Love story à l’iranienne

LOVE STORY A L’IRANIENNE, par Jane Deuxard (scénario) et Deloupy (dessin) (Delcourt, 2016, coll. Mirages)

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Comment se passe la vie des jeunes gens en Iran, sous le régime des mollahs ? Comment faire pour se rencontrer, flirter, tomber amoureux… quand la société ne le permet pas ? Un couple de journalistes français, sous couvert de pseudonyme, s’est rendu de nombreuses fois sur place pour rencontrer des témoins, et nous apporter un éclairage étonnant sur la vie amoureuse des jeunes Iraniens au 21e siècle… Lire la suite

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Ce n’est pas toi que j’attendais

CE N’EST PAS TOI QUE J’ATTENDAIS, par Fabien Toulmé (Delcourt, 2014, coll. Encrages)

Fabien Toulmé est l’heureux papa de Louise, et vit avec son épouse Patricia au Brésil, le pays de cette dernière. La joie s’annonce encore plus grande lorsque la nouvelle tombe : la famille va s’agrandir avec l’arrivée d’un nouveau bébé. Tout se déroule pour le mieux, depuis les premiers examens médicaux au Brésil jusqu’à leur arrivée en France, en banlieue parisienne. Le papa est angoissé par l’éventualité de la trisomie chez son enfant, mais à chaque fois les professionnels de santé des deux côtés de l’Atlantique le rassurent à ce sujet. Alors les futurs parents choisissent le prénom, ce sera Julia. Mais lorsque l’enfant naît, le papa a toujours la sensation que quelque chose ne va pas chez sa fille, bien que les infirmières ne semblent rien voir. Quelques temps plus tard, la santé du bébé n’étant pas très bonne, le diagnostic tombe : sa malformation cardiaque est due à la trisomie 21. Le ciel leur tombe sur la tête, le choc est très rude pour le papa, qui a du mal à faire connaissance avec cet enfant qu’il n’attendait pas…

Difficile de faire un article sur cet album encensé sur tous les blogs et au-delà. Que dire de plus sinon que moi aussi j’ai été emportée par ce témoignage finalement tendre et empli d’amour d’un père pour cette petite fille bien différente de celle qu’il avait imaginée… Pourtant, le chemin pour en arriver là ne fut pas simple, depuis les questionnements et le déni des premières semaines, jusqu’à l’acceptation et la rencontre avec cet enfant différent.

L’auteur ne s’apitoie pas sur son sort (sauf lors d’un moment), et on a toute une palette de sentiments, depuis les pleurs et la détresse des premiers jours jusqu’aux moments de joie avec son bébé. Il y a des moments très touchants, par exemple lorsqu’il répond aux questions de sa fille aînée sur sa petite sœur. Les photos qui clôturent l’album rajoutent une couche d’émotion, comme un épilogue sous forme de déclaration d’amour à sa fille. Il y aussi des moments où l’auteur manie également l’humour, comme pour dédramatiser la situation, et cette alternance permet d’éviter l’écueil d’un récit plombant. Par contre, comme c’est un récit d’un point de vue exclusivement masculin, on n’a pas ou peu la vision de sa femme, dont on n’a pas l’impression qu’elle se pose une multitude de questions comme son mari. Je n’ai pas souvenir de dialogues uniquement entre eux, où ils expriment leurs sentiments vis-à-vis du handicap de leur fille. Mais le point de vue uniquement de l’homme est tout de même intéressant, car le ressenti n’est certainement pas le même que celui de la maman.C’est sûr que parfois, ses propos ne versent pas dans le politiquement correct, quand on a parfois l’impression qu’il ne reconnaît pas voire même rejette sa fille. Cela peut choquer, c’est vrai, mais en même temps, lorsqu’on n’est pas dans la même situation que lui, difficile de le juger. Il faut reconnaître à l’auteur le courage qu’il a eu de retranscrire ses impressions, même lorsque celles-ci ne sont pas normalement attendues.Quant au dessin, il est agréable, réaliste, doux, usant de la couleur de façon parcimonieuse avec une teinte par chapitre. J’ai beaucoup aimé ce choix qui permet d’entrer dans l’histoire sans être parasité par les couleurs multiples.

Bref, aucun regret d’avoir acheté cet album qui aborde de façon très juste et touchante le sujet du handicap pourtant souvent abordé en cases et en bulles. Un bien joli coup de cœur en ce début d’année…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, D’une berge à l’autre, Sous les galets, Tête de lecture, Laurie lit, Livresse des mots, Les jardins d’Hélène, Mille et une frasques, Chroniques de l’invisible, Enna lit Enna vit

Aller voir du côté du blog de l’auteur.

