La guerre des Lulus, tome 1 : 1914, La maison des enfants cachés

LA GUERRE DES LULUS, tome 1 :1914, LA MAISON DES ENFANTS CACHÉS, par Régis Hautière et Hardoc (Casterman, 2013)

Dans une abbaye transformée en orphelinat pour enfants trouvés, quelque part dans le nord de la France, des enfants passent l’été. Mais nous sommes en 1914, et la guerre vient de commencer. Au départ, cela leur semble lointain, d’ailleurs les enfants ne sont pas prévenus de l’actualité. Parmi ces enfants, un groupe de 4 amis, surnommés les Lulus à cause de leurs prénoms : Ludwig, Lucas, Luigi et Lucien. Inséparables, ils vivent tout ensemble, les bons comme les mauvais moments. Alors quand l’armée allemande se rapproche, l’abbaye comme le village proche sont évacués, mais les Lulus étant partis jouer dans la forêt, ne font donc pas partie du convoi. Ne se rendant pas compte de la situation, ils profitent de la situation, jusqu’à ce que l’armée allemande s’installe à l’abbaye. Avec leur nouvelle amie Lucie, réfugiée belge, ils vont alors construire une cabane en forêt, pour attendre la fin de la guerre, totalement insouciants des dangers qui les guettent : les allemands, et bientôt le froid, la faim, l’absence de soins…

Encore un album jeunesse, mais cette fois avec quelques passages historiques. Les dessins sont superbes, on reconnaît facilement les personnages. Chaque visage est particulièrement bien croqué et loin d’être lisse. J’ai trouvé les dialogues particulièrement drôles, particulièrement celui sur les fantômes, après la première attaque proche de l’abbaye et l’erreur de prononciation de l’apocalypse. Cela est pour une bonne part dû à la naïveté des enfants, qu’est-ce que c’est frais et rafraîchissant de tels dialogues, malgré leur situation peu enviable ! L’histoire est dynamique, on suit avec plaisir et tendresse les aventures de ces garçons débrouillards et plein de répartie, en se demandant comment ça va se terminer pour eux. On se doute que ça se termine bien pour au moins un garçon, car l’histoire commence sur quelques planches à une époque plus récente. Mais on n’en sait pas plus, les auteurs ménageant le suspense…Il n’en reste pas moins que c’est de la BD jeunesse, car la guerre est représentée simplement : dans les quelques cases de combat, on a presque l’impression que ce sont des fusées du 14 juillet… En fait, c’est vraiment l’histoire des enfants qui est au centre de cet album, la guerre n’est que le contexte. L’amitié entre les enfants est très forte, le scénario insiste pas mal là-dessus, on sent une grande entraide entre eux. Parfois le dialogue est en allemand, mais pas toujours traduit sauf lorsque c’est utile pour la compréhension de l’histoire. Cela est l’occasion aussi d’aborder la 1ère guerre mondiale, sujet d’actualité en cette année 14, n’est-ce pas ? Bref, cet album permet de passer un bon moment de lecture, et je ne doute pas qu’il plaira aux jeunes lecteurs qui se retrouveront dans ces dialogues particulièrement bien écrits et dans ces personnages hauts en couleur. La fin de l’album amène à vouloir lire la suite, qui est sortie en début d’année, mais je vais attendre que ma bibliothèque se la procure (j’espère juste que c’est pour bientôt ! 🙂 )

A partir de 10 ans selon l@BD.

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Visiter le blog du dessinateur Hardoc.

La balade de Yaya, intégrale 1-3

LA BALADE DE YAYA, INTEGRALE 1-3, par Jean-Marie Omont et Golo Zhao (Les éditions Fei, 2012)

Fille d’un riche commerçant chinois, Yaya vit à Shanghai en 1937, avec son père, sa mère enceinte et sa servante. Elle est virtuose au piano et s’apprête à passer bientôt un examen de piano. Mais la guerre qui s’annonce contre le Japon va contrarier ses projets. Ses parents fuient les combats en prenant un bateau pour Hong-Kong, mais Yaya, déterminée à se rendre à son école de musique pour son audition, passe outre les recommandations de son père et se rend à son école, alors que l’armée commence à envahir les rues et que les combats se déroulent dans la ville. Suite à l’explosion du bâtiment, la petite fille est sauvée par Tuduo, un garçon de son âge, acrobate exploité par Zhu, un homme sans scrupules. Tuduo et Yaya, aidés de Pipo l’oiseau qui parle, vont tout faire pour retrouver les parents de celle-ci à Hong-Kong, mais Zhu les poursuit…

