Asterios Polyp

ASTERIOS POLYP, par David Mazzucchelli (Casterman, 2010)

asteriosAsterios Polyp, 50 ans, a vu son appartement  de Manhattan brûler, et il est juste parvenu à sauver trois objets avant de quitter le lieu où il a vécu pendant 20 ans. N’ayant plus rien ni personne qui le raccroche à ce lieu, avec ses quelques dollars en poche, il décide de partir et prend le bus… Il arrive à Apogee, et atterrit chez Stiff Major, garagiste qui l’embauche et l’héberge suite à sa demande. C’est l’occasion pour lui de se remémorer toute sa vie, son parcours… depuis son histoire familiale avec son père immigré, son frère jumeau mort à la naissance, sa rencontre avec son épouse Hana puis leur rupture mais aussi sa carrière universitaire à la chaire d’architecture de l’université d’Ithaca… Lire la suite

Stage de survie [roman]

STAGE DE SURVIE, par Christine Avel (L’école des loisirs, 2018, coll. Medium)

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Abel est un élève de 3e qui comme tous ses camarades doit effectuer un stage d’une semaine dans une entreprise. Il n’a pas réussi à obtenir ce qu’il voulait et sa belle-mère, en congé maternité, lui déniche à la dernière minute son stage dans son entreprise de fabrication de boîtes de chaussures, au service comptabilité. Cela est bien loin de faire rêver le jeune homme, mais par défaut il est bien contraint d’accepter… Alors qu’il s’apprête à passer les journées les plus ennuyeuses de sa vie enfermé avec José, un jeune comptable gaffeur et trouillard, l’annonce d’un audit financier sème la panique dans le service. Une armée de contrôleurs habillés tout en noir va éplucher les comptes, traquer la moindre erreur et ne rien lâcher. Au même moment, les bureaux de l’entreprise sont cambriolés et des classeurs de factures dérobés. Le stage d’Abel va se révéler bien plus excitant que prévu, et ce sera la semaine la plus éprouvante de sa vie ! Lire la suite

Le jour où le bus est reparti sans elle

LE JOUR OÙ LE BUS EST REPARTI SANS ELLE, par Beka (scénario), Marko (dessin) et Maëla Cosson (couleurs) (Bamboo, 2016)

jour où busClémentine a une petite vie bien réglée : célibataire, elle se plaît assez dans son boulot, a un joli appartement, mais n’a pas vraiment confiance en elle, réalisant qu’il lui manque quelque chose pour se sentir vraiment bien, pour atteindre le bonheur… Depuis quelques temps, elle s’est mise à la méditation et pendant un week-end, rejoint un groupe qui part à un séminaire en bus. Sur la route, le groupe s’arrête près une épicerie perdue en pleine forêt, et repart en oubliant la transparente Clémentine. Au départ déboussolée, la jeune femme va finalement se rendre compte que c’était peut-être le mieux pour elle. Grâce à Antoine, propriétaire de l’épicerie et philosophe à ses heures perdues, et à une de ses amies de passage, elle va réaliser que le bonheur n’est pas forcément un objectif inatteignable…

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En avant toute ! Oui, mais vers où ?

EN AVANT TOUTE ! OUI, MAIS VERS OÙ ?, par Juliette Baily (Jean-Claude Gawswitch éditeur, 2010)

Autobiographie d’une jeune adulte qui vient de fêter ses 26 ans avec sa famille et son amoureux, et qui se cherche professionnellement. Les rencontres au café avec ses meilleures amies lui font réaliser qu’elle n’a pas trop d’ambition, qu’elle n’ose pas se lancer, mais surtout qu’elle ne sait pas vraiment ce qu’elle veut faire dans sa vie… Ses parents, avec leurs questions plus ou moins franches, lui font comprendre qu’il faudrait qu’elle se case, mais elle ne trouve que des petits boulots dans lesquels elle ne se plaît pas. Alors elle se décide à faire de l’illustration, mais se rend compte que son réseau n’est pas très développé…

