Puisqu’il faut des hommes

PUISQU’IL FAUT DES HOMMES : JOSEPH, par Philippe Pelaez (scénario) et Victor L. Pinel (dessin et couleurs) (Bamboo, 2020, coll. Grand angle)

006952369Début des années 1960, quelque part en Mayenne, près de Château-Gontier et de Laval, Joseph Fournier revient chez lui après 28 mois en tant qu’engagé dans la guerre d’Algérie. Il a toujours raconté qu’il travaillait à l’état-major, donc qu’il aurait vécu la guerre dans un bureau. Ce n’est pas comme les autres jeunes hommes de la commune, dont 3 sont déjà morts là-bas. Seul Michel, le fils du cafetier, est encore vivant… Joseph passe pour un planqué aux yeux du village, alors que son frère, coureur cycliste à l’avenir prometteur, est coincé dans un fauteuil roulant et que le père refuse d’utiliser un tracteur qui lui simplifierait les travux agricoles… Pas facile pour lui de retrouver une place dans cette famille et ce village… Lire la suite

Les poilus frisent le burn-out

LES POILUS FRISENT LE BURN-OUT, par Guillaume Bouzard (Fluide Glacial, 2016, coll. Les poilus)

1914. Pierre, habitant d’une petite commune, écrit à son amie Suzanne sur les horreurs de la guerre. Il avait prédit, contrairement aux autres appelés de son village que cela allait durer plus longtemps que prévu… La vie au front est dure, et certains moments sont assez fous… Entre les noms très cocasses de certains appelés, le match de foot pour la trêve de Noël, la recherche du trésor des templiers, l’écriture d’une lettre à une amoureuse à la place d’un mort, le lancer de grenade à la façon de rugbymen… la vie de poilus n’est pas de tout repos !

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Amère Russie 2

AMÈRE RUSSIE, tome 2 : LES COLOMBES DE GROZNY, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2015, coll. Grand angle)

003754397Suite et fin du tome 1. La mère de Vlodia est toujours à la recherche de son fils militaire en Tchétchénie, en pleine guerre entre Russes et Tchétchènes. Elle se retrouve dans la capitale de la région, à Grozny, assiégée par les forces russes. Elle croit retrouver son fils, mais en fait ce n’est pas lui, mais un jeune militaire russe aveugle. Elle va tout de même l’aider à survivre dans cet enfer.

Je ne croyais pas du tout être captivée par cette histoire : le contexte ne me tentait pas du tout, et la couverture, même si elle est très jolie et intelligemment composée avec bon nombre de détails, ne me donnait pas envie de lire ce diptyque. J’ai bien fait d’aller au-delà de mes appréhensions, car j’ai beaucoup aimé cette histoire : le dessin est très vif, très joli. Les cases sont nombreuses, et l’histoire très dynamique. Quelques scènes sont particulièrement violentes, et cela est encore accentué quand le fond du gaufrier est noir. Mais en même temps, cet album ne relate pas une histoire de Bisounours mais un contexte de guerre, donc cela ne cloche pas du tout. Les personnages sont pour la plupart attachants, et en particulier le petit chien Milyi qui prend de plus en plus de place dans ce tome. Cette histoire en deux tomes, qui veut dénoncer la situation en Russie, avec les mères qui cherchent leur fils engagé dans l’armée, est ancrée dans l’actualité du début du XXIème siècle; en effet, à la toute fin de l’album, on peut voir une journaliste qui n’est autre qu’Anna Polikovskaia, journaliste assassinée devant chez elle à Moscou il y a quelques années. Amère Russie est pour moi une très bonne découverte, avec une histoire qui se lit très bien, alors que ce n’était pas gagné au départ, vu mes réticences.

A partir de 15 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Amère Russie, tome 1 : Les Amazones de Bassaïev

AMÈRE RUSSIE, tome 1 : LES AMAZONES DE BASSAÏEV, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Quelque part en Russie, une famille se déchire lorsque le père est muté à la frontière de l’Ouzbékistan. Le fils unique, Volodia, aime jouer en bas de l’immeuble avec ses amis et son petit chien qu’il dresse à faire des tours. Quelques années plus tard, à la fin des années 1990, l’enfant a grandi et est devenu un jeune homme. Il effectue son service militaire en Tchétchénie et sa mère est très fière de lui, même si le fils donne bien peu de nouvelles. Un jour, elle apprend par son mari alcoolique dont elle est séparée que son cher Volodia est en réalité prisonnier dans la province du sud de la Russie. La rumeur court que Bassaïev, rebelle tchétchène, a promis de libérer des prisonniers si leurs mères viennent les chercher. Entendant cela, emmenant avec elle son petit chien et une photo récente de son fils, la mère se rend alors dans cette province en guerre pour retrouver son fils chéri, mais cela ne va pas s’avérer facile… Elle va rencontrer des combattantes redoutées par les militaires russes : les amazones, ainsi que des civils touchés par les combats.

