’est juste que pour moi, cette réécriture des événements historiques n’est pas bien intéressante. Qu’est-ce que cela peut apporter de chercher à savoir ce qui se serait passé si le cours des choses avait été différent ? Non, vraiment je ne vois pas. A croire que l’uchronie n’est décidément pas pour moi… Sinon, l’histoire d’espionnage est somme toute assez classique, même si elle est assez survolée. Des histoires similaires ont certainement dû se produire en réalité en Allemagne lorsque celle-ci était au cœur de la guerre froide, mais j’ai trouvé ça assez anecdotique, car ce n’est pas très fouillé. Au niveau du dessin, rien à redire, il est agréable, agrémenté de couleurs pour mettre dans l’ambiance tendue. Mais cela n’est pas un argument suffisant pour me donner envie de continuer à lire cette série…

Non mentionné sur l@BD, mais les autres tomes sont à partir de 13 ans.

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Une planche à voir sur Bédéthèque.

BD polar

Rosko, tome 1 : Per Svenson doit mourir aujourd’hui

ROSKO, tome 1 : PER SVENSION DOIT MOURIR AUJOURD’HUI, par Zidrou (scénario) et Alexei Kispredilov (dessin) (Delcourt, 2014)

Dans un futur proche où les médias dominent la société, Rosko Timber est un policier jeune retraité, qui travaillait pour l’agence privée P.Pol. Six ans auparavant, il était parvenu à mettre la main sur un dangereux tueur en série complètement fou, Per Svenson, recherché activement. En prison, ce dernier est condamné à mort, mais ce sont les téléspectateurs qui doivent choisir comment va se terminer la vie du serial killer : mort par combustion ou douche d’acide ? Les pronostics vont bon train… L’exécution doit même être diffusée en direct, et les producteurs font tout pour augmenter leur audience… Tout se passe comme leur plan l’avait prévu, jusqu’au moment où, en direct à la télévision, Per Svenson prend en otage des surveillants de sa prison et s’échappe, quelques minutes avant l’heure prévue de son exécution… Rosko est rappelé en renfort, pour sauver la situation, mais cela fait partie du plan…

Je continue ma découverte du scénariste Zidrou, auteur multi-facettes s’il en est, avec cet album bien noir et magistralement mené. L’histoire est réellement haletante, et parvient à faire monter le suspense. Il n’y a pas de temps mort dans cette histoire qui commence par l’arrestation du tueur lors de ses derniers assassinats. Les auteurs montrent ensuite les dérives liées à l’ultramédiatisation et au libéralisme à outrance, avec la société de production qui détient un sacré large pouvoir sur le peuple : la police est privée et donc ne protège que ceux qui ont leur cotisation à jour, elle cherche les scoops et autres scandales juste pour satisfaire ses objectifs d’audience et croit pouvoir maîtriser la situation, jusqu’au moment où celle-ci lui échappe réellement et où tout dérape… Cet album est donc très riche et dense : le rythme est maintenu au long des 96 pages, entre les médias omniprésents, la recherche du tueur et la vie de famille du policier Rosko qui apaise l’aspect trépidant de la quête de Svenson. Concernant le dessin, c’est là que je suis un peu plus nuancée, car le trait du jeune Alexei Kispredilov est assez particulier. On n’entre pas si facilement dans son trait : des portraits sont parfois seulement esquissés, et j’ai eu quelquefois l’impression que certaines cases n’étaient pas terminées, un peu comme pour les couleurs, un peu trop unies à mon goût. Par contre, le découpage est intéressant : il est changeant, donc particulièrement dynamique. Nerveux, il convient tout à fait à ce genre de récit noir, même si je n’en suis pas super fan. On s’y fait sans problème au bout de quelques planches, mais je n’ai pas un coup de cœur pour ce type de dessin. Un seul vrai regret sur cet album : c’est dommage qu’il ne s’agisse que du tome 1, car on n’a qu’une envie une fois parvenu à la fin, c’est savoir la suite, et elle n’est pas encore sortie !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, Un amour de BD, A voir à lire, Sin City

Premières planches à voir sur Izneo.

Biographie du dessinateur à voir sur le site de la Cibdi d’Angoulême, où il a été auteur résident.

