Mamette, tome 3 : Colchiques

MAMETTE, tome 3 : COLCHIQUES, par Nob (Glénat, 2008, coll. Tchô !)

Suite du tome 2. L’automne arrive, Mamette a toujours Maxou en garde de façon ponctuelle, et décide de prendre en main l’avenir de son fils célibataire qui vient de perdre son travail. Elle tente aussi de le caser, avec les différentes femmes qu’elle peut croiser, comme la bibliothécaire. Son fils n’ose pas lui dire franchement qu’il a grandi et n’est plus le petit garçon qu’elle a connu. Mamette, gentiment mais sûrement, s’obstine dans sa mission de vouloir aider les autres. Elle va même l’emmener au cirque et tous deux vont retrouver des moments vécus il y a bien longtemps. Mais un jour, sa santé la rattrape, et la vieille dame fait un malaise…

Je continue dans ma lancée des Mamette et je dois dire que j’ai préféré ce volume-là au précédent, car j’ai préféré la relation entre Mamette et son fils qu’avec Maxou « l’ingrat ». Les dialogues sont plus savoureux et drôles. Les situations m’ont paru plus changeantes que dans le tome précédent, il y avait moins de redondance. Les personnages secondaires prennent de plus en plus d’importance, avec Mademoiselle Pinsec l’aigrie qui se révèle fleur bleue, ou Madame Vidal la malade imaginaire qui harcèle le médecin pour un médicament. Les situations font toujours aussi crédibles, et on se surprend à sourire avec certaines situations qui démontrent que le choc des générations est toujours aussi rude. Les virées au fastfood avec Maxou, les promesses alimentaires non tenues dès la sortie de la consultation, les sorties à la bibliothèque, la découverte du téléphone portable… tous ces moments sont l’occasion de passer un agréable moment avec Mamette, une grand-mère comme on aimerait tous avoir (ou pas !). Le dessin est toujours autant maîtrisé, c’est encore une fois du tout bon !

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Doucettement, Les jardins d’Hélène, La lucarne à Luneau, A little piece of, Le blog du capitaine geek

Premières planches à voir sur Izneo.

Les godillots, tome 1 : Le plateau du croquemitaine

LES GODILLOTS, tome 1 : LE PLATEAU DU CROQUEMITAINE, par Olier (scénario) et Marko (dessin) (Bamboo, 2011)

Pendant la première guerre mondiale, près du front, une équipe de deux soldats doit ravitailler les premières lignes avec la « roulante », la cuisine itinérante. Mais ce premier convoi ne revient pas et les soldats sont déclarés disparus. Alors un deuxième binôme est constitué pour effectuer la tournée, avec un boulanger et un cultivateur. Ce duo assez improbable (un petit maigrichon et un grand costaud) doit traverser un plateau connu pour sa dangerosité et surnommé « le plateau du croquemitaine », du nom d’une batterie d’armes qui vise tout ce qui passe par cet endroit. Le duo parvient à une maison abandonnée et découvre un jeune garçon, Bixente, qui cherche son grand frère soldat, avec son exemplaire du « tour de France de deux enfants » dans son sac. Perturbés par cette découverte, les deux soldats demandent à Bixente (qu’ils ont entre temps renommé Bichette) de les attendre là, mais le jeune garçon fougueux n’en fait qu’à sa tête et les suit malgré le danger vers la tranchée…

