BD fait de société, BD sentimentale

Ma vie d’adulte

MA VIE D’ADULTE, par Isabelle Bauthian (scénario) et Michel-Yves Schmitt (dessin) (La boîte à bulles, 2012, coll. champ livre)

Lisa a 29 ans et est vendeuse en librairie. En couple depuis quelques mois avec Paul un jeune homme bien dans sa tête, elle se prend à rêver de grandir, de gagner en stabilité pour faire un joli bout de chemin avec son amoureux. Elle décide alors de se prendre en main et de se trouver un vrai métier, et plus seulement un job précaire comme auparavant. Mais le chemin vers le marché du travail n’est pas simple, et Lisa va découvrir les difficultés de se trouver un vrai travail en tant qu’attachée de presse : aucun faux pas ne sera toléré par ses employeurs et ses collègues. Pas facile de rentrer dans la vie d’adulte…

Voici un petit album très actuel. Court (80 pages), il permet d’aborder un sujet très contemporain : les jeunes adultes qui ne grandissent pas, ne veulent pas devenir comme papa et maman, et qui ont peur du futur… L’entrée dans le monde du travail d’Elsa est intéressant, cela montre à quel point c’est parfois impitoyable, par exemples les commentaires de ses collègues féminines sur un collègue masculin sans même le connaître. J’a aussi bien aimé les passages où Elsa travaille vite et bien, et donc n’a plus rien à faire sur son poste de travail qu’à traîner sur internet, cela me rappelle certains souvenirs plus ou moins personnels… J’ai apprécié le scénario simple mais crédible, qui sonne juste. Par contre le dessin est presque simpliste, les couleurs unies, sans dégradé. Je n’ai parfois pas aimé les têtes des personnages, ils ont des yeux vides constitués d’une bulle blanche, cela donne l’impression qu’ils n’ont pas d’émotion. L’album se lit vite car il est peu épais, mais il y a tout de même pas mal de texte. On suit avec plaisir la vie de Lisa quand on est ou qu’on connaît des gens qui sont dans la même situation que Lisa. Un album pas indispensable, mais intéressant tout de même.

 A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Du côté des livres, Les jardins d’Hélène, Les coups de cœur de Géraldine

Premières planches à voir sur Digibidi.

BD fait de société

Les gens honnêtes, deuxième partie

LES GENS HONNÊTES,deuxième partie, par Jean-Pierre Gibrat (scénario) et Christian Durieux (dessin) (Dupuis, 2010, coll. Aire libre)

Suite du tome 1. Philippe le cinquantenaire est devenu un grand-père heureux, toujours prêt à s’occuper de son petit-fils. Toujours à la recherche d’un vrai travail, il s’occupe comme il peut de son fils Arnaud, et choisit avec son ex-femme de l’envoyer en pension dans une école privée dans le bordelais. Il se fait aussi un nouvel ami, Robert, un libraire aimant associer ses lectures avec de bons vins. Un jour, il a une idée : on s’ennuie tellement lorsqu’on prend le TGV qu’on pourrait s’y faire coiffer. C’est ainsi qu’il devient coiffeur sur la ligne Bordeaux-Paris. Il y rencontre Camille, une jeune femme qui tient le wagon-bar, et le courant passe entre les deux… Philippe, avec son activité hors du commun, va même passer à la télé…

Un deuxième album différent du premier, car on reste quasiment uniquement sur Philippe. Son fils en pension, sa fille occupée avec son propre fils, il ne reste plus que Philippe, qui a repris du poil de la bête, a trouvé une activité professionnelle, même si au départ cela ne décolle pas. Il faut dire qu’il n’a pas de formation en coiffure, et que c’est Camille qui va lui apprendre les rudiments. Bon, j’ai trouvé cette histoire légère, parfois rigolote, mais surtout irréaliste. Devenir coiffeur sans aucune formation, devenir ‘célèbre’ peu de temps après avec cette activité, faire passer des bouteilles de vin à son ami hospitalisé pour des problèmes cardiaques… ça paraît trop gros pour être vrai. Vous l’aurez compris, j’ai donc eu un souci avec le scénario. Pourtant, je suis bon public d’habitude, mais là, je n’ai pas accroché. Sur le dessin, rien à dire de plus par rapport au premier volume, toujours aussi classique, mais pas désagréable non plus, les paysages bordelais sont jolis, mais je suis moins fan des couleurs utilisées tout au long de l’histoire. Pour finir, un truc bizarre que j’ai remarqué : sur la 4ème de couverture, on parle de l’ami comme étant Charles, mais je n’en ai pas entendu parler dans l’album, j’ai l’impression que Charles et Robert ne seraient qu’une seule et même personne…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Colimasson, La petite bulle d’Astre, Hop BD, La mer pour horizon