Ce tome 1 d’un diptyque sur la Russie parle d’un sujet a priori peu attirant : le contexte me parle peu, et la Russie n’est pas un pays qui me tente vraiment. Bref, c’est le dessin qui m’a d’abord conquise, agrémenté de couleurs claires. Les personnages sont croqués de façon semi-réaliste, les décors sont plus ou moins détaillés selon les cases. Le découpage est dynamique, et je me suis laissée prendre à tourner les pages et à m’intéresser au destin de cette femme qui n’a plus que son fils comme unique but. Ensuite, le scénario est bien ficelé, et le personnage de la mère est très attachant, au-delà du contexte. On se prend de pitié pour elle, qui cherche uniquement à retrouver son fils et croit en la promesse du chef des rebelles. Le petit chien amène une touche de bonne humeur dans ce contexte bien sombre, où on se rend compte du traitement subi par les prisonniers russes, et de la situation plus que complexe pour les populations civiles en Tchétchénie. Je n’ai pas ressenti de réel manichéisme ou de sentiment anti-russe dans cet album, même si on a plus facilement tendance à se mettre du côté des populations civiles que militaires. L’aspect fratricide est abordé à travers quelques personnages, dont l’ascendance est à la fois russe et tchétchène, et on comprend l’absurdité d’un tel conflit. A la fin de cet album, je suis donc bien plus convaincue qu’au début. Cet album me confirme aussi que « Grand angle » est une collection de qualité, car je n’ai pas souvenir d’avoir été déçue par des titres de cette collection. Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Vu des yeux d’OliBD, Samba BD, Un amour de BD, Les chroniques de Madoka, Theatrum belli

Premières planches à lire sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Yaneck.

Un long destin de sang

UN LONG DESTIN DE SANG, intégrale, par Laurent-Frédéric Bollée (scénario) et Fabien Bedouel (dessin) (12bis, 2012)

Au coeur de la première guerre mondiale, en avril 1917, un soldat français revient dans sa tranchée et découvre ses compagnons d’armes morts, sans en comprendre la raison. C’est alors que les mortels gaz toxiques arrivent et tuent ce dernier survivant de ce régiment d’infanterie qui a juste le temps d’enfouir en terre son appareil photo, avant que les corps ne soient évacués par des inconnus portant des masques à gaz. Un an plus tard, en mars 1918, alors que Paris est bombardé par un canon allemand à longue portée, un scandale impliquant l’armée et son rôle dans la mystérieuse disparition du régiment est prêt d’éclater grâce à l’obstination d’un journaliste qui a analysé les photos retrouvées dans cette fameuse tranchée où a péri le régiment maudit. Mais ces révélations ne plaisent pas à tous, et les embûches vont être nombreuses avant de pouvoir rétablir la vérité sur ces soldats sacrifiés…

Cet album d’un peu plus de 100 pages regroupe les deux tomes parus initialement en 2010 et 2011. Je l’ai emprunté pour son scénariste, dont j’avais apprécié le travail dans Deadline. Et bien, cette fois non plus, je ne suis pas déçue : le scénario est très bien construit, à la façon d’un film. On saute d’un personnage à l’autre de façon très rapide, parfois trop, si bien qu’on ne sait plus trop où on se trouve. L’histoire commence en avril 1917, se poursuit en mars 1918, et revient ensuite à la veille. En bref, la révélation du scandale tient sur deux jours, ces deux jours de mars 1918. Les personnages sont nombreux, heureusement qu’ils sont présentés au début de l’album, à la manière d’une pièce de théâtre. Le récit est fort bien mené, servi par un dessin agréable, même si parfois je le trouve un peu trop brut et sec. Les couleurs sont assez ternes, mais cela ne contraste pas avec les propos : bien au contraire, elles parviennent à entretenir l’ambiance très noire de cette histoire. Les personnages se différencient bien les uns des autres, et on comprend facilement le rôle qu’ils jouent. Chaque caractère est suffisamment creusé pour que le lecteur se sente impliqué dans l’histoire. Au final, tous les personnages et toutes les situations présentées finissent par converger vers la résolution de l’énigme de la mort des soldats du régiment un an auparavant, et toutes les pièces du puzzle se replacent. Par son scénario sacrément efficace et son dessin réaliste et simple, j’ai passé un très agréable moment de lecture, même si certaines cases sont difficilement supportables au départ, ne dissimulant pas l’horreur de la guerre. Un long destin de sang est un album qui mérite véritablement le détour.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Mr Zombi, Samba BD, La ronde des post-itLivre libre