Premières planches sur Izneo.

Malpasset (causes et effets d’une catastrophe)

MALPASSET (CAUSES ET EFFETS D’UNE CATASTROPHE), par Corbeyran (scénario) et Horne (dessin) (Delcourt, 2014, coll. Mirages)

Le 2 décembre 1959, près de Fréjus dans le Var, le barrage de Malpasset, construction pourtant récente, a rompu. Des quantités inimaginables d’eau se sont abattues sur la ville en aval, avant d »atteindre la mer. Sur son passage, la vague a causé la mort de plus de 420 personnes et laissé 7000 sinistrés. Le paysage a été dévasté : des maisons, des entreprises, des routes, des vergers… ont disparu sous la violence de l’eau, ne laissant plus que mort et désolation. C’est à travers les témoignages d’une quinzaine de personnes ayant vécu la catastrophe parfois de très près que Corbeyran, habitué de la région, retrace les causes et les conséquences à différentes échelles d’une catastrophe qui a traumatisé la France à la fin des années 1950…

Voici encore un album qui figurait sur les présentoirs des nouveautés à la bibliothèque. Sorti en mars dernier, je dois avouer que je n’avais pas vu passer ce titre parmi les nombreuses sorties. Le nom de Malpasset ne me disait rien du tout, j’ai donc ouvert ce livre sans aucun a priori ni aucune attente. Il s’agit du récit d’une catastrophe qui a endeuillé une région entière, il y a près de 55 ans maintenant. L’album de 160 pages est bien construit, amenant des éléments d’informations sur la catastrophe et d’explications sur les raisons au fur et à mesure des témoignages des survivants. On commence avec une situation banale en janvier 1960, dans un pressing, puis on a le retour en arrière sur la catastrophe, avec la représentation du barrage qui se rompt (alors qu’aucune image n’existe de ce moment-là, il s’agit donc d’une reconstitution). Puis le récit est constitué de témoignages plus ou moins longs de rescapés qui ont vécu ces heures tragiques. On a plein de détails qui nous plongent plus de 50 ans en arrière : les occupations des gens étaient différentes (ils écoutaient la radio, se parlaient plus…), il y avait moins de téléphone pour communiquer, l’information n’était pas immédiate : l’annonce de la catastrophe ne s’est pas propagée tout de suite et les secours ont parfois tardé à arriver. Le panel de témoignages est large et s’entrecoupe parfois : cela va de ceux qui ont vécu la catastrophe alors qu’ils étaient enfants à celui qui est né la veille du drame, en passant par des personnes plus âgées qui ont vécu la rupture du barrage en tant qu’adulte. Ces récits sont dramatiques et bouleversants, les témoins ayant souvent perdu des membres de leur famille ou des amis, les corps n’ayant pas été retrouvés tout de suite. Les causes de la rupture du barrage sont aussi expliquées par des habitants, avec des traces écrites : économies budgétaires, insuffisance des études géologiques préalables… Il n’y a pas de volonté de revanche, mais plutôt de transmettre l’histoire. On apprend plein de choses en lisant les témoignages, et ce n’est pas facile de lire l’album sans s’arrêter, les histoires étant fortes. Il m’a seulement manqué un plan pour situer les lieux mentionnés par les rescapés, mais sinon l’album se lit très bien, et n’occulte aucun détail.

Par contre, au niveau du dessin, je suis mitigée : il n’a rien d’exceptionnel. Souvent, on dirait des photos redessinées (comme on peut le faire avec des logiciels informatiques), qui donne une impression de réalisme intéressante, mais un peu surfaite. Il en est de même pour les portraits, et on s’en rend encore plus compte sur la fin, avec les photos des témoins et l’explication de Corbeyran : le dessinateur n’a pas rencontré les survivants, et s’est donc uniquement servi des clichés pour dessiner au plus près et au plus juste possible les récits. J’ai trouvé que les témoignages des personnes étaient très intéressants, mais je suis déçue du traitement par le dessin, qui est uniquement en noir et blanc. En effet, parfois, certains dessins sont inutiles et ne sont là que pour éviter d’avoir trop de texte sur une même page. Je m’explique : on nous parle du procès qui a eu lieu après la catastrophe pour déterminer les responsabilités, et pour illustrer est dessiné un gros dossier rempli de papiers. On nous indique que Fréjus avant la catastrophe était encore rural et qu’il y avait des chevaux et donc un cheval de trait est dessiné… Il y a plein d’exemples comme cela dans l’album, ça m’a parfois donné l’impression de remplir des cases pour illustrer, car le dessin n’apporte parfois pas d’information complémentaire. Cet ouvrage constitué de témoignages aurait tout aussi bien pu être un livre documentaire classique, constitué de photos et/ou de dessins, mais surtout de textes. Peut-être que la BD permet de faire connaître plus largement la catastrophe, à un public différent qui n’aurait sinon pas lu un livre documentaire, mais je doute que les choix du dessinateur aient toujours été pertinents dans cet album : à faire trop simple ou trop illustré pour « remplir », on en oublie le principal : le témoignage des victimes. C’est juste un bémol que j’émets sur le dessin, mais sinon, je dois dire que les témoignages des survivants sont toujours forts et émouvants. Certains éléments du récit m’ont fait pensé à ce qu’ont dû vivre des familles qui ont affronté la tempête Xynthia dans le sud-Vendée et en Charente Maritime en 2010, lorsque l’eau montait et dévastait tout sur son passage. Les causes de la tragédie ne sont pas les mêmes, mais la peur ressentie face à la puissance de l’eau devait être semblable.