Voici un album choisi encore une fois au hasard dans les rayonnages de la bibliothèque. Je ne m’attendais pas à une réflexion autour du monde professionnel, mais (sans doute est-ce dû à la couverture rose) plus à une typique histoire de filles. Le propos n’est pas inintéressant, loin de là, il reflète bien le questionnement de tout jeune adulte une fois les études terminées et qu’il faut se lancer dans le grand bain de la vie professionnelle. Par contre, j’ai eu un peu de mal à m’attacher à l’héroïne que j’ai trouvée trop indécise et immature par rapport à son âge. Cela m’a donné l’impression qu’un beau jour, elle se réveillait et se rendait compte tout à coup qu’il allait lui falloir trouver un boulot et devenir enfin adulte. Bref, le personnage ne m’a pas trop plu, mais je dois reconnaître à l’auteur le mérite de raconter ses doutes et ses questions existentielles, avec parfois un trait d’humour. Concernant le trait, je dois avouer que le dessin est parfois trop simple à mon goût. Cela fait globalement assez brouillon, typiquement dans le style girly, mais ne m’a pas rendu la lecture spécialement aisée. J’ai donc un avis mitigé sur cet album, qui ne restera pas dans les annales, mais qui permet de passer un bon petit moment tout de même.

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque du dolmen, Otium, Flo sur Madmoizelle

Quelques planches extraites de l’album à voir sur le site de l’auteur, l’éditeur ayant déposé le bilan en 2014.

Aller voir le site de l’auteure.

La douce

LA DOUCE, par François Schuiten (Casterman, 2012)

Léon Van Bel est un machiniste-mécanicien en fin de carrière. Très attaché à sa locomotive, la 12.004, il refuse d’abandonner son métier et sa machine, alors que les trains et les lignes de chemin de fer sont progressivement supprimés au profit de lignes de téléphériques. Ne renonçant pas, il décide de cacher sa machine de vingt mètres de long dans un entrepôt, mais est dénoncé. La locomotive est envoyée dans un cimetière de ferraille avec les autres engins, mais Léon va tout faire pour la retrouver…

Voici un album bien original de par son sujet. Je crois que c’est la première fois que je lis un album sur le sujet des trains, ou plutôt des locomotives. Je m’attendais, je ne saurais dire pourquoi, à des planches en couleurs, mais en fait ce n’est que du noir et blanc. J’ai été au départ déconcertée mais au final ce rendu particulier est très agréable, et donne un côté attachant à l’histoire. Même si tout paraît réel, on est dans un monde qui n’existe pas, où les locomotives à vapeur ont été remplacées par des téléphériques qui sillonnent le pays en passant pas des pylônes garants, certains servant de gare. C’est donc une situation hors du commun, assez difficile à appréhender au départ, moi qui m’attendait à une histoire classique et réaliste… même si de la part de François Schuiten, je n’attendais pas une histoire réaliste… Cela m’a fait penser à Bruxelles, du duo François Schuiten et Benoît Peeters, que j’ai lu l’été dernier sans prendre le temps de le chroniquer sur ce blog : le contexte fait très réel, mais pour autant il y a des éléments irréalistes, qui ne sont absolument pas plausibles dans notre monde. Pour tout dire, j’ai trouvé l’histoire agréable mais sans plus. Nul doute qu’elle doit plaire aux passionnés de trains, car on a la locomotive très détaillée sous tous les plans, mais le sujet est loin d’être universel. Le dessin est cependant très documenté, on prend plaisir à regarder chaque case dessinée minutieusement. Le jeu des ombres est particulièrement travaillé, tout comme les changements d’angles de vue. J’ai aimé dans la mesure où ça me change de mes lectures habituelles, mais le thème m’a moyennement plu et le scénario se déploie un peu trop lentement parfois. Les personnages sont assez (trop ?) mystérieux, entre la jeune fille muette dont on ne connaît pas les intentions et le cheminot qui ne vit que pour sa locomotive… Par contre, il y a l’esprit jusqu’au-boutiste du cheminot voulant sauver sa loco qui est le cœur du scénario et peut intéresser au-delà des passionnés de chemin de fer. Enfin, l’album se conclut par d’intéressantes explications sur le train qui existe réellement dans un petit dossier documentaire en fin d’album, après 80 planches tout de même qui m’ont quelquefois parues interminables… Un album à tester pour son originalité, même si je suis très moyennement convaincue…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Le génépi et l’argousier, Blog culturel, Vu des yeux d’OliBD, Blog Brother, Sur un petit nuage, Chroniques de l’invisible

Premières planches à voir sur Izneo.

