Refuges [roman]

REFUGES, par Annelise Heurtier (Casterman, 2015)

En 2006, Mila, adolescente romaine, passe ses vacances d’été sur l’île familiale de Lampedusa, en Méditerranée. Le temps s’écoule lentement sous la chaleur estivale, et Mila ne veut pas spécialement passer du temps avec ses parents, particulièrement sa mère aux tendances dépressives depuis le décès de son petit frère lors d’un mois de juillet précédent. Elle craint plus que tout la date anniversaire d’ailleurs… alors quand Paola, la nièce de la gardienne de la maison et amie de la famille lui propose de passer du temps avec elle et ses amis, Mila accepte de suivre cette jeune fille qui a tout pour elle. Elle va passer de beaux moments sur cette île paradisiaque, pour tenter de surmonter sa situation… En parallèle de ce récit d’été, des Erythréens tentent de quitter leur pays qui vit sous la dictature pour rejoindre le nord de l’Afrique et ensuite la terre promise, l’Europe, en atteignant dans un fragile zodiac l’île de Lampedusa, aussi surnommée « l’île du Salut » par ses habitants… Mais leur parcours pour vivre en liberté s’avère semé d’embûches…  Lire la suite

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Brise glace [roman]

BRISE GLACE, par Jean-Philippe Blondel (Actes sud junior, 2011, coll. Romans ado)

Aurélien entre en 1ère Littéraire dans un nouveau lycée. C’est la troisième fois en trois ans qu’il change d’établissement : la première fois, ses parents déménageaient, la deuxième, c’était pour son entrée en classe de 2nde, et là, c’est pour choisir la filière L. Autant dire qu’il n’est pas facile pour lui de se faire des amis. Mais cela l’arrange, car il ne cherche pas à s’en faire. Non, son but, c’est de se rendre le plus invisible possible, à se faire oublier de tous. Pourtant un jour, Thibaud, un garçon de sa classe, lui adresse la parole et cherche à devenir son ami. Il l’invite à une soirée chez lui, puis à une soirée slam dans un bar. Thibaud cherche à lui faire raconter son histoire, mais cela fait quatre ans qu’Aurélien se sent emprisonné avec ses souvenirs, ce qui s’est passé il y a quatre ans l’a changé à tout jamais…

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The long and winding road

THE LONG AND WINDING ROAD, par Christopher (scénario) et Ruben Pellejero (Kennes éditions, 2016)

long winding roadA Montpellier, Ulysse vient d’assister aux obsèques de son père, un homme qu’il n’appréciait pas particulièrement, n’ayant pas de points communs avec lui. Mais voilà qu’après la crémation de son géniteur, il doit amener ses cendres sur l’île de Wight, d’après ses dernières volontés lues lors de la sépulture… Loin d’être enchanté par cette perspective, Ulysse se sent tout de même obligé par sa tante de réaliser le dernier souhait de son père… Mais pendant ce voyage en combi VW, il va découvrir des amis de son père, et exhumer des souvenirs enfouis, qui lui font comprendre qu’il ne connaissait pas du tout, mais absolument pas, son père… Ce sera aussi l’occasion pour lui de mettre à plat sa vie et de suivre son instinct et ses envies plutôt que l’avis de la société qui l’entoure… Lire la suite

Ma grand-mère est une terreur [roman]

MA GRAND-MÈRE EST UNE TERREUR, par Guillaume Guéraud (Rouergue, 2017, coll. Dacodac)

Antoine a une grand-mère qui habite assez loin de chez lui. Cela l’arrange, car il n’aime pas aller la voir : elle vit dans une forêt au milieu de nulle part, presque à l’âge de pierre et est quelque peu spéciale, se moquant des lois et règlements… D’ailleurs, dans le village, tout le monde l’appelle Mémé Kalashnikov ! Mais quand ses parents lui annoncent qu’il va y rester une semaine pendant les vacances d’octobre, Antoine fait tout ce qu’il peut pour ne pas y aller… Il arrive juste à négocier un jour de moins là-bas, mais se voit contraint de séjourner chez cette aïeule étrange… Ce séjour sera l’occasion pour lui de découvrir sa grand-mère sous un autre jour, son passé de révolutionnaire venue du froid et son combat pour sauver la forêt, en empêchant la construction d’une route… Lire la suite