Voici une BD de saison, si on peut dire. Cette histoire est parue en épisodes dans le magazine Le Monde des Ados il y a quelques temps, et c’est là que je l’avais repérée. Je ne regrette pas du tout d’avoir essayé cet album qui permet d’aborder la première guerre mondiale avec les plus jeunes. Contrairement à La guerre des Lulus, série qui aborde la vie des civils à l’arrière, Les godillots relate la vie des soldats au front, sous un angle moins noir que peut le faire Tardi dans C’était la guerre des tranchées. La vie des soldats n’est pas enjolivée, loin de là, mais c’est juste que le propos est plus léger et plus compréhensible pour les jeunes. Le jeune Bixente permet aussi aux jeunes lecteurs de se sentir impliqués dans l’histoire. Il y a aussi de nombreux éléments historiques inclus dans le scénario, ce qui fait qu’on apprend des choses en même temps, ce qui rend cette BD encore plus intéressante. Des extraits du célèbre livre « Le tour de France de deux enfants », un classique du début du 20ème siècle, sont insérés dans les cases, et montrent une certaine vision de la France de l’époque. De nombreux thèmes de la guerre sont abordés, dont les mutilés volontaires ou encore l’occupation des soldats lorsqu’ils ne sont pas au front. Le vocabulaire utilisé par les soldats est… comment dire ? très fleuri : c’est un régal que de lire ces expressions souvent devenues désuettes, mais tellement imagées. Les dialogues sont ponctués de touches d’humour, souvent apportées par Bixente et le singe (Kronprinz rebaptisé ensuite Salopiot, et on comprend vite pourquoi…).

Le trait est clairement jeunesse, assez rond et les personnages sont croqués de façon élégante. Les couleurs sont soignées et réalistes, par exemple au niveau des tenues. Il n’est pas difficile de distinguer les personnages, sauf à un moment lorsqu’on passe du côté allemand. En effet, il n’y a pas de cartouche dans la planche pour signaler le changement de lieu, et les soldats allemands (en tenue vert foncé) parlent aussi en français dans les bulles, donc j’ai eu un léger temps de questionnement sur ces nouveaux personnages, avant de comprendre qu’il s’agissait de la vision opposée. Cela n’est pas inutile et permet de se détacher un peu des personnages principaux du récit. Bref, vous l’aurez sûrement compris, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture, avec cet album historique jeunesse qui est loin d’être déprimant et barbant… A noter que l’édition originale comprend une gazette fictive de 8 pages qui permet d’en savoir plus. J’ai hâte de lire la suite, et j’ai été ravie d’apprendre que le tome 3 sort demain en librairie !

Album non mentionné sur l@BD, mais le roman y est conseillé à partir de 10 ans.

On en parle sur les blogs : Les chroniques de MadokaBlogonoisettes, Tête de lecture,

Premières planches sur le site de l’éditeur.

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Les petits ruisseaux

LES PETITS RUISSEAUX, par Pascal Rabaté (Futuropolis, 2006)

Edmond et Pierre sont deux amis retraités qui aiment passer de longs moments à pêcher. Ils se connaissent depuis longtemps, et pourtant Edmond, divorcé depuis dix ans, a un loisir qu’il exerce en secret : il aime peindre des nus, en utilisant des photographies de magazines. Un jour, il présente ses œuvres à son ami, et lui annonce juste avant qu’il fréquente une femme depuis quelques temps. Pierre est étonné par cet aspect méconnu de son ami, mais veuf, il déclare ne pas pouvoir penser à une autre femme que sa Jeanne, morte d’un cancer des années auparavant. Pourtant, lorsqu’Edmond décède brutalement, Pierre décide de profiter du temps qu’il lui reste à vivre. Lors des obsèques de son ami, il rencontre Lucie, la femme que fréquentait Edmond. Les quelques rencontres entre ces deux retraités victimes de solitude vont réveiller Pierre, qui décide de partir sur les traces de son enfance et de profiter de la vie. Son désir s’est aussi réveillé, il a même parfois de drôles de visions des femmes… Lire la suite

La tectonique des plaques

LA TECTONIQUE DES PLAQUES, par Margaux Motin (Delcourt, 2013, coll. Tapas)

Suite de J’aurais aimé être ethnologue et La théorie de la contorsion. La trentenaire Margaux Motin continue de nous raconter des extraits de sa vie, avec humour. Cette fois, il y a un grand changement dans sa vie : elle s’est séparée du père de sa fille, et doit digérer cet événement. Sa réaction : elle régresse et fait une véritable crise d’adolescence, dans laquelle sa fille se révèle parfois bien plus mature qu’elle… Elle n’oublie pas de nous raconter les moments avec ses copines, ainsi que sa rencontre avec son nouvel homme qui était au départ un de ses amis. Ses doutes, ses questions, sa vie de mère et d’amante… Tout y passe dans cet album, avec une bonne touche d’humour comme la narratrice sait le faire.