Malpasset est un album documentaire pas facile à lire, mais un témoignage très utile pour ne pas oublier ce qui s’est passé et éviter la reproduction de telles erreurs.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : BD passion, Climaginaire, Murmures, Hop blog, L’attrape-bulles

Les premières planches à lire sur Izneo.

Interview des deux auteurs à lire sur Bah alors ?

Shenzhen

SHENZHEN, par Guy Delisle (L’association, 2002, coll. Ciboulette)

En 1996, Guy Delisle est envoyé en Chine pour superviser le travail dans un studio d’animation à Shenzhen, au sud du pays, tout près d’Hong-Kong, qui n’était pas encore redevenu chinois. Pendant trois mois, il va vivre seul dans sa chambre d’hôtel, se confronter aux méthodes de travail chinoises et en apprendre un peu plus sur une culture bien différente de celle occidentale. Le choc des civilisations est parfois rude !

Shenzhen est, je crois, le premier ouvrage autobiographique de Guy Delisle, auteur québecois récompensé à Angoulême en 2012 pour son Chroniques de Jérusalem (que je n’ai toujours pas lu…, shame on me !). Il nous raconte sa vie dans un pays étranger, ses contacts avec la population locale, les difficultés rencontrées, les moments drôles… Et bien, je dois dire que je suis assez déçue par la lecture de cet album. Plusieurs raisons : les scènes se passent en 1996, et c’est donc quelque peu périmé pour considérer cet album pour un témoignage contemporain sur la Chine, mais désormais il faut plus le prendre comme un témoignage d’une époque révolue. De plus, l’auteur raconte qu’il s’y est ennuyé, et donc son récit n’est pas spécialement dynamique, mais plutôt au final assez décousu. En tant que lectrice, je me suis un peu ennuyée aussi. Mais bon, comme c’est un Delisle, j’ai persisté tant bien que mal. Il y a tout de même quelques informations intéressantes dans cet album : on y parle de contrôle de la population, de l’esprit obéissant des chinois, de leur rapport à l’étranger. On sent bien la froideur des collègues de Delisle, qui le considèrent parfois comme un ovni et ne savent pas quoi lui dire, ni quoi lui faire faire. On comprend pourquoi il n’en garde pas un souvenir exceptionnel. Delisle explique aussi la situation particulière de Shenzhen (zone économique spéciale, proche de Hong-Kong, difficilement accessible), où il ne se passe rien, spécialement pour les étrangers. Il y a tout de même quelques passages drôles dans l’album, avec les séquences-gags du portier qui tente deux ou trois mots d’anglais, complètement hors-contexte, à chaque passage du héros de l’histoire. Il n’y a pas de traduction pour ces phrases, mais il ne faut pas hyper doué en anglais pour comprendre… Ces passages-là sont ceux qui m’ont fait rire, mais sinon, je ne retire pas grand-chose de cet album, je crois que je préfère me mettre à lire des albums plus contemporains de cet auteur. Par contre, le trait de Delisle est toujours facilement reconnaissable, il est agréable, mais parfois un peu simple. On sait que cela évoluera ensuite dans ses albums suivants. A poursuivre donc…

Non mentionné sur l@BD.

On en parle sur les blogs : Curieuse voyageuse, A little piece of, A propos de livres, Doucettement, Quand le tigre lit

Extrait à lire sur le site de l’auteur québecois.

Cet album participe au challenge de Kikine, « les ignorants« .

