Kersten tome 2 : au nom de l’humanité

KERSTEN MEDECIN D’HIMMLER, TOME 2 : AU NOM DE L’HUMANITE, par Patrice Perna et Fabien Bedouel (Glénat, 2015)

kersten 2

Suite et fin du tome 1. Kersten est toujours le médecin particulier d’Himmler, proche collaborateur d’Hitler. En parallèle, il utilise les informations délivrées par son patient pour sauver des personnes de la mort à laquelle ils étaient promis. Alors que le chef de la Gestapo pressentait que Kersten n’était pas net, il est assassiné et replacé par un autre homme encore pire, plus dangereux et sournois. Dans le même temps, Himmler devient de plus en plus dépendant des massages de son médecin, et lui dévoile plus ou moins involontairement des informations importantes sur les opposants au régime nazi… Lire la suite

Ma réputation [roman]

MA RÉPUTATION, par Gaël Aymon (Actes sud junior, 2013)

ma réputationLaura, quinze ans, est une lycéenne qui préfère la compagnie des garçons à celle des filles. Elle fait partie d’une bande de potes composée de Théo, Sofiane et Jimmy. Tout se passe bien jusqu’au jour où Sofiane tente de l’embrasser et qu’elle refuse ses avances. Pour se venger, Sofiane publie une photo de Laura sur un réseau social, et le déchaînement commence pour Laura, qui va essuyer bon nombre d’insultes et de rumeurs en tout genre… De plus en plus isolée, Laura évite tout contact avec les autres lycéens, et déjeune dans un couloir, où quelqu’un d’autre prend aussi son repas… C’est Joséphine, elle aussi très solitaire, qui va l’aider à sortir de cette situation inextricable de harcèlement… Lire la suite

Mon copain secret

MON COPAIN SECRET, par Loïc Dauvillier et Alain Kokor (Les éditions de la gouttière, 2012)

Manon est une petite fille qui cohabite avec un éléphant dans son placard de chambre. Personne ne veut la croire, alors la fillette préfère garder son secret pour elle. L’éléphant s’incruste dans sa vie, et en cherchant à la sortir de mauvais pas, lui cause bien des soucis. Ainsi, lorsque Manon est embêtée par Tom son frère jumeau, l’éléphant venge la petite fille en faisant pipi dans le lit du garçon. A l’instituteur qui demande à Manon de résoudre un problème de mathématiques, l’éléphant va écraser la voiture pour se venger également… L’éléphant tente de protéger du mieux qu’il peut la fillette, mais celle-ci n’apprécie guère ses attentions, car la situation devient rapidement incontrôlable.

Voici un joli album jeunesse, de petit format agréable à prendre en main et court (32 pages). C’est une jolie histoire fantastique sur les croyances des enfants, qui ont des amis imaginaires avec lesquels ils passent des heures à converser. Le dessin d’Alain Kokor, crayonné, avec ses couleurs orangées et marron, ou du gris et bleu pour la nuit, est agréable, tout en douceur et en tendresse. Le scénario est bien construit, par étapes facilement distinguables. Par contre, il y a pas mal de bulles, ce qui fait que cet album n’est pas forcément accessible aux tout petits lecteurs qui apprennent juste à lire. Autre bémol également, la place des parents dans l’histoire. Le père fait du genre bourru, il est peu présent, ne parle pas avec ses enfants. La mère n’est pas plus proche de ses enfants, elle ne fait rien pour les aider, ne cherche pas à discuter ou à comprendre ce qui se passe, par contre, elle les envoie dans leur chambre bien facilement… Disons que c’est un modèle familial bien particulier tout de même… La fin est assez surprenante, et peut permettre à l’enfant lecteur de créer la suite. Cet album, léger et sympathique, n’est pas inoubliable, mais permet une bonne première approche de la BD avec des lecteurs débutants. Le sujet de la solitude et de l’amitié plaira aux lecteurs comme à leurs parents, alors ce serait dommage de passer à côté, non ??

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Bedea jacta est, D’une berge à l’autre

Premières planches à voir sur Digibidi.

Fiches pédagogiques pour le cycle 3 à retrouver sur le site de l’éditeur.

Un kamishibai sur la rencontre entre Manon et l’éléphant (histoire inédite) est disponible sur le site des expositions d’On a marché sur la bulle, association d’Amiens.

Cet album participe à , cette semaine chez Jacques.