Premières planches à voir sur Izneo.

BD fait de société, BD historique

Sang noir : la catastrophe de Courrières

SANG NOIR : LA CATASTROPHE DE COURRIÈRES, par Jean-Luc Loyer (Futuropolis, 2013)

1906, nous sommes lors de la IIIème République, la deuxième révolution industrielle est à son apogée, et la production de charbon tourne à son plein en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais. La productivité est poussée à son maximum par les dirigeants des compagnies de charbon, au détriment de la sécurité des mineurs. C’est le cas à la compagnie de Courrières : début mars, un feu s’est déclaré dans une des galeries, et il est décidé de ne pas arrêter pour autant la production. La galerie est bouchée par un mur et les mineurs doivent continuer de descendre, malgré leur appréhension. On suit plusieurs familles, plusieurs mineurs qui descendent chaque jour. Et ce qu’ils avaient pressenti arriva : le 10 mars, une énorme explosion se propage dans plus de 100 kilomètres de galeries, tuant officiellement près de 1100 ouvriers, dont les plus jeunes avaient 12 ans. La mort règne au fond et l’auteur ne cache rien de la souffrance endurée par les mineurs : gaz toxiques, chaleur, éboulements… Des familles entières sont dévastées; la compagnie de Courrières fait peu d’efforts pour retrouver des survivants et stoppe les recherches après 3 jours, alors que pourtant certains hommes sont retrouvés vivants encore 3 semaines après le drame, en remontant seuls à l’air libre. Un peu moins de 600 hommes seulement sortent en vie de cette catastrophe. Le scandale éclate, un mouvement de grève débute et paralyse la production de charbon de la région. A l’Assemblée nationale, Clémenceau et Jaurès s’affrontent… Au final, l’armée est envoyée pour faire face aux mineurs qui veulent des avancées sociales et l’assurance qu’une telle catastrophe ne se reproduira plus…

Voici un album fort de 128 pages, sur un sujet historique assez méconnu. Le récit de Jean-Luc Loyer, natif de la région, est impressionnant et très instructif, car il comporte beaucoup de détails. Il retrace en plusieurs chapitres, l’avant, le pendant et l’après catastrophe, en basant le récit sur la vie quotidienne de familles de mineurs, mais en utilisant aussi les joutes verbales des hommes politiques. Il ne donne pas la parole aux dirigeants de la compagnie de Courrières, responsables de cette catastrophe car n’ayant pas écouté les conseils des mineurs. On est donc complètement du côté des victimes, et on ne peut qu’être touché par la catastrophe. En plus, en fin d’album, on a des photos d’époque, un dossier explicatif et un lexique de termes miniers, qui donnent encore plus à cet album une visée pédagogique. La recherche du réalisme dans le récit dessiné est accentuée par les unes de journaux d’époque, par un édito de Jean Jaurès dans le journal L’humanité, mais aussi par la liste des noms et âges des morts dans les 3 fosses touchées par l’explosion. Voilà pour la construction du scénario que j’ai trouvé particulièrement bien construit, sans temps mort. Personnellement, à cause de mes études d’histoire, j’ai beaucoup aimé l’introduction de l’album, où l’auteur présente tout ce qui s’est passé en janvier 1906 : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les milieux artistique et littéraires, la politique, les industries…

Concernant le dessin, j’ai là aussi beaucoup accroché. Il est à la fois simple et complexe, mais toujours réaliste : les portraits sont tracés en quelques traits, mais sont reconnaissables (par exemple Clémenceau ou Jaurès). Le dessin, en noir et blanc, utilise de façon intelligente les nuances de gris. Il n’y a pas besoin de couleurs pour l’enfer qui a été vécu au fond de la mine. Le dessin ne cache pas les horreurs vécues au fond : les corps déchiquetés ou brûlés, les morts lentes, les cadavres empilés les uns sur les autres… Bref, un dessin très adapté au propos.