La maison

LA MAISON, par Paco Roca (Delcourt, 2016, coll. Mirages)

la maison

Des enfants se retrouvent dans la maison de leur père décédé un an plus tôt. Que doivent-ils faire ? La vendre ? L’occuper ? Cette cohabitation forcée le temps de quelques jours va raviver des souvenirs enfouis depuis des années, tandis que les différences entre les membres de la fratrie ne s’effacent pas…

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Trompe la mort

TROMPE LA MORT, par Alexandre Clérisse (Dargaud, 2008, coll. Long courrier)

Marcel, veuf, vit seul depuis quelques années. Sa petite-fille vient souvent lui rendre visite, même s’ils ne se comprennent pas toujours. Un jour, le vieux monsieur tombe sur un clairon qui lui rappelle la guerre à laquelle il a participé et l’instrument qu’il a dû abandonner lors de la débâcle de 1940… Têtu comme une mule, il se met alors en tête de retrouver le fameux instrument, aidée de sa petite-fille conductrice de bus à la campagne… Les souvenirs vont en même temps remonter à la surface pour Marcel.

Voici un album choisi au hasard en bibliothèque. C’est loin d’être une nouveauté, mais « Long courrier » est une bonne collection qui m’a rarement déçue. Aussi je suis partie avec un bon a-priori dans la lecture de cet album. Le dessin est désarçonnant au départ : il est rond, tendre, sans contours noirs. Cela n’est pas habituel dans un album traitant de la guerre et des souvenirs.Chaque personnage a une tête bien particulière, on ne peut les confondre ou les mélanger. Certaines gueules sont assez savoureuses d’ailleurs. Au niveau du scénario, j’ai trouvé l’histoire bien menée, malgré de nombreux allers retours dans le temps entre 2008 (temps du récit principal) et 1940 (lorsque Marcel vient d’intégrer l’armée avec son clairon). En effet, le passage entre les deux époques est toujours clairement distinguable, avec les couleurs jaunies de 1940 mais aussi avec la date mentionnée clairement à chaque changement d’époque. On ne peut donc pas se perdre dans les périodes historiques, et c’est très bien ainsi. L’album manie aussi l’humour d’une façon pertinente, les personnages de Marcel et sa petite-fille étant parfois assez déjantés. Des dialogues entre eux prêtent à sourire, et apportent un peu de légèreté à un sujet qui ne l’est pourtant pas au départ. Les autres personnages sont bien présentés, physiquement mais aussi au niveau du caractère, et on se rend facilement compte de leur amabilité (ou pas, avec le maire et son fils par exemple). Les couleurs sont agréables, un peu exagérées quelquefois, mais cela contribue aussi à la touche humoristique de l’album. J’ai aussi aimé les cases de présentation du musée municipal qui expose des objets incongrus (clairon en fromage, en allumettes…). En bref, beaucoup de petits éléments dans cet album, qui accumulés, font de ce récit une histoire drôle et touchante, sans prétention. Seul regret, les quelques fautes d’orthographe qui parsèment le récit (oubli du « ne » de la négation par exemple) m’ont un peu gâché le plaisir de la lecture…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (trop peu) sur les blogs : Hop BD

Consulter le blog de l’auteur.

Premières planches sur le site de l’éditeur.