Kersten tome 1

KERSTEN MEDECIN D’HIMMLER, tome 1 : PACTE AVEC LE MAL, par Patrice Perna (scénario) et Fabien Bedouel (dessin) (Glénat, 2015)

L’histoire commence en 1945 en Suède, à Stockholm. Le docteur Kersten demande l’asile ainsi que des papiers. Mais tout cela lui est refusé par le nouveau ministre des affaires étrangères. L’homme repart, dépité et incompris. Retour en 1939 : le docteur Kersten, finlandais mais ayant un diplôme allemand, est le seul à pouvoir soulager avec ses mains Himmler, un des proches collaborateurs d’Hitler. Au fil des séances avec le haut-dignitaire nazi, il en devient le confident. Lorsqu’il apprend la déportation de la population hollandaise, il va tout faire pour l’empêcher ce désastre. Himmler l’apprécie tellement qu’il lui fait entièrement confiance et accède positivement à ses demandes, en allant voir le Führer même si besoin, ou en faisant libérer un des amis du médecin, emprisonné de façon arbitraire. En même temps, Kersten donne des infos aux anglais en parallèle, et malgré sa répulsion de plus en plus grande pour Himmler, doit risquer sa vie à chaque instant.

Cet album traite de la seconde guerre mondiale sous un angle que je trouve inédit, et est inspirée d’une histoire vraie. J’ai beaucoup aimé ce volume, car l’histoire est bien écrite et bien menée. En effet, au départ on ne sait quoi penser de cet homme qui côtoie les nazis, mais plus les planches défilent et plus on comprend qu’il est pris dans une grosse machine qui le dépasse, lorsqu’il doit suivre Himmler en Yougoslavie ou lors que le dirigeant nazi quitte Berlin, en obligeant son médecin à le suivre. Sentant la pression de plus en plus forte exercée par Himmler qui pourrait très vite devenir menaçant et dangereux, Kersten ne veut plus jouer un double jeu et se voit donc pris au piège. Ce volume se termine en 1941, mais on sait dès le départ que Kersten survit à la guerre, donc on espère seulement lire la suite pour voir comment il va se sortir de cette situation. Graphiquement parlant, j’ai eu au départ un peu de difficultés avec le dessin, un peu étrange, avec un trait fin pas forcément très assuré. Puis finalement, cela convient bien à l’histoire, servie par des couleurs ternes, qui aide à créer une ambiance du genre « chape de plomb » (l’auteur est le même que dans « Un long destin de sang« ). A noter aussi qu’il y a pas mal de portraits en gros plan dans de petites cases, ce qui accentue le côté sombre ettragique de l’histoire. Le scénario quant à lui est très bien écrit, utilisant bon nombre de mots de vocabulaire « d’époque » (les tournures de phrases des nazis et leur peu de considération des autres peuples par exemple). Le découpage de l’histoire est dynamique et m’a permis de bien accrocher à cet album au sujet peu réjouissant. Happée par cette histoire, j’espère maintenant pouvoir lire la suite rapidement…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Chroniques de l’invisibleCases d’histoire, Les 8 plumes, Bar à BD

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

Les enfants de l’envie

LES ENFANTS DE L’ENVIE, par Gabrielle Piquet (Casterman, 2010, coll. Ecritures)

1999, à Laon en Picardie. Basile est un homme trentenaire qui vit encore chez sa mère. Passionné par les Etats-Unis depuis sa plus tendre enfance, son père serait un américain qui travaillait dans la base américaine de la ville qui a fermé en 1967. Il se prénommerait Henry, mais Basile n’en sait pas plus, sa mère ne voulant plus parler de ce sujet, leur relation ayant été très furtive… C’est par sa grand-mère que Basile sait ce qu’était la ville de Laon lorsque la base américaine était encore en service. Sa passion pour le pays de son père est née là, et Basile a un seul sujet de prédilection dans ses peintures : les rues de New-York. Un jour, le maire de la ville lui demande s’il veut participer à une exposition d’art sur les Etats-Unis, car une commémoration va bientôt se passer et des vétérans de la base américaine de Laon sont invités. Malgré la réserve de son meilleur ami, Basile accepte et rêve de retrouver son père parmi les américains en visite…