Aller voir le site consacré à l’album et à la locomotive, avec entre autres une expérience de réalité augmentée.

Une année au lycée

UNE ANNÉE AU LYCÉE : guide de survie en milieu lycéen, par Fabrice Erre (Dargaud, 2014)

Fabrice Erre est prof d’histoire-géographie dans un lycée près de Montpellier, et nous raconte en cases une année scolaire, de septembre à juin, de sa vie quotidienne professionnelle. Plusieurs thèmes sont abordés sous l’angle humoristique, certains sont transversaux quelles que soient les matières, et d’autres sont spécifiques à l’histoire-géo (le rapport au temps des élèves par exemple). Tout y passe : de l’image du prof au bac, des rencontres parents-profs aux dates complètement erronées, des élèves qui pensent à toute autre chose en cours aux critiques du programme…

Merci à mes copines/ex-collègues pour cet album, car j’ai bien rigolé ! Certains épisodes sont particulièrement drôles ! Bien sûr, vous vous dites que c’est un album par un prof pour les profs, mais ce n’est pas vrai  : n’avez-vous jamais pensé, enfant, que le prof était forcément un vieux qui ne vivait que pour son métier et qu’il n’avait pas de vie à côté de l’école ? Et bien ça n’a pas changé, les élèves prennent toujours leurs profs pour de vieux croûtons… (ce n’est pas raconté dans le livre, mais ils imaginent même parfois que les profs-docs dorment au CDI, avec un lit caché sous leur bureau, c’est dire…! ). Cet album vise donc à montrer que l’enseignement, ce n’est pas ce qu’on croyait en tant qu’élève. De nombreuses scènes sont facilement transposables lorsqu’on est prof, mais je pense que les non-enseignants doivent passer un bon moment de lecture avec ce récit. Il y a un gros esprit décalé dans cet album, avec des réinterprétations de contes ou de films (Blanche-Neige, Star Wars, les chevaliers de la table ronde…) qui évitent l’écueil de la simple narration de faits scolaires. Cette variation entre scènes réalistes du quotidien et délires totalement assumés par l’auteur rend la lecture particulièrement agréable et non monotone. Bref, j’ai bien ri, le dessin aidant aussi parfois avec les personnages caricaturés et des couleurs parfois uniques, qui mettent en avant le scénario par rapport à l’aspect graphique. Loin du monde des bisounours mais aussi de l’enfer de l’éducation, cet album montre bien le difficile équilibre à trouver pour enseigner aujourd’hui face à des jeunes ultra-captivés par les médias (« wikipédia et google, que ferais-je sans vous ? » pourrait être la devise de nombreux élèves, n’est-ce pas ?… 🙂 ) Une année au lycée est pour moi une jolie découverte qui m’a fait passer un agréable moment de lecture !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Sans connivence, Chez Canel, Oncle Fumetti, Blog Brother, Les jardins d’Hélène

Visiter le blog de l’auteur sur le site du journal Le Monde, sur lequel il commente l’actualité, ainsi que son Tumblr.

Premières planches à voir sur Izneo.

En chemin elle rencontre… tome 3

EN CHEMIN ELLE RENCONTRE… tome 3 : les artistes se mobilisent pour l’égalité femme-homme, par un collectif d’auteurs (Des ronds dans l’o / Amnesty international, 2013)