Voici le troisième tome de la vie dessinée de Margaux Motin, volumes largement autobiographiques d’une jeune femme parisienne. J’avais de bons souvenirs des deux tomes précédents, mais là je dois dire que j’ai dû m’accrocher pour parvenir à terminer l’album, car j’ai vraiment trouvé le début long et manquant de fil conducteur. L’album fait près de 200 pages, et le début m’a paru bien fouillis. L’histoire est constituée d’une suite d’événements et d’anecdotes plus ou moins longues et on ne sait pas trop où on va au départ. Certains épisodes sont redondants et j’ai parfois trouvé la situation trop exagérée lorsque l’héroïne régresse totalement en enfance ou adolescence. Elle se laisse complètement aller et on n’a parfois qu’une envie : c’est de lui dire de se bouger, de se reprendre en main et de tenir son rôle d’adulte. Bref, le personnage en lui-même ne m’a pas toujours plu. Certaines situations sont par contre craquantes, lorsqu’elle raconte la rencontre avec son nouveau mec, et les questions qui en découlent, elle qui a vécu dix ans avec un même homme auparavant. Ces passages-là ont été pour moi les plus plaisants, j’ai eu l’impression de retrouver le personnage des albums précédents. Globalement, j’ai un avis mitigé sur le scénario de cet album. Par contre, j’adore toujours autant le trait de Margaux Motin, vif et croquant d’une bien jolie manière les personnages. D’ailleurs, le dessin peut même parfois faire passer un message sans aucun texte, c’est dire s’il est expressif. Sa petite fille paraît très mignonne et craquante. Les autres personnages sont aussi très joliment dessinés, avec parfois des looks hautement improbables et complètement déroutants, mais cela ajoute une dose d’humour et de légèreté aux propos qui ne le sont pas toujours. J’ai beaucoup aimé les pages où l’auteur dessine sur une photo, je trouve cela joli, différent et original, parfois même poétique. La tectonique des plaques est donc une lecture qui n’est pas selon moi indispensable, mais qui a au moins le mérite du coup d’œil pour l’agréable trait de l’auteur.

Non mentionné sur l@BD, mais pas avant 15 ans.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Monde de papier, Au fil des lectures, Trait de plume, Exquimots, Gwordia, L’avis d’Agrippine

Plusieurs planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir du côté du blog dessiné de l’auteur.

Mamette, tome 2 : l’âge d’or

MAMETTE, tome 2 : L’ÂGE D’OR, par Nob (Glénat, 2007, coll. Tchô !)

Suite du  tome 1. Les grandes vacances sont là et Mamette va garder pendant un mois entier le jeune Maxou dont la mère part en formation. Le jeune garçon n’est guère motivé par le fait d’avoir la chambre de Choupinet, le fils de Mamette qui a depuis bien longtemps quitté le foyer familial. De plus, les sorties au parc tout comme les devoirs de vacances ne l’enchantent guère. Alors Mamette tente de tout faire pour lui faire passer un séjour agréable : avec ses amies, elle l’emmène au cinéma et à la piscine… L’été s’écoule paisiblement, les liens se tissent, et pas qu’entre Maxou et Mamette…