Sang noir, la catastrophe de Courrières est un très bel ouvrage, que j’ai raté à sa sortie en mars 2013. Je ne regrette absolument pas cette lecture-témoignage, extrêmement bien documentée, qui m’a permis de mieux connaître l’histoire de cette région qui a contribué au développement économique de la France lors du XXème siècle. Un album à diffuser auprès du plus grand nombre !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Un amour de BD, Pages de lecture de Sandrine, Miss Alfie croqueuse de livres, Bulles picardes

Voir le site de l’auteur, dont j’avais déjà lu du jeunesse (Victor et le voleur de lutins).

BD humour

Les madeleines de Mady, tome 2 : Toutes les filles ne sont pas des cordons-bleus

LES MADELEINES DE MADY, tome 2 : TOUTES LES FILLES NE SONT PAS DES CORDONS-BLEUS, par Madeleine Martin (Delcourt, 2011)

Adaptation en livre des chroniques quotidiennes de Mady sur son blog. Madeleine (Mady pour ses intimes) est une jeune femme citadine, pas douée en cuisine, très complice avec ses amies, et attachée à profiter de tous les moments de la vie, avec ses amis, sa famille, son chéri et son chat. Elle nous relate en dessin et avec humour tous ces moments, ses interrogations, ses doutes…

Voici un album girly, dans la veine de Pénélope Bagieu et Margaux Motin. Le dessin est très agréable, le trait vif, dynamique et moderne. Ça, c’était le côté positif. Côté négatif maintenant : j’ai eu du mal parfois à trouver le sens de lecture, je crois que je me suis mélangée parmi les bulles, et l’absence de cases m’a fait parfois perdre le fil. J’ai peut-être pris ce genre de lecture un peu trop à la légère. Certains propos sont intéressants et prêtent à sourire, d’autres au contraire ne m’ont pas fait réagir. Cet album se lit par petites touches, mais pas en une seule fois (personnellement, cela me gonflerait 125 pages de ce style en une seule fois). Bref, sympa à petites doses, mais sans plus…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lire par plaisir, Pause Kikine, Y’a d’la joie, La bibliothèque de Vany

Voir le blog des Madeleines de Mady.

BD humour

Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses

MOI VIVANT, VOUS N’AUREZ JAMAIS DE PAUSES – OU COMMENT J’AI CRU DEVENIR LIBRAIRE, par Leslie Plée (Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2009)

https://i2.wp.com/media.leslibraires.fr/media/attachments/large/4/3/6/000444436.jpgAutobiographie d’une jeune femme qui décroche son premier CDI dans une grande surface culturelle. Fan de dessin, elle expose à travers ses planches les anecdotes qu’elle a rencontrées pendant sa courte carrière de libraire : les collègues, le patron pas compréhensif du tout, les inventaires, les clients pas toujours simples avec leurs demandes farfelues, les cartons de livres qu’elle doit porter, déballer, remballer… C’est le plus souvent savoureux et tellement révélateur du décalage qui peut exister entre les librairies classiques et les grandes surfaces dites « culturelles », dont les objectifs sont bien différents…

Voici un album issu au départ d’un blog qui regroupait les différentes anecdotes professionnelles vécues par Leslie Plée. Ici à travers 90 pages, nous n’avons pas une suite d’anecdotes sans aucun lien, mais bien une véritable histoire, qui commence par la fin, lorsque l’héroïne se rend chez le psy et se met à raconter son aventure en entreprise, et à dénoncer les conditions de travail qui sont imposées par des supérieurs incompréhensifs… On suit facilement les désillusions de la jeune femme sur un métier qu’on n’observe souvent qu’en tant que client… L’album se lit bien, et aborde sur un ton humoristique un sujet qui n’est pourtant pas bien drôle. Le trait est agréable, simple et efficace, les couleurs sont simples et rendent le dessin vivant. Enfin, le fait de ne pas avoir de cases donne une impression de légèreté agréable lors de la lecture. Une bonne découverte.