Premières planches du tome 1 et du tome 2 à lire sur Izneo.

Cet album participe à la-bd-de-la-semaine-150x150, cette semaine chez Noukette.

Les poilus d’Alaska, tome 1 : Moufflot, hiver 1914

LES POILUS D’ALASKA, tome 1 : MOUFFLOT, HIVER 1914, par Michael Delbosco et Daniel Duhand (scénario) et Félix Brune (dessin) (Casterman, 2014)

1914. Alors que la guerre commence en Europe, des hommes qui vivaient en Alaska, dans le village perdu de Nome, rentrent sur le vieux continent avant même d’avoir reçu leur ordre de mobilisation. Ils quittent l’Amérique en laissant sur place leurs chiens de traîneau, dans cette ville née lors de la ruée de l’or. Ils confient les animaux à Scotty Allan, un drôle d’individu. Louis Moufflot et René Haas rentrent en France et sont intégrés dans l’infanterie. L’hiver est plus que rigoureux et devenu capitaine, Moufflot est blessé au combat . Laissé pour mort avant d’être sauvé par l’ennemi, il parvient à s’enfuir de l’hôpital en prenant en otage la femme médecin qui le soignait. Ecarté de l’armée suite à ses blessures, Moufflot ronge son frein, quand lui vient une idée lorsqu’il retrouve son compagnon d’Alaska Haas : faire venir plusieurs centaines e chiens de traîneau d’outre-Atlantique, pour aider au transport de matériel et aux communications sur le front des Vosges. Il lui reste à convaincre les autorités militaires et le ministère de l’intérêt d’une telle entreprise…

Encore un album sur la première guerre mondiale, une nouvelle fois sous un angle différent et méconnu. Basée sur une histoire vraie, cette histoire est réellement originale, mais le résumé qu’en fait l’éditeur en 4ème de couverture ne correspond pas tout à fait au récit dans cet album, car au final le transport de chiens d’Alaska n’a pas lieu dans cet album, on a juste les chiens au départ avant la guerre. Il s’agit donc là plus d’un tome introductif qui pose les bases et les protagonistes du récit, et une fois la lecture terminée, je me suis dit que j’aurais dû attendre que le tome 2 sorte pour au moins ne pas être frustrée de cette lecture incomplète. J’ai été moyennement séduite par le dessin, un peu étrange pour moi : je n’aime pas spécialement ce genre de trait, pas forcément très abouti. Il n’est pas désagréable, mais c’est juste une question de goûts personnels. Autre bémol : les changements de lieu ne sont pas forcément indiqués par exemple avec une nouvelle langue, comme lorsque le capitaine Moufflot atterrit dans un hôpital allemand où il est soigné et dont il parvient par la suite à s’échapper. Des ellipses un peu trop longues m’ont fait perdre le fil de cet album, et ne m’ont pas impliqué dans l’histoire. De plus, je n’ai pas spécialement été touchée par les personnages, pour lesquels je n’ai pas éprouvé d’empathie particulière. Il y a bien des liens entre eux, on se doute de quelque chose avec les allusions qui sont faites, mais on n’en sait pas beaucoup plus… Moyennement convaincue par cet album, je pense quand même lire le deuxième tome quand il sera sorti, pour mieux me faire une opinion sur cette série. A noter enfin l’intéressant dossier, avec pas mal de texte parfois un peu romancé, sur l’histoire vraie du capitaine Moufflot, avec des documents d’époque, qui permet de compléter le récit dessiné.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques d’Asteline, Une autre histoire, Le blog de Bulles de Mantes, Bulles picardes, bobd

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

Site dédié à cette histoire vraie, dans lequel on apprend qu’un documentaire sur le sujet a été diffusé récemment sur Arte (rediffusion le 8 décembre) et que des livres documentaires existent également.