C’est toujours avec un plaisir certain que je retrouve le personnage de Mamette, petite grand-mère toujours de bonne humeur, qui veut aider du mieux qu’elle le peut le jeune Maxou. Cependant, même si j’ai passé un bon moment de lecture, je n’ai pas eu de coup de cœur pour cet album, assez linéaire au niveau du scénario. Difficile d’expliquer, mais j’ai trouvé moins de consistance dans cet album, même si l’héroïne est particulièrement attachante et toujours désireuse de faire le bien autour d’elle, ce qui n’est pas le cas d’une de ses amies. Certaines situations sont bien trouvées, avec la touche d’humour nécessaire, mais je n’ai pas été totalement conquise par le scénario. Peut-être est-ce dû au personnage de Maxou qui est très présent dans l’histoire, mais que je n’ai pas trouvé très agréable. Il a un côté désinvolte et est parfois méchant envers la grand-mère qui l’accueille pendant ses vacances. Par contre au niveau du dessin, rien à redire, c’est toujours super propre, très agréable à regarder, avec beaucoup de détails malgré les cases insuffisamment grandes à mon goût. La grand-mère est très bien dessinée, et cela accentue encore son côté jovial et positif. Les couleurs contribuent à donner une ambiance joyeuse à l’histoire. C’est donc avec plaisir que je continuerai avec le troisième tome, en espérant que je sois plus emballée par l’histoire cette fois-ci…

A partir de 7 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Bouquins de poches en poches, Espace temps libre, La ronde des post-it, Pause Kikine

Premières planches à voir sur Izneo.

Aller voir le blog de l’auteur, plus mis à jour depuis janvier 2013.

Oh les filles !

OH LES FILLES ! (édition intégrale), par Sophie Michel (scénario) et Emmanuel Lepage (dessin) (Futuropolis, 2013)

Trois filles naissent en même temps dans des milieux sociaux différents. Agnès naît dans un milieu bourgeois et ses parents ne prennent pas le temps de s’occuper d’elle. Chloé n’a officiellement pas de père et grandit donc avec sa mère célibataire puis avec son beau-père. Leïla voit le jour au Maroc, et émigre en France avec sa famille à l’âge de cinq ans. On suit l’histoire de ces trois fillettes puis jeunes filles jusqu’à leur vie d’adulte. Elles vont devenir les meilleures amies du monde, mais leurs aspirations et leurs ambitions ne sont pas toujours les mêmes. Agnès va mal vivre le départ de sa nounou, puis l’absence de ses parents, jusqu’à devenir plus ou moins marginale et à quitter le lycée. Chloé développe son talent de danseuse, au départ à l’école de danse, puis dans le cadre de ses études. Leïla, devenue orpheline de mère et très douée à l’école, va tout faire pour devenir médecin… Les trois amies gardent des liens très forts, et sont toujours là pour s’entraider en cas de coup dur…

Voici un album choisi pour son dessinateur Emmanuel Lepage, auteur de Muchacho ou Voyage aux îles de la désolation. J’ai eu l’opportunité de lire l’intégrale qui regroupe les deux volumes parus en 2007 et 2008, et au final, c’est mieux car je n’ai pas eu à attendre la suite, ce qui est souvent frustrant dans le cas d’un diptyque. J’ai beaucoup aimé ces portraits de filles, qu’on suit pendant plus de deux décennies. Leurs trois caractères et leurs parcours de vie sont différents, mais elles deviennent les meilleures amies du monde. Leurs histoires sont touchantes, et on peut facilement se sentir proche de l’une ou de l’autre. Beaucoup d’aspects sont évoqués : la famille, les amis, le parcours scolaire… J’ai trouvé l’histoire bien détaillée à certains moments et parfois d’autres épisodes étaient plus survolés, mais il n’empêche que l’histoire reste très intéressante et bien construite. Le dessin d’Emmanuel Lepage sert complètement cette histoire, avec des traits fins et délicats et des couleurs particulièrement jolies toutes en nuances qui confèrent une ambiance toute particulière à cette histoire. J’ai aimé lorsque les vies des trois héroïnes sont mis en parallèle à un même moment, avec une bande par fille. J’ai aussi aimé lorsque les trois vies se suivent, avec des cases interchangées : ce n’est pas forcément le plus facile à suivre, mais cela crée un lien entre les parcours des trois amies. J’ai vraiment aimé cette lecture, et j’en suis ressortie avec le sourire. Bon, quelques temps après la lecture, j’ai déjà oublié des éléments, mais je garde à l’esprit que cet album est plein de bons sentiments (dans le bon sens du terme) et peut être offert à une très bonne amie…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Chroniques de l’invisible, Gwordia, Pause Kikine, Pages de lecture de Sandrine, Hellody

Premières pages du tome 1 et du tome 2 à lire sur Izneo.