Sang noir : la catastrophe de Courrières

SANG NOIR : LA CATASTROPHE DE COURRIÈRES, par Jean-Luc Loyer (Futuropolis, 2013)

1906, nous sommes lors de la IIIème République, la deuxième révolution industrielle est à son apogée, et la production de charbon tourne à son plein en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais. La productivité est poussée à son maximum par les dirigeants des compagnies de charbon, au détriment de la sécurité des mineurs. C’est le cas à la compagnie de Courrières : début mars, un feu s’est déclaré dans une des galeries, et il est décidé de ne pas arrêter pour autant la production. La galerie est bouchée par un mur et les mineurs doivent continuer de descendre, malgré leur appréhension. On suit plusieurs familles, plusieurs mineurs qui descendent chaque jour. Et ce qu’ils avaient pressenti arriva : le 10 mars, une énorme explosion se propage dans plus de 100 kilomètres de galeries, tuant officiellement près de 1100 ouvriers, dont les plus jeunes avaient 12 ans. La mort règne au fond et l’auteur ne cache rien de la souffrance endurée par les mineurs : gaz toxiques, chaleur, éboulements… Des familles entières sont dévastées; la compagnie de Courrières fait peu d’efforts pour retrouver des survivants et stoppe les recherches après 3 jours, alors que pourtant certains hommes sont retrouvés vivants encore 3 semaines après le drame, en remontant seuls à l’air libre. Un peu moins de 600 hommes seulement sortent en vie de cette catastrophe. Le scandale éclate, un mouvement de grève débute et paralyse la production de charbon de la région. A l’Assemblée nationale, Clémenceau et Jaurès s’affrontent… Au final, l’armée est envoyée pour faire face aux mineurs qui veulent des avancées sociales et l’assurance qu’une telle catastrophe ne se reproduira plus…

Voici un album fort de 128 pages, sur un sujet historique assez méconnu. Le récit de Jean-Luc Loyer, natif de la région, est impressionnant et très instructif, car il comporte beaucoup de détails. Il retrace en plusieurs chapitres, l’avant, le pendant et l’après catastrophe, en basant le récit sur la vie quotidienne de familles de mineurs, mais en utilisant aussi les joutes verbales des hommes politiques. Il ne donne pas la parole aux dirigeants de la compagnie de Courrières, responsables de cette catastrophe car n’ayant pas écouté les conseils des mineurs. On est donc complètement du côté des victimes, et on ne peut qu’être touché par la catastrophe. En plus, en fin d’album, on a des photos d’époque, un dossier explicatif et un lexique de termes miniers, qui donnent encore plus à cet album une visée pédagogique. La recherche du réalisme dans le récit dessiné est accentuée par les unes de journaux d’époque, par un édito de Jean Jaurès dans le journal L’humanité, mais aussi par la liste des noms et âges des morts dans les 3 fosses touchées par l’explosion. Voilà pour la construction du scénario que j’ai trouvé particulièrement bien construit, sans temps mort. Personnellement, à cause de mes études d’histoire, j’ai beaucoup aimé l’introduction de l’album, où l’auteur présente tout ce qui s’est passé en janvier 1906 : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les milieux artistique et littéraires, la politique, les industries…

Concernant le dessin, j’ai là aussi beaucoup accroché. Il est à la fois simple et complexe, mais toujours réaliste : les portraits sont tracés en quelques traits, mais sont reconnaissables (par exemple Clémenceau ou Jaurès). Le dessin, en noir et blanc, utilise de façon intelligente les nuances de gris. Il n’y a pas besoin de couleurs pour l’enfer qui a été vécu au fond de la mine. Le dessin ne cache pas les horreurs vécues au fond : les corps déchiquetés ou brûlés, les morts lentes, les cadavres empilés les uns sur les autres… Bref, un dessin très adapté au propos.

Sang noir, la catastrophe de Courrières est un très bel ouvrage, que j’ai raté à sa sortie en mars 2013. Je ne regrette absolument pas cette lecture-témoignage, extrêmement bien documentée, qui m’a permis de mieux connaître l’histoire de cette région qui a contribué au développement économique de la France lors du XXème siècle. Un album à diffuser auprès du plus grand nombre !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Pages de lecture de Sandrine, Miss Alfie croqueuse de livres, Bulles picardes

Voir le site de l’auteur, dont j’avais déjà lu du jeunesse (Victor et le voleur de lutins).