Nouvel album militant de la série « en chemin elle rencontre », avec cette fois le thème de l’égalité entre les femmes et les hommes, après avoir parlé de la violence (tome 1) et du respect du droit des femmes (tome 2). Il s’agit donc de montrer les inégalités entre hommes et femmes, dans de nombreux domaines. On pense facilement au salaire, tellement flagrant, mais on oublie souvent que l’inégalité entre les sexes existe aussi dans de nombreux autres secteurs, par exemple dans les termes employés au masculin et au féminin, souvent bien moins flatteurs au féminin (un gars / une garce, un homme public / une femme publique). Cette inégalité se produit aussi dès la petite enfance, avec la différenciation des enfants par les adultes : distingués dès leur plus jeune âge par leur sexe, on fera plus ainsi attention à une petite fille alors qu’un garçon sera forcément plus ‘apte’ à tomber, et on donnera une poupée aux fillettes, avec tous les clichés véhiculés sur les filles par ce jouet… Les inégalités se matérialisent aussi dans la tenue vestimentaire féminine qui comporterait forcément des sous-entendus selon certains messieurs, alors que les tenues masculines ne seraient quant à elles pas porteuses de clichés sexistes…

Cet album vise à dénoncer tous les clichés qui rendent inégaux les rapports entre les hommes et les femmes et qui placent la femme dans une situation d’infériorité plus ou moins flagrante selon les situations exposées. Certains récits sont vraiment très réalistes, et on ne peut que se sentir concerné(e) par les uns ou les autres. Tout cela m’a beaucoup parlé, ce sexisme ambiant dénoncé de façon plus ou moins virulente, parfois avec un humour un peu trash, parfois de façon plus délicate. Il suffit de voir comment les ados se comportent entre eux, au collège ou au lycée, pour placer d’autres noms et d’autres visages dans les histoires de cet album. Les violences montrées envers les femmes prennent diverses formes, parfois très visibles, parfois non, et c’est cette diversité de situations qui rend l’album particulièrement intéressant. J’ai trouvé très touchante l’histoire de la femme du chirurgien, qui s’est dévouée à sa vie de famille et ne peut quitter son mari de peur de tout perdre, dépendant complètement de lui. Cette chronique de la violence économique est l’histoire la plus développée, et même si le dessin est au prime abord assez sévère, je suis bien entrée dans cette histoire d’une vingtaine de pages, qui montre un thème souvent oublié, parce que touchant la sphère privée. Les autres histoires sont plus courtes, ne font parfois qu’une planche, mais elles sont tout aussi percutantes, utilisant alternativement le réalisme ou l’humour. Des pages documentaires coupent les récits, en apportant des chiffres récents et des compléments très intéressants. Les dessins sont variés : parmi les contributeurs, on trouve Aurélie Aurita, Anne Rouvin, Christelle Pécout, Anthony Moreau, Marc-Rénier, Damien May… (liste complète ici). Je suis moins fan de certains, mais c’est seulement une question de goût. J’aime moyennement la couverture, le trait de Florence Cestac me laissant perplexe, surtout les gros nez à visée humoristique, alors que le contenu de l’album ne l’est pas. Cependant, l’idée de la carte à jouer est bien trouvée, même si elle rompt avec les portraits des deux premiers volumes de la série. Mais vous l’aurez compris, En chemin elle rencontre, c’est un album incontournable à mettre entre toutes les mains, pour engager le dialogue et surtout faire évoluer (à défaut de faire changer) les mentalités !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (vraiment trop peu) sur les blogs, je n’ai pas trouvé d’article de blogueur…

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur.

Interview de Marie Moinard, à l’origine de ce concept d’albums, sur le blog BD Sud-Ouest.

Une lecture que j’ai le plaisir de partager avec Noukette : merci de m’avoir permis de ressortir cet album de mes étagères !! Au plaisir de recommencer !

Ma vie d’adulte

MA VIE D’ADULTE, par Isabelle Bauthian (scénario) et Michel-Yves Schmitt (dessin) (La boîte à bulles, 2012, coll. champ livre)

Lisa a 29 ans et est vendeuse en librairie. En couple depuis quelques mois avec Paul un jeune homme bien dans sa tête, elle se prend à rêver de grandir, de gagner en stabilité pour faire un joli bout de chemin avec son amoureux. Elle décide alors de se prendre en main et de se trouver un vrai métier, et plus seulement un job précaire comme auparavant. Mais le chemin vers le marché du travail n’est pas simple, et Lisa va découvrir les difficultés de se trouver un vrai travail en tant qu’attachée de presse : aucun faux pas ne sera toléré par ses employeurs et ses collègues. Pas facile de rentrer dans la vie d’adulte…