Interviews des auteurs à lire sur Auracan et ActuaBD.

Une année au lycée

UNE ANNÉE AU LYCÉE : guide de survie en milieu lycéen, par Fabrice Erre (Dargaud, 2014)

Fabrice Erre est prof d’histoire-géographie dans un lycée près de Montpellier, et nous raconte en cases une année scolaire, de septembre à juin, de sa vie quotidienne professionnelle. Plusieurs thèmes sont abordés sous l’angle humoristique, certains sont transversaux quelles que soient les matières, et d’autres sont spécifiques à l’histoire-géo (le rapport au temps des élèves par exemple). Tout y passe : de l’image du prof au bac, des rencontres parents-profs aux dates complètement erronées, des élèves qui pensent à toute autre chose en cours aux critiques du programme…

Merci à mes copines/ex-collègues pour cet album, car j’ai bien rigolé ! Certains épisodes sont particulièrement drôles ! Bien sûr, vous vous dites que c’est un album par un prof pour les profs, mais ce n’est pas vrai  : n’avez-vous jamais pensé, enfant, que le prof était forcément un vieux qui ne vivait que pour son métier et qu’il n’avait pas de vie à côté de l’école ? Et bien ça n’a pas changé, les élèves prennent toujours leurs profs pour de vieux croûtons… (ce n’est pas raconté dans le livre, mais ils imaginent même parfois que les profs-docs dorment au CDI, avec un lit caché sous leur bureau, c’est dire…! ). Cet album vise donc à montrer que l’enseignement, ce n’est pas ce qu’on croyait en tant qu’élève. De nombreuses scènes sont facilement transposables lorsqu’on est prof, mais je pense que les non-enseignants doivent passer un bon moment de lecture avec ce récit. Il y a un gros esprit décalé dans cet album, avec des réinterprétations de contes ou de films (Blanche-Neige, Star Wars, les chevaliers de la table ronde…) qui évitent l’écueil de la simple narration de faits scolaires. Cette variation entre scènes réalistes du quotidien et délires totalement assumés par l’auteur rend la lecture particulièrement agréable et non monotone. Bref, j’ai bien ri, le dessin aidant aussi parfois avec les personnages caricaturés et des couleurs parfois uniques, qui mettent en avant le scénario par rapport à l’aspect graphique. Loin du monde des bisounours mais aussi de l’enfer de l’éducation, cet album montre bien le difficile équilibre à trouver pour enseigner aujourd’hui face à des jeunes ultra-captivés par les médias (« wikipédia et google, que ferais-je sans vous ? » pourrait être la devise de nombreux élèves, n’est-ce pas ?… 🙂 ) Une année au lycée est pour moi une jolie découverte qui m’a fait passer un agréable moment de lecture !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Sans connivence, Chez Canel, Oncle Fumetti, Blog Brother, Les jardins d’Hélène

Visiter le blog de l’auteur sur le site du journal Le Monde, sur lequel il commente l’actualité, ainsi que son Tumblr.

Premières planches à voir sur Izneo.

Hôtel particulier

HÔTEL PARTICULIER, par Guillaume Sorel (Casterman, 2013)

En plein hiver, dans un immeuble sans particularité, une jeune femme prénommée Émilie se suicide dans son appartement. Elle devient alors un fantôme, invisible aux yeux de tous sauf du chat du voisin avec lequel elle parvient même à parler. Pouvant traverser les murs, elle passe d’un étage à un autre, et découvre ses voisins sous un autre angle bien plus inattendu. Ainsi, elle va assister aux ébats d’un couple illégitime, découvrir son voisin du dessus, artiste séparé doté d’une armoire au miroir magique, rencontrer une vieille femme qui martyrise des chats, mais aussi apprendre l’histoire d’une petite fille qui aurait disparu derrière une porte qui n’existe pas, ou encore suivre les aventures d’un homme qui rend vivants les personnages de fiction… Autant de tranches de vie qu’elle n’imaginait pas voir alors qu’elle était vivante…