Romans jeunesse

Des ados parfaits

DES ADOS PARFAITS, par Yves Grevet (Syros, 2014, coll. Mini Soon +)

Nous sommes en 2036. Célia et Anatole sont en classe de 5ème, et ont un comportement irréprochable. Tout va bien pour eux, jusqu’au jour où des messages anonymes et des lettres envoyées à leurs parents les font douter : que se passe-t-il vraiment ? Pourquoi les bribes de conversation de leurs parents qu’ils surprennent parfois semblent cacher un élément important qu’ils semblent ignorer ? Qui sont-ils vraiment ? Et pourquoi seraient-ils des usurpateurs, comme un message anonyme sur le tableau de la classe le laisse penser ? Après la mort d’Olaf, un de leurs camarades qui serait aussi un usurpateur, les deux nouveaux amis vont tenter d’enquêter pour comprendre, mais leurs parents les freinent complètement, en les assignant à résidence et en tentant de contrôler le moindre de leurs faits et gestes…

Voici un petit roman sorti cet été, que j’ai lu pour savoir si on l’intégrerait ou pas à notre défi lecture des 6èmes en interne. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec cette histoire futuriste, moi qui n’aime pas de tels récits. Et bien, j’ai été agréablement surprise, car l’histoire, même si elle se passe dans plus de 20 ans, pourrait tout aussi bien se passer actuellement (sauf pour le dénouement, et c’est pour cela que l’auteur a situé son histoire dans le futur). Il n’y a donc pas d’éléments futuristes comme des voitures volantes et autres objets pas encore inventés, les élèves lecteurs ne devraient alors pas se sentir perdus dans un tel contexte. L’histoire est bien menée, car l’auteur distille des indices sans donner d’explication, ce qui fait monter le suspense et s’interroger en même temps que nos deux héros. Il est intéressant de faire des hypothèses tout au long du roman, et l’auteur parvient à maintenir le lecteur en haleine. Le dénouement est vraiment à la fin, il n’est pas super original non plus, mais les explications qui sont données font tout de même froid dans le dos. Les caractères des personnages principaux sont bien décrits, les deux ados sont assez attachants, au fur et à mesure qu’ils pensent par eux-mêmes. Derrière leur enquête, on peut aussi se questionner sur l’être parfait, et en particulier sur l’adolescent. Un roman qui contient donc un léger fond philosophique, mais pas uniquement. Nul doute que cela plaira aux collégiens ! Un seul défaut à ce roman, pour moi : la taille du livre (vraiment petit, la même taille que les mini Syros) alliée au nombre de pages (plus de 110) fait un livre pas forcément facile à tenir en main, mais ceci n’est qu’une question pratique. En plus, comme le roman n’est vraiment pas cher, ce détail technique n’est que secondaire…

A partir de 10 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Lirado, Temps de livres, Les livres de George, Un petit bout de bib

Aller voir le mini-site de l’auteur, sur le site des Chartistes.

BD fantastique, BD sentimentale

L’entrevue

L’ENTREVUE, par Manuele Fior (Futuropolis, 2013)

Dans un monde qui semble proche du nôtre, Raniero, psychiatre de profession, est en voiture à discuter avec un de ses amis au téléphone lorsqu’il a un accident suite à une drôle de vision : des triangles dessinés dans le ciel nocturne provoquent son inattention et son accident. Par hasard, au travail, il rencontre et tombe amoureux de Dora, une de ses patientes qui prétend avoir vu le même vaisseau spatial triangulaire que lui, et pouvoir communiquer par télépathie avec ses occupants. Raniero est troublé, à la fois par la rencontre avec la jeune fille et par leur vision commune. Cela complique encore un peu plus la vie de Raniero, dont la femme est sur le point de le quitter. Tous deux se font violemment agresser dans leur maison, par des hommes cagoulés. Raniero se lance dans cette histoire d’amour originale, à une époque où existe une charte sociale qui prône l’amour libre…

Il y a quelques années maintenant, j’avais lu Cinq mille kilomètres par seconde de ce même auteur, et même si je n’en garde pas un souvenir extraordinaire, je me suis lancée dans la lecture de son nouvel opus de plus de 170 pages, bien que n’étant pas très enthousiaste à la vue de la couverture sombre. Je ne savais pas à quoi m’attendre en lisant cet album, je ne me suis pas rendue compte tout de suite qu’il s’agissait de science-fiction, car aucune indication de temps ou de lieu n’est mentionnée et ce récit paraît au départ tout à fait actuel. Puis au fil du récit, il y a des éléments qui font douter du réalisme de l’histoire : on parle de « la nouvelle convention », puis Raniero parle de son père qui a vécu la fin du XXème siècle… Cela m’a fait douter mais j’ai tenu bon, sans être plus convaincue que cela par le scénario. J’ai été déçue sur la fin avec les explications données rétrospectivement sur l’histoire, car même si ça aide à comprendre, c’est aussi d’une certaine façon une redondance désagréable. Bref, je n’ai pas été convaincue par le scénario, même si certains passages sont certes agréables. Le dessin est quant à lui assez particulier : je n’ai pas aimé les portraits de Dora avec son nez en patate. Le personnage de Raniero est correct, mais je n’ai pas spécialement accroché au dessin. Fior n’utilise dans cet album que des teintes de gris, du blanc et du noir : son trait est charbonneux et rend l’histoire encore plus sombre et triste. Je suis sûrement passée à côté d’éléments importants, mais je dois dire que j’ai dû me forcer à terminer cette histoire de science-fiction déstabilisante… Un album peut-être trop étrange pour moi…

Non mentionné sur l@BD, mais certainement pas avant 15 ans.