Voici un petit album très actuel. Court (80 pages), il permet d’aborder un sujet très contemporain : les jeunes adultes qui ne grandissent pas, ne veulent pas devenir comme papa et maman, et qui ont peur du futur… L’entrée dans le monde du travail d’Elsa est intéressant, cela montre à quel point c’est parfois impitoyable, par exemples les commentaires de ses collègues féminines sur un collègue masculin sans même le connaître. J’a aussi bien aimé les passages où Elsa travaille vite et bien, et donc n’a plus rien à faire sur son poste de travail qu’à traîner sur internet, cela me rappelle certains souvenirs plus ou moins personnels… J’ai apprécié le scénario simple mais crédible, qui sonne juste. Par contre le dessin est presque simpliste, les couleurs unies, sans dégradé. Je n’ai parfois pas aimé les têtes des personnages, ils ont des yeux vides constitués d’une bulle blanche, cela donne l’impression qu’ils n’ont pas d’émotion. L’album se lit vite car il est peu épais, mais il y a tout de même pas mal de texte. On suit avec plaisir la vie de Lisa quand on est ou qu’on connaît des gens qui sont dans la même situation que Lisa. Un album pas indispensable, mais intéressant tout de même.

 A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Du côté des livres, Les jardins d’Hélène, Les coups de cœur de Géraldine

Premières planches à voir sur Digibidi.

Les gens honnêtes, deuxième partie

LES GENS HONNÊTES,deuxième partie, par Jean-Pierre Gibrat (scénario) et Christian Durieux (dessin) (Dupuis, 2010, coll. Aire libre)

Suite du tome 1. Philippe le cinquantenaire est devenu un grand-père heureux, toujours prêt à s’occuper de son petit-fils. Toujours à la recherche d’un vrai travail, il s’occupe comme il peut de son fils Arnaud, et choisit avec son ex-femme de l’envoyer en pension dans une école privée dans le bordelais. Il se fait aussi un nouvel ami, Robert, un libraire aimant associer ses lectures avec de bons vins. Un jour, il a une idée : on s’ennuie tellement lorsqu’on prend le TGV qu’on pourrait s’y faire coiffer. C’est ainsi qu’il devient coiffeur sur la ligne Bordeaux-Paris. Il y rencontre Camille, une jeune femme qui tient le wagon-bar, et le courant passe entre les deux… Philippe, avec son activité hors du commun, va même passer à la télé…

Un deuxième album différent du premier, car on reste quasiment uniquement sur Philippe. Son fils en pension, sa fille occupée avec son propre fils, il ne reste plus que Philippe, qui a repris du poil de la bête, a trouvé une activité professionnelle, même si au départ cela ne décolle pas. Il faut dire qu’il n’a pas de formation en coiffure, et que c’est Camille qui va lui apprendre les rudiments. Bon, j’ai trouvé cette histoire légère, parfois rigolote, mais surtout irréaliste. Devenir coiffeur sans aucune formation, devenir ‘célèbre’ peu de temps après avec cette activité, faire passer des bouteilles de vin à son ami hospitalisé pour des problèmes cardiaques… ça paraît trop gros pour être vrai. Vous l’aurez compris, j’ai donc eu un souci avec le scénario. Pourtant, je suis bon public d’habitude, mais là, je n’ai pas accroché. Sur le dessin, rien à dire de plus par rapport au premier volume, toujours aussi classique, mais pas désagréable non plus, les paysages bordelais sont jolis, mais je suis moins fan des couleurs utilisées tout au long de l’histoire. Pour finir, un truc bizarre que j’ai remarqué : sur la 4ème de couverture, on parle de l’ami comme étant Charles, mais je n’en ai pas entendu parler dans l’album, j’ai l’impression que Charles et Robert ne seraient qu’une seule et même personne…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Colimasson, La petite bulle d’Astre, Hop BD, La mer pour horizon

Premières planches à voir sur Izneo.