Les enfants de l’envie fait partie de la très bonne collection « écritures » chez Casterman, et j’ai rarement été déçue par cette collection, c’est la raison pour laquelle je me suis lancée dans cette lecture dont le dessin de la couverture me plaisait pas mal. J’ai été un peu décontenancée par le dessin à l’intérieur : le trait est très fin, et donne un dessin à l’apparence très dépouillé. Aucune couleur n’est utilisée, sauf les aplats de noir pour distinguer le héros de l’histoire (ou plutôt ses cheveux et sa veste) parmi la foule de personnages. Le trait est au départ assez déroutant, surtout pour suivre le fil de l’histoire car il n’y a pas de gaufrier, et donc le sens de lecture n’est pas si simple au départ, certains dessins se chevauchant même. Le style est réellement original, je n’avais jamais rencontré ce style-là auparavant, et cela ne m’a pas empêchée d’être vraiment immergée dans l’histoire. Le dessin est parfois un peu plat, du fait de l’absence de nuances dans les couleurs et de son côté un peu « brut », mais au final il donne un côté touchant et sensible au récit. L’auteur parvient très bien à signifier la folie dans ses dessins, en partant un peu en vrille, avec un trait pas toujours net. Certains traits sont en effets moins maîtrisés que d’autres, c’est un souhait de l’auteur pour entrer dans la tête de ses personnages, ou pour éviter un récit trop linéaire. J’ai trouvé ce procédé extra, totalement en adéquation avec l’histoire. J’ai été conquise par ce dessin si délicat et qui interprète bien les pensées des personnages. Au niveau du scénario, le côté quelque peu fataliste du héros (qui ne voit pas sa vie autre part qu’à Laon alors qu’il est réellement talentueux) m’a un peu gênée, j’ai eu pitié de cet homme qui a presque toujours vécu dans sa petite ville et qui vit dans ses souvenirs et ses espoirs, ou plutôt dans les souvenirs de sa grand-mère. L’histoire telle que la raconte Gabrielle Piquet est très touchante et sensible. Cette impression est peut-être renforcée par le trait simple mais empli de poésie. Cela me donne envie de me renseigner sur d’autres œuvres de cette jeune auteure, qui choisit un parti-pris original dans l’interprétation dessinée de l’histoire, qui est basée sur des faits réels (la base américaine de Laon a réellement existé, dans les dates indiquées par l’auteur : voir cet article et des photos sur ce site). J’ai vraiment passé un bon moment de lecture, et même si je pressentais un peu la chute, certains passages m’interrogeant sur leur présence dans le récit, j’ai complètement adhéré à cette histoire au final assez triste… A essayer !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Carnets de sel, Cchez Canel, Dédicaces & vide-grenier, Le rose et le noir

Le site de Gabrielle Piquet, avec quelques planches issues de cet album.

Bulles & nacelle

BULLES & NACELLE, par Renaud Dillies (Dargaud, 2009, coll. Long courrier)

Charlie est une souris qui se présente comme étant écrivain, mais a du mal à coucher les mots sur le papier. Solitaire, elle fait un jour la connaissance d’un petit oiseau qui se prénomme Solitude et qui viendra le voir à chaque fois qu’il est dans cette situation de solitude. Charlie se fait à cette présence, qui la surprend à chaque fois ou presque. Il fait aussi la rencontre d’une girafe qui prépare le carnaval de la ville. La souris déteste la foule, mais ira-t-elle tout de même participer à la fête qui s’annonce ?

Je continue ma découverte des productions de Renaud Dillies, après Betty Blues et le diptyque Abélard. La couverture est très jolie, colorée, et ne laisse pas présager le sujet de ce livre, sujet au final assez grave et qui ne prête pas à rire : la solitude. L’ouvrage est assez mélancolique : Charlie connaît la peur de la page blanche, il n’a pas confiance en lui, est plus que rêveur et aimerait retrouver ses rêves d’enfance… Renaud Dillies nous plonge cette fois encore dans un monde à part, complètement onirique. J’avoue que j’ai eu du mal avec cet album, qui finalement m’a donné l’impression d’être assez creux. On sent que la petite souris est pleine de bonnes intentions, qu’elle aimerait changer le monde avec ses écrits, mais qu’elle ne trouve pas la clé. C’est pourtant une bien jolie fable, mais qui me laissera un souvenir circonspect. Je n’ai pas été touchée par ce personnage qui m’a donné le sentiment de s’apitoyer sur son sort, de ne pas se battre pour changer sa situation. L’atmosphère mélancolique et triste ne m’a pas spécialement plu. Au niveau du dessin, j’ai retrouvé le style que je connaissais : ces fameuses hachures si particulières, qui aident à l’ambiance spécifique du récit. Certaines cases sont de toutes beauté, comme par exemple celles du carnaval. Les planches en pleine page sont magnifiques, et cela commence dès le début, avec le sous-titre de l’histoire : « Les aventures de Charlie la souris ou les vicissitudes du muridé solitaire ». J’ai aimé la façon dont l’auteur joue avec le papier, lorsque le personnage disparaît derrière la page blanche. Ces astuces sont bien trouvées et m’ont fait sourire. A part cela, cet album me paraît dispensable à ceux qui ne sont pas fans de l’auteur… Je ne crois pas que j’en garderai un souvenir vif longtemps, je préfère garder en tête d’autres ouvrages plus mémorables.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Sin CityAu milieu des livres (ancien blog), La bibliothèque de Noukette, Les lectures d’Antigone, Blog brother

Planches à voir sur BDGest.