Sang noir

SANG NOIR, par Frédéric Chabaud (scénario) et Julien Monier (dessin) (Physalis, 2013)

Août 1914, au Sénégal. Yacouba vit dans son village. Paysan (« badolo ») et orphelin depuis longtemps, il vit avec son oncle, sa tante et son cousin. Amoureux de la fille du chef de village, il sait que les convenances et son niveau social ne peuvent permette cette histoire d’amour. Lorsque des soldats français arrivent dans le village pour demander des hommes, Yacouba s’engage avec d’autres jeunes de son village. Ils prennent le bateau à Dakar, direction Marseille. C’est la première fois qu’il quitte son pays. En caserne, les sénégalais vont apprendre à manier les armes et découvrir le froid de l’hiver. Envoyés au front en septembre 1915, ils vont combattre les allemands et aussi découvrir le racisme ambiant, surtout de la part de certains officiers français. Malgré toutes ces déconvenues et la mort de nombre de ses camarades, Yacouba garde toujours espoir de revoir son pays et sa belle…

Voici de nouveau un album sur la première guerre mondiale, sujet de saison. Là encore, l’angle est original car on suit le parcours d’un tirailleur sénégalais, depuis son village africain jusqu’aux tranchées boueuses du nord-est de la France. L’histoire est très bien racontée, sans à tout prix vouloir être pédagogique. Le racisme ambiant contre les noirs d’Afrique et autres colonisés est bien montré, c’est juste impensable de voir le peu de considération que certains militaires français avaient pour les tirailleurs qui étaient envoyés au front comme de la chair à canon. Heureusement que tous n’étaient pas comme cela. La différence de religion est aussi montrée, et je trouve que c’est un aspect bien intéressant, souvent méconnu. Les références historiques et culturelles sont aussi présentes dans cet album, avec en préface une citation de Léopold Sedar Senghor, puis le début de la l’album qui expose les derniers moments de Jean Jaurès avant son assassinat. Enfin, dans l’album, Yacouba blessé rencontre l’écrivain Blaise Cendrars. Ces éléments raccrochent l’histoire fictive de Yacouba à l’histoire réelle, c’est une façon originale de traiter de la première guerre. J’ai donc beaucoup aimé le scénario, qui ajoute des éléments d’Afrique, avec une légende africaine ou encore des mots en wolof en guise de titres de chapitres. Le dessin n’est pas en reste dans cet album : même s’il n’est pas lumineux, il colle à l’ambiance. Le trait de Julien Monier est assez épais, mais toujours régulier. Intéressant, il est expressif juste comme il faut, et on ne peut pas confondre les personnages. A noter que les couleurs de la couverture sont en réalité plus claires qu’il n’y paraît. Les horreurs des tranchées sont bien représentées, sans cacher les scènes les plus dures. Le dessin restitue bien l’aspect émouvant de la vie de Yacouba, et on se sent proche de ce personnage. La fin, sans la dévoiler, n’est pas décevante mais au contraire ouverte, et j’ai trouvé cela astucieux pour clôturer les 94 pages. Cet album est vraiment bien fait sous tous les plans, imprimé en plus sur du papier de qualité, ce qui en fait un bel objet. A noter enfin qu’il comporte à la fin un dossier explicatif de 2 doubles pages, illustré de documents d’époque avec des informations complémentaires. Un album à essayer, vraiment.

A partir de 10 ans selon l@BD.

On n’en parle quasiment pas sur les blogs : je n’ai pas trouvé d’avis sur des blogs, seulement sur Babelio.

Aller voir le blog de Julien Monier.

La faute au midi

LA FAUTE AU MIDI, par Jean-Yves Le Naour (scénario) et A. Dan (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Août 1914, la France est mobilisée. Tous les jeunes hommes sont appelés à combattre l’ennemi en allant à l’est. En Provence, on n’échappe pas à la règle. Ces soldats forment le XVème corps d’armée, envoyé en Lorraine annexée pour combattre l’ennemi. Mais les officiers ne voulant pas suivre les conseils des locaux accusés de trahison ou d’un aviateur parti en repérage, les soldats français sont massacrés par l’artillerie allemande. Pour se dédouaner de cette défaite, le général Joffre, alors à la tête des armées françaises, accuse les soldats du sud-est de la France de trahison et de lâcheté. Plusieurs soldats passent alors en cour martiale soupçonnés de mutilation volontaire suite à la bataille pour défendre Nancy, et pour l’exemple, deux sont condamnés à mort sans la moindre défense possible : Auguste un varois et Joseph un corse ne comprenant pas bien le français. Exécutés par d’autres soldats français, il se révèle par la suite que leurs mutilations n’étaient pas volontaires mais consécutives à la bataille. Mais c’est la guerre et pour ne pas saper le moral des troupes, la nouvelle n’est pas ébruitée. Ce n’est que 4 ans plus tard, à la fin du conflit, que la situation pourra se rétablir pour les deux soldats exécutés…