Voici un album qui regroupe les trois premiers volumes des aventures de Yaya (sur un total de 9 volumes). Il s’agit d’un grand format, contrairement aux tomes édités à l’unité en format A5. L’album est particulièrement bien fait, la couverture jolie et le papier agréable au toucher. Une première bonne impression, confirmée par la lecture de cette histoire de deux enfants pris en pleine guerre. Leur histoire est touchante, et le fait qu’ils soient tous les deux issus de milieux sociaux complètement opposés est finalement une richesse, car ils se complètent bien. Yaya vivait dans un monde doré et n’était pas capable de faire des choses toute seule, alors que Tuduo est au contraire très autonome et plein de ressources. Il y a aussi un petit côté fantastique intéressant, avec l’oiseau de Yaya qui ne parle qu’avec les enfants. Yaya aurait, semble-t-il un pouvoir magique qui lui permettrait de communiquer avec des animaux, mais l’auteur ne s’attarde pas dessus, et ce dialogue entre fillette et oiseau semble presque normal ! Cet album contient en outre des valeurs morales positives, que j’ai particulièrement appréciées. Le dessin est quant à lui particulier et magnifique : il a des airs de dessins animés de Miyazaki. On croirait presque que les personnages s’animent sous le trait de Golo Zhao, les personnages sont expressifs mais sans exagération, les couleurs sont assez pastels, très agréables à la lecture. Les décors ne sont pas oubliés, et l’auteur détaille particulièrement les bâtiments lorsqu’il en dessine. Sinon, il y a beaucoup de cases où les deux jeunes héros sont dessinés en gros plan, et on se sent donc proches d’eux et on ne leur souhaite que de s’éloigner de la zone de guerre pour retrouver les parents de Yaya… Mais ça, ce sera pour la prochaine intégrale…

Non répertorié par l@BD, mais à partir de 8 ou 9 ans selon certains sites.

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Les premières pages du tome 1 à lire sur Izneo.

Paola Crusoé, tome 1 : naufragée

PAOLA CRUSOÉ, tome 1 : NAUFRAGÉE, par Mathilde Domecq (Glénat, 2012, coll. Tchô!)

Paola est partie en croisière sur le Britannia avec son frère, sa soeur et son père. Sa mère, trop prise par son travail, est restée en métropole. Mais le bateau fait naufrage, et tous les passagers sont annoncés disparus. Mais en réalité, il n’en est rien : Paola, son frère et son père se sont échoués sur une île déserte. Ils retrouvent une jeune femme quelque peu directive, ainsi qu’un peu plus tard Bénédicte, la petite sœur de la famille. Tous les cinq vont essayer de trouver un moyen de quitter l’île pour retrouver le monde civilisé…

Voici un album jeunesse assez intéressant. Il reprend l’histoire de Robinson, avec la survie sur une île déserte, et la mise en place d’un nouveau mode de fonctionnement, tout en le rendant plus proche de nous avec une histoire moderne. Il s’agit plus d’un album introductif, car la fin est ouverte, et pose plein de questions, mais c’est tout de même un concept intéressant. Les couleurs sont vives, agréables. L’album est plus petit qu’un A4, donc facile à prendre en main pour les jeunes lecteurs. Mais cet album a aussi des défauts : il comporte des incohérences et des facilités. Par exemple, dès la seconde page, le père qui était dans l’eau arrive sur la plage, et comme par hasard retrouve ses lunettes. Cela paraît également difficile à croire que Paola retrouve son téléphone portable qui fonctionne encore après pourtant avoir séjourné dans l’eau… Et comme par hasard, il n’y a que la famille de Paola et la jeune femme qui ont survécu au naufrage… Sacré coup de chance, n’est-ce pas ? Le dessin fait assez enfantin, avec des parties du corps accentuées : Paola a une grosse tête sur un petit corps. Il plaira certainement aux jeunes lecteurs, qui s’identifieront à l’héroïne, toujours de bonne humeur et disposée à aider les autres rescapés. Bref, un album plein de bons sentiments, complètement adressé à un jeune public. Pas sûre que les plus grands y trouvent leur compte, mais les petits oui, sans doute…

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Délivrer des livres, Un petit bout de bib’, Eien blog, Des livres et les enfants

Ps : le tome 2 vient de sortir le 6 novembre dernier !