On en parle sur les blogs : Sin City, Liratouva, Marie Rameau, White pages, Chroniques de ColimassonBlog BD de Madmoizelle

Premières planches à voir sur Izneo.

Consulter le site de l’auteur, en italien.

Trailer à voir sur Youtube :

BD fantastique

Les derniers jours d’un immortel

LES DERNIERS JOURS D’UN IMMORTEL, par Fabien Vehlmann (scénario) et Gwen de Bonneval (dessin), (Futuropolis, 2010)

Dans un monde futuriste, à une époque inconnue, la mort n’existe plus ou presque. Les différentes civilisations cohabitent ensemble avec plus ou moins de succès. Elijah travaille à la police philosophique pour l’Union, pour améliorer les relations entre les civilisations en utilisant la diplomatie face à des espèces souvent très différentes. Mais comme on fait souvent appel à lui et qu’il ne peut s’occuper de tout, il a accepté d’avoir des échos, sortes de clones qui effectuent sa mission. Cependant, en contrepartie de sa démultiplication, Elijah oublie certains de ses souvenirs, alors il limite l’utilisation de ses échos. Philosophe, il essaie d’arranger tout le monde, ne haussant jamais la voix, tentant toujours de comprendre le comportement de l’autre. Mais lorsqu’une mission compliquée va lui être confiée (tenter de faire s’entendre deux espèces d’une même planète qui ne peuvent pas communiquer), il va falloir qu’Elijah use de toute la diplomatie possible pour éviter qu’une guerre éclate au sein de l’Union, qui mettrait en péril toute la communauté.

Voici un album complètement fou que je n’aurais certainement pas lu si je ne l’avais pas vu sur des blogs de lecteurs, avec des avis plus que positifs. La couverture est très épurée et ne donne pas d’indices sur l’histoire, les couleurs froides ne donnent pas spécialement envie d’ouvrir cet album de 150 pages. Pourtant, j’ai passé un très bon moment de lecture, moi qui ne suis pas une adepte de la science-fiction. L’histoire est simple à comprendre, même pour qui n’est pas un habitué du genre. C’est un autre monde, mais c’est expliqué vraiment simplement, il n’y a pas de concepts étranges, à condition bien sûr d’accepter ce monde totalement éloigné du nôtre, avec ses concepts propres. Le fait que le personnage soit dédoublé avec des échos n’est pas dérangeant, puisqu’il ne s’agit que d’une seule et même personne, on n’est donc pas décontenancé de le savoir à plusieurs endroits en même temps… C’est difficile à expliquer dans un article de blog, mais ceux qui ont lu l’album comprendront sûrement ce que je veux dire. Ce dédoublement (ou plus) de personnalité ne choque pas du tout, et je me suis même dit que ce serait bien pratique dans la réalité, pour éviter certains moments désagréables par exemple ! Il y a plein de réflexions complètement actuelles sur l’amour, la mort, le rapport à l’autre, la mémoire, la sexualité… Ce dialogue parfois philosophique est bien intéressant pour intéresser et captiver le lecteur, car ce n’est pas une simple histoire futuriste déconnectée de notre réalité du XXIe siècle,  Il y a une ambiance vraiment particulière dans cet album, une ambiance douce même lorsque la situation entre les peuples est tendue. Sans doute cette impression est due au dessin et aux couleurs froides utilisées : quelques nuances de gris et du noir et blanc uniquement. Le trait quant à lui est simple et épuré, avec peu de décors et des personnages aux traits fluides. Bien agréable, totalement en adéquation avec le propos futuriste, j’ai beaucoup aimé, et cela a aussi aidé à ma lecture.

Bien sûr, je pense être passée à côté de certaines choses, par exemple je ne me suis rendue compte qu’au bout d’un moment que les personnages étaient habillés différemment lorsqu’ils étaient dehors, qu’ils avaient comme une combinaison ultra-couvrante, mais je n’ai pas bien compris à quoi ça servait. Cela ne m’a pas empêché de passer un excellent moment, dépaysant je dirais même, avec cet album dont je n’attendais rien au début, mais qui a su me conquérir, alors que pourtant, la S-F et moi, ça fait 2 !! C’est un album que je conseillerai volontiers à d’autres non-lecteurs de science-fiction, c’est dire…

Non répertorié sur l@BD, mais je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, MicMélo littéraire, La tanière du champi, Imaginelf

Cet album a fait partie de la sélection à Angoulême en 2011 et a reçu le prix du meilleur album de BD de science-fiction au festival des Utopiales de Nantes en 2010.

Consulter le blog de Fabien Vehlmann.

Premières planches à voir sur Digibidi.