J’avais tellement adoré Les derniers jours de Stefan Zweig que j’ai acheté cet album les yeux fermés, et là encore c’est un gros coup de cœur pour le travail de cet auteur. Les dessins au lavis sont magnifiques et les couleurs dans les tons marrons rose donnent une certaine ambiance à l’histoire. L’histoire n’est pas spécialement suivie, mais il s’agit plus d’épisodes distincts, avec en fil rouge la visite de la jeune femme fantôme. On retrouve certains habitants de l’immeuble plusieurs fois, et cela confère tout de même une cohérence au récit. Le côté fantastique est assez marqué, et j’ai trouvé ça bien amené, très poétique. Les couleurs et l’ambiance du récit font que les aspects paranormaux passent complètement dans l’histoire d’une petite centaine de pages. Les couleurs peuvent paraître assez ternes au premier abord, mais collent tout à fait à cette histoire sombre mais pas triste pour autant. C’est une jolie chronique de vie quotidienne dans un immeuble où se côtoient des gens d’horizons différents avec leurs histoires particulières, avec une touche de fantastique qui donne la part de mystère à l’histoire. Il y a de nombreuses citations littéraires (Baudelaire, Rimbaud, Pouchkine…) qui sont utilisées dans les bulles, et heureusement que les références sont placées dès le départ, cela met déjà dans l’ambiance et aide aussi à comprendre. Le texte et le dessin sont intimement liés dans ce récit qui transporte littéralement. Un très beau moment de lecture, qui ne peut que m’encourager à poursuivre mes découvertes de cet auteur !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Au milieu des livres, E-maginaire, D’une berge à l’autre, La bibliothèque de Noukette, Bulles et onomatopées, Pause Kikine

Premières planches à lire sur Izneo.

La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis…

LA VIEILLE DAME QUI N’AVAIT JAMAIS JOUÉ AU TENNIS & AUTRES NOUVELLES QUI FONT DU BIEN, par Zidrou (scénario) et un collectif de dessinateurs (Dupuis, 2009)

Recueil de nouvelles réalistes sur des thèmes variés. Un groupe d’amis d’enfance issus du même village se mettent à réaliser ensemble leurs rêves une fois devenus adultes. Un couple se forme de façon bien inattendue. Une vieille dame seule avec ses animaux aime regarder les matchs de tennis à la télévision, ses habitudes sont bien ancrées, jusqu’au jour où elle meurt et que personne, sauf ses animaux, ne s’en aperçoit. Un homme peu enclin aux sentiments va avoir une vague d’amour pour son petit-fils nouveau-né. Un homme tombe amoureux d’une femme à la piscine, mais un problème physique empêche la jeune femme de se dévoiler totalement. Un homme d’un certain âge, qui vit seul avec son canari invite une dame à boire un thé, et comme il est sourd de naissance, communique avec elle avec une ardoise. Un jeune homme sortant de prison s’installe chez son grand-père le temps de trouver du travail, et la musique sera leur point commun…

Cet album d’environ 120 pages regroupe des histoires de longueurs inégales, la plupart réalistes, certaines comportant une touche de fantastique originale. Toutes sont scénarisées par Zidrou, et les dessinateurs changent à chaque histoire (ils sont d’ailleurs tous présentés en fin d’album, c’est intéressant). La plupart sont espagnols, car c’est là-bas que vit le scénariste. On y retrouve Jordi Lafèbre, avec lequel il a collaboré sur Lydie et La Mondaine, mais sinon, je ne connaissais aucun autre dessinateur espagnol. Le français Simon Hureau (dessinateur sur Crève saucisse) est je crois le seul français. Bref, beaucoup de découvertes de dessinateurs en ce qui me concerne, et je dois dire que j’apprécie de découvrir de nouveaux traits, surtout quand ceux-ci sont bien jolis… Sinon au niveau du scénario, c’est le premier album réaliste de Zidrou, qui jusque là était connu pour des séries humoristiques jeunesse. On reconnaît sa touche si particulière qu’on retrouvera ensuite dans ses autres albums qui font tant parler d’eux sur la blogosphère des lecteurs. C’est un concentré de bons sentiments, sans pour autant faire guimauve, et on ne peut qu’être touché par l’une ou l’autre des histoires. L’effet de surprise n’est pas oublié, avec certaines nouvelles à chute et d’autres particulièrement courtes mais efficaces… Bien sûr, j’ai préféré certaines nouvelles à d’autres, mais globalement, j’ai un bon avis sur cet album, dont on savoure la lecture comme un délicieux bonbon au caramel…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : L’encreuse, Mobylivres, Lecturissime, Bulles et onomatopées