Voici un album portant sur un épisode peu connu de la première guerre : les exécutions sans fondement, soi-disant pour faire des exemples et motiver les troupes. Nous avons donc là un album qui a la vocation de sortir de l’oubli un épisode jusqu’alors méconnu. Le récit est assez linéaire, alternant entre voix off qui raconte les décisions militaires et extraits de lettres du soldat Auguste à sa mère restée au pays. Le racisme intérieur et les clichés envers les Provençaux sont très bien montrés, témoins de l’absence d’unité de la nation en 1914, et de la supériorité des officiers qui dissimulent leurs erreurs stratégiques en faisant payer de simples soldats. Cet côté « pot de fer contre pot de terre » est clairement exposé, on sent que les soldats ne peuvent rien faire, leur défense étant totalement négligée. Le scénariste se base sur des archives d’époque, ce qui accentue un peu plus le réalisme de cette histoire touchante. Pourtant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour être totalement emballée par cet album. D’abord le dessin est assez conventionnel, même si je reconnais qu’il est totalement adapté à ce type de récit. Il y a la volonté de reproduire avec exactitude les faits et les personnages, ce qui est une bonne idée pour une BD historique, surtout quand elle est une demande des archives départementales des Bouches-du-Rhône. Cet album est instructif, exposant les faits de façon précise et le fonctionnement de l’armée française, mais je trouve la fin un peu trop abrupte, lors de l’épisode des excuses officielles, mais aussi auparavant lors de la réhabilitation de deux exécutés. De plus, le dossier de 8 pages qui suit la bande dessinée est moyennement intéressant : on n’en apprend pas beaucoup plus sur l’histoire, les événements sont une nouvelles fois exposés, mais on ne sait pas quelles ont été les sources qui ont servi à l’élaboration du scénario. Bref, impression mitigée sur cet album à la thématique pourtant intéressante pour remettre en lumière une période noire de l’armée française.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Miss Alfie croqueuse de livresA voir à lire, The frenchbooklover, Historicoblog

Premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview des deux auteurs à lire sur Ligneclaire.info.

Consulter le site de l’historien scénariste de cet album, spécialiste du XXème siècle.

Consulter ce site (perso ?) spécialisé sur le XVème corps d’armée.

USA, Uriel Samuel Andrew

USA, URIEL SAMUEL ANDREW, par Will Argunas (Casterman, 2013, coll. Ecritures)

2008. Uriel, Samuel et Andrew sont trois amis soldats en Irak qui rentrent dans leur petite ville américaine. Mais le retour à la vie réelle n’est pas simple : comment vivre après avoir vécu l’enfer ? Comment retrouver ses marques dans une société dont ils se sentent coupés ? Isolés et très fragiles psychologiquement, les trois hommes tentent de reprendre une vie normale, mais ils ne sont pas toujours épaulés par leur famille et sont confrontés à de nombreux cauchemars et hallucinations. L’un va se marier avec sa compagne et devient père, un peu malgré lui et alors qu’il est sans travail. L’autre, victime de ses visions, perd pied, réagit de façon incontrôlée, ne parvenant pas à vaincre ses angoisses. Le troisième va aussi partir à la dérive, contre ses parents et le système en général, tomber dans la drogue et devenir SDF. Tous trois continuent pourtant de se voir, et n’en oublient pas pour autant la famille de Hill, un de leurs camarades qui est mort là-bas, et dont la femme et les fils tentent de survivre tant bien que mal. La guerre est une expérience qui laisse forcément des traces, que ce soit sur les soldats ou leurs familles… Difficile de retrouver un sens à sa vie après ça.