Fatherland

FATHERLAND, par Nina Bunjevac (Ici même, 2014)

Souvenirs d’enfance de l’auteur qui retrace, à partir des témoignages qu’elle a recueillis, le parcours de son père dont elle n’a pas de souvenirs. Née en 1973 au Canada de parents serbes, Nina Bunjevac a grandi en Amérique du Nord, avant de partir en Yougoslavie en 1975 avec sa sœur et sa mère sous prétexte de vacances dans la famille maternelle, alors que son père gardait son fils Petey avec lui. Ce départ a été accepté par le père en échange du chantage avec le fils. Le père, dont on a le portrait en couverture de l’album, était en effet politiquement engagé dans un groupe terroriste, militant du retour du roi pour son pays d’origine, voulant renverser le gouvernement de Tito au pouvoir en Yougoslavie depuis 1945, en commettant des attentats contre les intérêts de sympathisants de Tito au Canada et aux Etats-Unis. Au contraire, la famille de la mère de Nina était partisane du gouvernement. Ainsi Nina a grandi en Yougoslavie avec sa mère, sa sœur et sa famille maternelle, et n’a jamais revu son père, mort en 1977 dans une explosion accidentelle. La famille a été durablement séparée, au point que le fils n’est jamais venu les rejoindre en Yougoslavie, tellement une mauvaise image du pays lui avait été donnée par son père. Nina Bunjevac nous retrace tout ce parcours, dans lequel la petite et la grande histoire s’entremêlent…

Voici un roman graphique grand format sur un sujet qui ne me parlait pas du tout avant de choisir ce livre en bibliothèque : l’histoire de la Yougoslavie dans les années 1970, où s’opposaient les partisans du retour du roi et ceux favorables au régime en place dirigé par Tito. L’histoire n’est pas simple à suivre, j’ai surtout retenu la violence présente dans une bonne partie de l’album.

L’auteur fait parfois de longs rappels historiques sur la Yougoslavie, dirigée par Tito jusqu’en 1980. C’est complexe à suivre quand on n’y connaît rien, quand les noms des personnages se ressemblent grandement et que la situation politique est plus que compliquée, pour un « lecteur de l’Ouest »…  Nina Bunjevac remonte parfois plusieurs siècles en arrière pour expliquer les divisions qui ont toujours existé en Yougoslavie, au niveau des croyances, des langues, des alphabets… Elle retrace aussi les portraits de ses grands-parents paternels, peut-être pour tenter de mieux comprendre la personnalité complexe de son père, orphelin très jeune, et de saisir la manière et les raisons de sa radicalisation au point de devenir un terroriste nationaliste. On ne sent pas de rancœur de l’auteur envers son père, ni envers sa mère qui lui a fait vivre son enfance sous un régime communiste, d’apparence moins dur que celui mis en place en URSS. Elle parvient à prendre de la distance par rapport à son histoire familiale et c’est une sacrée prise de recul. Elle mêle la grande histoire, celle de son pays d’origine, avec son histoire familiale, d’une façon fluide. A certains moments, on a l’impression de feuilleter avec elle son album de photos fidèlement reproduit.

Le dessin est très particulier, en noir et blanc, et très figé. On voit presque en filigrane les photos sur lesquelles elle se serait basée, car les traits sont très précis. Par contre, le côté figé m’a un peu refroidi, je n’ai pas eu l’impression de voir les protagonistes de l’histoire bouger, j’ai eu du mal à imaginer les scènes vivantes. Les cases sont souvent très remplies, avec beaucoup de petits quadrillages, pointillés et hachures, ce qui donne un petit côté suranné à cet album, sans pour autant que ce soit désagréable. (Voir les liens vers les blogs ci-dessous pour voir quelques cases).

En conclusion, Fatherland est un album compliqué d’accès, regorgeant d’informations historiques qui se veulent les plus précises possibles, et c’est un témoignage sur une période historique méconnue et rien que pour cela, il constitue un album intéressant. Après, le trait de l’auteur ne relève que d’une histoire de goût personnel, mais on ne peut lui reprocher d’avoir voulu retracer au plus juste le parcours de son père avec son scénario et son dessin.

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans tout de même.

On en parle (peu) sur les blogs : Le calamar noirLibrairie du Parc, Next Libération.

Interview de l’auteur à lire sur Infrabulles.

Consulter aussi le site de l’auteur en anglais.

Articles sur l’histoire de la Yougoslavie depuis 1918 et histoire de la Serbie du VIe siècle à 2008 à lire sur Hérodote.net en versions synthétiques.

Cet album participe à la-bd-de-la-semaine-150x150, cette semaine chez Yaneck.