Le journal d’un remplaçant

LE JOURNAL D’UN REMPLAÇANT, par Martin Vidberg (Delcourt, coll. Shampooing, 2007)

https://i2.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/8/6/9/000786869.jpgAutobiographie d’un remplaçant dans le 1er degré (maternelle et primaire), pendant une année scolaire. Le 1er septembre est le jour de la pré-rentrée, avec les nominations dans les différentes écoles. Pour lui, pas de poste pour l’instant, alors il aide dans son école de rattachement… Un jour, un poste lui est proposé imposé dans un institut de redressement, un établissement avec des enfants difficiles, et il va devoir faire face à ces élèves, adapter ses méthodes, revoir ses exigences à la baisse… et garder le moral.

Voici un récit adéquat en ces temps de rentrée des classes ! Martin Vidberg est connu pour ses personnages en forme de patates, au dessin simple et naïf, mais qui arrive malgré tout à faire passer des sentiments et des opinions. En effet, dans le récit n’idéalise pas du tout la situation, bien au contraire, il montre le mastodonte de l’éducation nationale comme un système inadapté à la situation : moins de profs, plus d’élèves, un système de remplacement qui ne permet pas de s’investir auprès des élèves, une formation insuffisante… Le dessin, sous ses airs juvéniles, ne cache pas la difficulté de gérer des élèves difficiles, violents ou descolarisés. Il ne masque pas non plus le moral qui flanche, ou l’absence d’aide de la part de la hiérarchie. Bref, c’est une lecture qui peut paraître légère (d’ailleurs, cet album est classé dans la bibliothèque municipale avec les BD jeunesse), mais qui ne l’est finalement pas tant que ça. A lire donc pour voir le système de l’intérieur !

Non mentionné sur le site BD du CNDP, mais serait à partir de 13 ans…

On en parle sur les blogs : Des goûts et des livres, Fraizochocolat, Hop BD, Chez Lo.

Le blog de Martin Vidberg s’intitule Everland, mais il n’est plus trop tenu à jour… Il en a un autre sur le site du journal Le Monde, lui mis à jour avec ses dessins d’actualité, souvent bien trouvés.

Cet album était d’abord une publication en ligne à lire sur bluecity, modifiée quelque peu lors de la publication en version papier.

La guerre d’Alan, tome 1

LA GUERRE D’ALAN, tome 1 (d’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope), par Emmanuel Guibert (L’association, 2000, coll. Ciboulette)

https://i0.wp.com/multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/4/6/3/9782844140364.jpgAlan est un jeune américain qui est convoqué par l’armée de son pays à 18 ans. Pearl Harbor a été attaqué et les Etats-Unis sont entrés dans le conflit mondial qui dure en Europe depuis 1939. Alan est mobilisé, et conduit à Fort Knox, où il va être formé à être opérateur radio, à utiliser un fusil, à conduire un char… Il va aussi être confronté aux morpions, va se faire des amis… puis être envoyé en France, où il arrive le jour de ses 20 ans…

Deuxième série que je lis de cet auteur, après Le photographe tome 1 et tome 2. Là encore, il s’agit d’un recueil de témoignage. Cette biographie historique montre un aspect de la guerre, à travers les yeux d’un simple soldat. Ce premier tome se passe exclusivement outre-Atlantique. Depuis sa mobilisation jusqu’à son arrivée au Havre, Alan raconte au dessinateur Emmanuel Guibert ce qu’il a vécu. Au moment de cette rencontre, il a 69 ans et le français en a 30. En passant beaucoup de temps ensemble, en travaillant en commun, ils ont réussi à faire un album le plus proche possible de la réalité, mais l’américain est décédé avant d’avoir terminé. Emmanuel Guibert raconte ces rencontres dans un éditorial assez long (4 pages), et comment il a appris plein de choses avec cet homme.

Le dessin n’est peut-être pas le plus important dans cet album, ce qui est assez paradoxal pour une BD… Finalement, j’ai beaucoup plus accroché au texte qu’aux dessins.  Ca se lit comme un roman biographique, et le dessin ne m’apparaît que secondaire. Il illustre le propos, mais finalement si Alan Cope avait rencontré un biographe, il aurait pu en faire un roman… Cependant, la BD est tout de même un bon support, car les anecdotes se suivent, parfois dans un désordre chronologique, et sont assez courtes (en 86 pages, on trouve 13 chapitres). Le dessin est assez simple, souvent sans décor, les couleurs sont peu nombreuses : blanc et marron, mais avec beaucoup de nuances de coloris. Ca ressemble aux vieux films en sépia, dont la couleur est passée, je trouve que cela correspond à l’esprit de l’époque, tout en la rendant très lointaine…

Bref, un bon album, qui donne envie de lire la suite…

Le site BD du CNDP le conseille à partir de 15 ans.

Voir une planche sur Blam!, et lire l’avis de Zazimuth.