Lire l’interview récente de Zidrou sur « Chroniques de l’invisible », le blog de Yaneck.

Les gens normaux

LES GENS NORMAUX, paroles lesbiennes, gay, bi, trans, par Hubert (scénario) et un collectif d’auteurs (dessin) (Casterman / BD Boum, 2013, coll. Ecritures)

Recueil de témoignages de personnes homosexuelles, interviewées par le scénariste Hubert, qui a ensuite retranscrit ses rencontres pour des dessinateurs aussi variés que Cyril Pedrosa, Simon Hureau, Alexis Dormal, Zanzim… Les parcours des interviewés sont très différents, et abordent de nombreux moments d’une vie : l’enfance, l’adolescence, la vie adulte, la vie professionnelle et la vie privée. De multiples thématiques sont abordées : l’adoption, le mariage, le sida, l’orientation sexuelle, la normalité, le regard des autres… Les histoires ne sont pas redondantes, et permettent de balayer une large palette de questions d’actualité.

Cet album a été initié par le festival BD Boum de Blois, qui a demandé à Hubert de scénariser tout l’album. Celui-ci s’est appuyé sur le centre LGBT de Tours pour rencontrer des personnes différentes qui acceptent de témoigner sur ce sujet. Pas facile de résumer l’histoire, car de nombreux thèmes sont abordés, et les témoignages mettent tous en avant la difficulté d’exister dans un monde qui n’accepte pas toujours l’homosexualité. J’ai apprécié que les témoignages proviennent de provinciaux, car cela rend les propos plus proches de la vraie vie, loin de certains clichés. C’est un album très dans l’air du temps, avec des interviews réalisées en 2012, avant et pendant l’élection présidentielle, alors que le sujet du mariage homosexuel était présenté par un candidat devenu depuis président. Bref, cet album est très intéressant pour se questionner sur sa vision de l’homosexualité et de la normalité. De plus, les nouvelles sont entrecoupées d’interventions de sociologues ou d’historiens qui apportent une analyse réflexive aux propos dessinés. Tout cela est très instructif, tout comme l’annexe en toute fin d’album qui présente le statut légal de l’homosexualité dans le monde, par pays.   Les histoires du recueil sont fortes et ne peuvent qu’inciter à réfléchir. Certaines sont particulièrement touchantes, et ce que je retiens de cet album quelques jours après sa lecture, c’est qu’il parle surtout d’amour… Au niveau du dessin, les dessinateurs choisis sont très différents, et interprètent chacun à leur façon les entretiens réalisés avec Hubert. Au départ, j’avais choisi cet album car il y a plusieurs dessinateurs dont je connaissais le travail. J’ai reconnu leur trait sans problème, et j’ai aussi aimé découvrir d’autres auteurs que je ne connaissais pas. Chacun a une approche particulière, une sensibilité qui lui est propre pour illustrer le propos. Bref, un album à lire et à faire lire autour de soi, pour s’interroger sur ce qu’est réellement la norme dans une société (et rabattre le caquet à  Christine B. et ceux qui pensent comme elle…).

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, le blog BD de Madmoizelle, Everitouthèque, le blog BD de Manuel Picaud

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur et sur le blog de Merwan, auteur d’une nouvelle.

Chronique radio à réécouter sur Le Mouv’.