BD fait de société

L’odyssée d’Hakim, tome 1

L’ODYSSÉE d’HAKIM, tome 1 : DE LA SYRIE À LA TURQUIE, par Fabien Toulmé (Delcourt, 2018, coll. Encrages)

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Récit du voyage d’Hakim, syrien issu d’une famille normale. Jardinier comme son père, il a réussi à monter sa pépinière et commence juste à voir apparaître le fruit de son travail quand le printemps arabe se produit et que les Syriens, comme les Egyptiens, les Tunisiens et les Lybiens manifestent pour plus de liberté… Mais en Syrie, la réaction du régime au pouvoir est ultra-violente : arrestations et tortures deviennent le lot quotidien. Hakim, qui a aidé un manifestant, a été arrêté, puis libéré. Son entreprise a été réquisitionnée par l’armée, et il perd aussi son appartement tout neuf dans un quartier de Damas connu comme favorable à la rébellion. Ses parents lui demandent alors de quitter le pays, craignant pour sa vie, en souhaitant que cela ne soit que provisoire… Il se rend d’abord au Liban voisin, chez un ami, puis n’y trouvant pas de travail, décide d’aller à Amman en Jordanie chez des cousins, avant de se rendre en Turquie…

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BD historique

L’arabe du futur

L’ARABE DU FUTUR, tome 1 : UNE JEUNESSE AU MOYEN-ORIENT (1978-1984), par Riad Sattouf (Allary éditions, 2014)

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad grandit avc deux cultures. Son père trouvant d’un emploi dans la Libye de Kadhafi, la famille déménage alors à Tripoli, et Riad nous raconte sa découverte du colonel, le mode de vie particulier lybien avec le petit livre vert, mais aussi la rencontre avec ses premiers amis… Ensuite son père trouve un poste dans son pays natal dirigé alors par le père de B. Al-Assad, et les voilà qui redéménagent pour le village  paternel près de Homs, et c’est pour Riad la découverte des cousins et encore une vie differente où l’absence de nourriture se fit sentir… Au fil des anecdotes et de ses souvenirs, Riad découvre sa famille syrienne, mais aussi celle française lorsqu’il retourne en Bretagne pour les vacances…

J’ai emprunté cet album quelques temps avant qu’il ne soit récompensé à Angoulême. L’ouvrage ayant été coup de coeur des bibliothécaires, la liste d’attente pour l’avoir était plus longue qu’habituellement, et donc j’ai enfin pu le lire et me faire mon avis. On a là un roman graphique d’un peu plus de 150 planches, qui ne constitue que le premier volume de ce qui sera normalement une trilogie. Cela se lit bien, même si parfois il y a quelques longueurs et qu’à mon goût, il y a quelquefois un manque de lien entre les épisodes racontés en quelques cases. Le récit reste tout de même dynamique grâce aux nombreuses touches d’humour et d’ironie disséminées dans l’album.

Ce sont les souvenirs du jeune Riad retracés de manière chronologique, sans volonté de dénoncer quoi que ce soit, mais juste de montrer ce qu’il a vécu et ressenti à l’époque, bref c’est forcément un peu biaisé, car vu à travers les yeux d’un enfant, mais c’est aussi cela qui fait la singularité de l’album. Quelques éléments de contexte nous sont cependant donnés pour mieux comprendre la particularité de la situation : par exemple comment Kadhafi a pris le pouvoir en Libye ou encore comment Hafez Al-Assad, faisant partie de la minorité chiite, a mené le coup d’état qui l’a conduit à la tête de l’état syrien. Sinon, on a aussi des éléments de vie quotidienne : le livre vert de Kadhafi, l’absence de propriété avec les désagréments que cela peut générer en Libye, la distribution de nourriture en Syrie… C’est un album intéressant à mettre en parallèle avec la situation actuelle en Syrie : pour moi qui ne connais pas du tout l’histoire de ce pays, Riad Sattouf m’a appris certains éléments qui m’éclairent un peu sur la situation. L’arabe du futur est donc à la fois un témoignage recueil de souvenirs, mais aussi une approche instructive de la Libye et de la Syrie.

A propos du trait, c’est aussi une bonne surprise : je n’avais pas aimé Retour au collège, et j’ai trouvé cette fois le dessin agréable. Le trait est expressif et pas exagéré, on distingue facilement les personnages les uns des autres, les couleurs sont utilisées intelligemment, une par chapitre, pour réchauffer le trait, donner de la texture aux différentes cases. J’ai bien aimé ce procédé. En tout cas, j’ai envie de lire la suite pour connaître l’enfance hors du commun de Riad. Cependant il va falloir attendre un peu avant qu’elle ne sorte…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : My little discoveries, Au bout de la corde, D’une berge à l’autre, Esperluette, Blog brother, SambaBD

Premières planches à voir sur Digibidi.

Cet album a reçu plusieurs récompenses, parmi lesquelles le Fauve d’or du meilleur album à Angoulême en janvier dernier, et le grand prix RTL de la BD 2014.

C’est ma troisième participation à la bd de la semaine chez Un amour de BD.