USA, Uriel Samuel Andrew est un album qui fait froid dans le dos tellement il sonne réaliste. Les hommes sont touchés par le stress post-traumatique, qui frappe nombre de vétérans de guerre. Les familles ne peuvent pas faire grand-chose pour les aider, et on sent l’énorme fossé qui existe entre les soldats (qui ont partagé des moments difficiles à la guerre) et leurs familles. Cela m’a un peu fait penser à certains passages de la série américaine Homeland, lorsque le soldat rentre en Amérique mais qu’il est complètement déconnecté du reste du monde, qu’il ne peut dormir sans faire des cauchemars, qu’il est obsédé par ce qui s’est passé sur les lieux du conflit. Dans l’album, il n’est pas question du tout de terrorisme comme dans la série télé que je viens de mentionner, mes comparaisons s’arrêteront donc là. J’ai beaucoup aimé lire cet album dans lequel les trois destins se croisent, pour finalement s’éloigner sur la fin. Chacun tente de surmonter, avec ses capacités, la terreur psychologique vécue, la plupart du temps sans grand succès. L’album s’étend sur un peu plus d’un an, et pas un ancien soldat parmi les trois n’a remonté la pente. Le sujet n’est donc pas très réjouissant, mais l’interprétation de Will Argunas est frappante de réalisme en tout cas. Même si l’auteur est français (il s’agit d’un pseudonyme), je trouve qu’il réussit son pari haut la main, car ce qu’il décrit s’est sûrement produit chez nombre de vétérans de guerre, et se produit certainement encore aujourd’hui. Au niveau du dessin, il est réaliste, soigné. Lorsque des personnalités connues sont dessinées, on les reconnaît sans problème, et cela accentue encore un peu plus le côté réaliste, presque témoignage, de l’album. L’usage du gris est parfaitement approprié dans cette histoire marquante, dont on ne peut qu’être sonné par la fin…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le blog BD de Madmoizelle, Tête de lecture, La bibliothèque du dolmen, Samba BD, Comics records

Aller voir du côté du blog de l’auteur (français), aussi sérigraphe et illustrateur, et fan de musique métal (lien vers sa boutique d’artbooks et de badges)

Airborne 44, tome 2 : Demain sera sans nous

AIRBORNE 44, tome 2 : DEMAIN SERA SANS NOUS, par Philippe Jarbinet (Casterman, 2009, coll. ligne d’horizon)

1944. Le mari de Gabrielle/Gabi, Egon, est de retour après avoir combattu dans l’armée allemande depuis 1940. Avec son ami Jakob (frère de Gabi), il a pris clandestinement bon nombre de clichés des exactions commises par les SS sur les populations civiles à l’est, en Ukraine et en Russie notamment. De retour près de chez lui, suite à la débâcle, il déserte et est poursuivi par les nazis pour ses nombreuses pellicules qu’il garde sur lui. Egon décrit tout ce qu’il a vu, et apprend la relation qui s’est nouée entre sa femme et Luther le soldat américain. Les allemands retrouvent le déserteur, et menacent par la même occasion la vie de Gabrielle, des GI et des deux enfants orphelins qui vivent dans la ferme avec Gabi. Pour les pellicules compromettantes, les soldats allemands sont prêts à tout…

Pas de regrets d’avoir continué cette série dont j’avais moyennement apprécié le premier tome ! Il y a plus d’action dans ce volume et moins de côté mélo (l’histoire d’amour entre Luther et Gabi). Bref, j’ai trouvé cet album plus réel que le premier. Il y a des moments où je me suis dit que ça ressemblait à certains films sur la 2nde guerre mondiale. Les scènes calmes succèdent aux scènes d’action, et au final, on lit cet album sans problème, malgré les différentes langues parlées par les personnages (rien n’est traduit, et en même temps, il vaut mieux ça que de tout traduire en français, car ça sonnerait moins réaliste, et ça n’aiderait pas à savoir qui est qui). Il y a un côté historique particulièrement intéressant avec les photos prises par un soldat allemand, qui veut dénoncer les massacres commis par ses supérieurs. C’est un aspect rarement évoqué, que je sache. C’est un peu la petite histoire dans la grande, et c’est ce qui fait qu’on s’attache aussi à lire cet album qui porte sur une période largement évoquée en BD. Pour finir, j’ai aussi beaucoup aimé l’épilogue, pet-être un peu simpliste, mais dont je ne pensais pas qu’il irait si loin dans le temps, mais finalement, c’est bien agréable de finir sur une telle touche. Le dessin est le même que pour le premier volume et sonne globalement juste. Les couleurs sont travaillées, avec une volonté du détail. Bref, je suis finalement agréablement surprise par ce diptyque, j’ai passé un bon moment de lecture.

A partir de 15 ans selon l@BD.

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