Interview de l’auteur (réalisée en 2009) à lire sur Clair de plume.

Au vent mauvais

AU VENT MAUVAIS, par Rascal (scénario) et Thierry Murat (dessin) (Futuropolis, 2013)

Abel Mérian vient de sortir de prison. Lâché en pleine nature avec des vêtements miteux et peu d’argent après sept ans derrière les barreaux, il erre un peu en ville, avant de choisir de prendre la route pour retrouver l’argent qu’il a planqué dans une usine désaffectée. Mais ce lieu s’avère être devenu depuisun musée d’art contemporain et l’argent a disparu. Désemparé, l’homme ne sait que faire. Assis sur une banquette du musée, un téléphone interrompt ses pensées. Il décroche et une jeune femme lui répond qu’elle est la propriétaire du téléphone et qu’elle aimerait récupérer l’appareil. Elle lui communique l’adresse pour l’envoi, mais Abel, au lieu d’attendre à la Poste, va préférer le lui rendre directement. Surtout depuis qu’il a vu des photos de la jolie propriétaire du mobile, il est motivé pour rejoindre cette inconnue, partie s’aérer quelques jours en Italie après une rupture amoureuse…C’est le début d’un road movie pour l’ancien prisonnier…

A vrai dire, je n’attendais rien de cet album, que j’ai emprunté par hasard à la bibliothèque, et dont le titre est tiré du poème « chanson d’automne » de Verlaine (qui commence par « les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone »…). Et bien on peut dire que la sérendipité a du bon, puisque j’ai passé un bien joli moment de lecture avec cet homme seul qui a besoin de grands espaces après avoir vu son carré de ciel pendant des années derrière une fenêtre flanquée de trois barreaux. Le scénario n’est pas palpitant, dans le sens où il n’y a pas d’actions toutes les deux pages, mais on suit non sans déplaisir cet homme qui trouve dans l’objectif de rendre un téléphone un but nouveau à sa vie, l’occasion de redémarrer de zéro. Il tombe sous le charme de la jeune femme du téléphone, et comprend, grâce aux sms et aux photos de l’appareil, une tranche de vie de sa propriétaire. C’est l’occasion de réfléchir sur lui-même, sur ce qu’il est devenu après l’enfermement, c’est pour lui une véritable introspection, entrecoupée de rencontres pour le moins étonnantes : un vieux chien, un jeune fugueur… La voix off du personnage principal raconte l’histoire, qui comporte au final assez peu de bulles. Le style littéraire est souvent un style oral, et de nombreuses images sont utilisées. Le texte ne se lit donc pas sans un minimum de concentration, pour pouvoir saisir tout le sens du texte. Ce style rend le récit très crédible, j’ai beaucoup aimé, car ce n’est pas lisse, comme certains récits parfois. Au départ un peu désarçonnée par le dessin, j’ai fini par le trouver intéressant et original. En fait, aucune des cases n’a de fond blanc, c’est à chaque fois du papier légèrement coloré dont on voit le grain. Cela donne une ambiance particulière, parfois un peu terne, mais jamais triste. J’ai eu l’impression que certaines cases étaient des photos mises en dessin, comme on peut le faire parfois avec certains logiciels de retouche. Cela donne un fort réalisme et presque une impression de reportage à cette histoire. Le dessin est clair, sans fioritures, le trait est assez sec mais très lisible. Difficile de se détacher de ce personnage principal. Enfin, la chute de l’histoire fut inattendue pour moi. Bref, une belle alliance entre un scénario plus complexe qu’il n’y paraît et un dessin intéressant et original. A essayer !

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : Bédépolar, Sin City, Blog BD sud-ouest, Au milieu des livres, Chroniques de l’invisible

Premières planches à voir sur  Izneo.

Cet album fait partie d’un BD-concert par le groupe Les Hyènes : voici le 1er teaser ci-dessous. Plus d’infos sur live-boutique.