Sang noir : la catastrophe de Courrières

SANG NOIR : LA CATASTROPHE DE COURRIÈRES, par Jean-Luc Loyer (Futuropolis, 2013)

1906, nous sommes lors de la IIIème République, la deuxième révolution industrielle est à son apogée, et la production de charbon tourne à son plein en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais. La productivité est poussée à son maximum par les dirigeants des compagnies de charbon, au détriment de la sécurité des mineurs. C’est le cas à la compagnie de Courrières : début mars, un feu s’est déclaré dans une des galeries, et il est décidé de ne pas arrêter pour autant la production. La galerie est bouchée par un mur et les mineurs doivent continuer de descendre, malgré leur appréhension. On suit plusieurs familles, plusieurs mineurs qui descendent chaque jour. Et ce qu’ils avaient pressenti arriva : le 10 mars, une énorme explosion se propage dans plus de 100 kilomètres de galeries, tuant officiellement près de 1100 ouvriers, dont les plus jeunes avaient 12 ans. La mort règne au fond et l’auteur ne cache rien de la souffrance endurée par les mineurs : gaz toxiques, chaleur, éboulements… Des familles entières sont dévastées; la compagnie de Courrières fait peu d’efforts pour retrouver des survivants et stoppe les recherches après 3 jours, alors que pourtant certains hommes sont retrouvés vivants encore 3 semaines après le drame, en remontant seuls à l’air libre. Un peu moins de 600 hommes seulement sortent en vie de cette catastrophe. Le scandale éclate, un mouvement de grève débute et paralyse la production de charbon de la région. A l’Assemblée nationale, Clémenceau et Jaurès s’affrontent… Au final, l’armée est envoyée pour faire face aux mineurs qui veulent des avancées sociales et l’assurance qu’une telle catastrophe ne se reproduira plus…

Voici un album fort de 128 pages, sur un sujet historique assez méconnu. Le récit de Jean-Luc Loyer, natif de la région, est impressionnant et très instructif, car il comporte beaucoup de détails. Il retrace en plusieurs chapitres, l’avant, le pendant et l’après catastrophe, en basant le récit sur la vie quotidienne de familles de mineurs, mais en utilisant aussi les joutes verbales des hommes politiques. Il ne donne pas la parole aux dirigeants de la compagnie de Courrières, responsables de cette catastrophe car n’ayant pas écouté les conseils des mineurs. On est donc complètement du côté des victimes, et on ne peut qu’être touché par la catastrophe. En plus, en fin d’album, on a des photos d’époque, un dossier explicatif et un lexique de termes miniers, qui donnent encore plus à cet album une visée pédagogique. La recherche du réalisme dans le récit dessiné est accentuée par les unes de journaux d’époque, par un édito de Jean Jaurès dans le journal L’humanité, mais aussi par la liste des noms et âges des morts dans les 3 fosses touchées par l’explosion. Voilà pour la construction du scénario que j’ai trouvé particulièrement bien construit, sans temps mort. Personnellement, à cause de mes études d’histoire, j’ai beaucoup aimé l’introduction de l’album, où l’auteur présente tout ce qui s’est passé en janvier 1906 : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les milieux artistique et littéraires, la politique, les industries…

Concernant le dessin, j’ai là aussi beaucoup accroché. Il est à la fois simple et complexe, mais toujours réaliste : les portraits sont tracés en quelques traits, mais sont reconnaissables (par exemple Clémenceau ou Jaurès). Le dessin, en noir et blanc, utilise de façon intelligente les nuances de gris. Il n’y a pas besoin de couleurs pour l’enfer qui a été vécu au fond de la mine. Le dessin ne cache pas les horreurs vécues au fond : les corps déchiquetés ou brûlés, les morts lentes, les cadavres empilés les uns sur les autres… Bref, un dessin très adapté au propos.

Sang noir, la catastrophe de Courrières est un très bel ouvrage, que j’ai raté à sa sortie en mars 2013. Je ne regrette absolument pas cette lecture-témoignage, extrêmement bien documentée, qui m’a permis de mieux connaître l’histoire de cette région qui a contribué au développement économique de la France lors du XXème siècle. Un album à diffuser auprès du plus grand nombre !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Pages de lecture de Sandrine, Miss Alfie croqueuse de livres, Bulles picardes

Voir le site de l’auteur, dont j’avais déjà lu du jeunesse (Victor et le voleur de lutins).