Non mentionné sur le site BD du CNDP, je dirais à partir de 15 ans.

Voir le blog dessiné de Leslie Plée, bien sympa à lire. A noter également que l’album est ressorti en 2010 chez Pocket, donc à tout petit prix.

Lire l’interview de l’auteur sur Bodoi en 2009.

On en parle sur les blogs : Au fil des livres, Les jardins d’Hélène, Livres 76.

Romans adulte

Les heures souterraines

LES HEURES SOUTERRAINES, par Delphine de Vigan (JC Lattès, 2009)

Mathilde est une femme active et une maman comblée par ses trois fils. Elle travaille à Paris ou en région parisienne dans une entreprise où elle est reconnue et appréciée par ses collègues. Malheureusement, cette belle vie s’arrête à compter du jour où son supérieur direct, à la suite d’un léger accrochage, fait tout pour lui supprimer son travail, la dévaloriser… Mathilde cache ce harcèlement moral à ses amis et sa famille, elle se rend à son bureau pour ne plus avoir rien à faire.  
Thibault est quant à lui médecin pour les urgences médicales de Paris, il vient de quitter Lila, la femme avec laquelle il ne partageait finalement pas tant de choses que cela. Après plus de 10 ans à Paris et cette séparation, la ville lui apparaît de plus en plus froide, de plus en plus porteuse de solitude. Ces deux personnes sont des exemples de gens vivant dans un rythme effréné, jusqu’à ce qu’un événement (ici le harcèlement et la séparation) les fasse considérer leur vie différemment. Ces deux personnages, assez banals finalement, pourraient-ils se croiser, se rencontrer en ce jour de mai ? Lire la suite « Les heures souterraines »

Manga

Un zoo en hiver

UN ZOO EN HIVER, par Jirô Taniguchi (Coll. Ecritures, Casterman, juin 2009)

Employé dans une société de textile, mais aimant dessiner les animaux du zoo tout proche, Hamaguchi a un jour l’opportunité d’aller travailler à Tokyo chez un mangaka célèbre, pour en devenir un des assistants. L’adolescent, tout en travaillant de sa passion, devient adulte : rencontres féminines infructueuses, sorties nocturnes, travail tard dans la nuit pour boucler le numéro…

Au travers de ce recueil d’expériences qui permettent au jeune homme de se construire, plusieurs conceptions de vie sont abordées : accepter l’échec, vivre loin de sa famille, … Le monde du manga des années 1960 et 1970 est également évoqué, à travers Kondô, le mangaka pour lequel Hamaguchi travaille : le travail en équipe sous-entend le partage des tâches, mais aussi parfois de la jalousie et de l’envie envers ses collègues ainsi que de la frustration, lorsqu’un collègue a l’opportunité de publier sous son nom son propre manga…

Un zoo en hiver, en noir et blanc, regroupe de nombreuses expériences vécues par Hamaguchi derrière lequel se dissimule Jirô Taniguchi. Cette autobiographie quelque peu romancée donne des clés pour comprendre comment il est arrivé à bâtir des œuvres telles que le journal de mon père ou quartier lointain. Le trait est toujours aussi agréable à regarder, même si on peut parfois regretter (surtout au départ de la lecture) que chaque chapitre soit si détaché des précédents. Parfois l’histoire manque de liens, mais ce n’est véritablement que vers la fin qu’on arrive vraiment à faire le lien entre tous ces chapitres/expériences. Taniguchi, toujours aussi bien : une lecture à ne pas manquer…

Conseillé à partir de 13 ans par le site BD du CNDP.