Les premières pages à lire sur le site de la collection.

Les seigneurs de Bagdad

LES SEIGNEURS DE BAGDAD, par Brian K. Vaughan et Niko Henrichon (Urban comics, 2012, collection Vertigo deluxe)

A Bagdad en 2003, la guerre fait rage, comme partout en Irak. Une lionne discute avec d’autres animaux, avec dans la tête un plan pour s’évader du zoo. Mais sa persuasion ne suffit pas, les lions étant connus pour être de féroces prédateurs et les rois de la jungle. Elle rêve pourtant d’un retour à la vie sauvage, comme c’était le cas avant sa capture en Afrique, mais ce rêve semble s’éloigner avec le refus de collaboration des autres animaux du parc zoologique. Un jour pourtant, le zoo de la ville est bombardé, et les animaux en profitent pour s’échapper. La loi de la jungle reprend ses droits. Nous suivons un groupe de 4 lions, plus précisément un lion, deux lionnes et un lionceau né en captivité. Il va s’avérer que le monde de dehors va être bien loin de ce à quoi ils s’attendaient, et que le retour à la vie sauvage n’est pas si facile lorsqu’on avait auparavant une tranquillité assurée et de la viande à heure fixe… La rencontre avec les hommes va être bien difficile…

Voici un comic book (en un seul tome) issu d’une histoire vraie : c’est indiqué dès la page de titre, mais aussi à la fin de l’histoire. Au départ, le sujet ne m’intéressait que moyennement, mais finalement, je suis entrée facilement dans cette histoire où les animaux parlent (il n’y a que ça qui ne soit pas réel). Les dessins sont magnifiques, les différents angles sur les lions et les autres animaux sont réellement très bien choisis pour donner du dynamisme à l’histoire, avec en prime un découpage de l’histoire assez particulier, très intéressant (cases superposées ou de taille toujours différente). Les couleurs sont très belles, tout en nuances. Déjà, il suffit de voir la couverture, en jaune et orange, qui ne peut qu’inciter à aller plus loin (c’est elle en tout cas qui m’a motivée à acheter cet album, sur les conseils d’un libraire). J’ai beaucoup aimé le personnage du lionceau, qui découvre le monde, pose des questions parfois naïves aux autres lions. Cela apportait un petit côté attendrissant à l’histoire. L’histoire, de par son sujet, n’est pas réjouissante, il ne faut donc pas s’attendre au monde des Bisounours. Ça, je le savais bien, mais je ne m’attendais pas à certaines cases assez gore, celles par exemple où on a une girafe toute contente de pouvoir partir du zoo, et la case d’après, sous le même angle, la tête de la dite girafe qui explose, pour se terminer par une troisième case avec le cou de la girafe, sans tête, qui s’effondre… Brrrr. Bref, l’album contient certaines scènes violentes (d’ailleurs sur la 4ème de couverture, tout en bas, il est mentionné « pour lecteurs avertis »), mais il permet de faire réfléchir sur une société sans règles, sur les instincts primaires qui reviennent dans certaines situations, sur la violence des hommes (la fin m’a fait des frissons dans le dos, tellement je ne m’y attendais pas de cette façon). Enfin, il faut ajouter que l’album en lui-même est un bel objet, avec une couverture cartonnée et des finitions irréprochables. Ce n’est pas pour rien s’il fait partie de la collection « Vertigo Deluxe »… Un album à essayer, vraiment !

Non mentionné sur l@BD, mais je dirais pas avant 13 ou 15 ans. A partir de 12 ans selon l’éditeur.

On en parle sur les blogs : Temps de livres, Les mondes imaginaires, Quand les bulles s’en mêlent, Bulles et onomatopées.

Quelques pages au hasard, à voir sur Comics sanctuary.