BD engagée, BD fait de société

Les gens normaux

LES GENS NORMAUX, paroles lesbiennes, gay, bi, trans, par Hubert (scénario) et un collectif d’auteurs (dessin) (Casterman / BD Boum, 2013, coll. Ecritures)

Recueil de témoignages de personnes homosexuelles, interviewées par le scénariste Hubert, qui a ensuite retranscrit ses rencontres pour des dessinateurs aussi variés que Cyril Pedrosa, Simon Hureau, Alexis Dormal, Zanzim… Les parcours des interviewés sont très différents, et abordent de nombreux moments d’une vie : l’enfance, l’adolescence, la vie adulte, la vie professionnelle et la vie privée. De multiples thématiques sont abordées : l’adoption, le mariage, le sida, l’orientation sexuelle, la normalité, le regard des autres… Les histoires ne sont pas redondantes, et permettent de balayer une large palette de questions d’actualité.

Cet album a été initié par le festival BD Boum de Blois, qui a demandé à Hubert de scénariser tout l’album. Celui-ci s’est appuyé sur le centre LGBT de Tours pour rencontrer des personnes différentes qui acceptent de témoigner sur ce sujet. Pas facile de résumer l’histoire, car de nombreux thèmes sont abordés, et les témoignages mettent tous en avant la difficulté d’exister dans un monde qui n’accepte pas toujours l’homosexualité. J’ai apprécié que les témoignages proviennent de provinciaux, car cela rend les propos plus proches de la vraie vie, loin de certains clichés. C’est un album très dans l’air du temps, avec des interviews réalisées en 2012, avant et pendant l’élection présidentielle, alors que le sujet du mariage homosexuel était présenté par un candidat devenu depuis président. Bref, cet album est très intéressant pour se questionner sur sa vision de l’homosexualité et de la normalité. De plus, les nouvelles sont entrecoupées d’interventions de sociologues ou d’historiens qui apportent une analyse réflexive aux propos dessinés. Tout cela est très instructif, tout comme l’annexe en toute fin d’album qui présente le statut légal de l’homosexualité dans le monde, par pays.   Les histoires du recueil sont fortes et ne peuvent qu’inciter à réfléchir. Certaines sont particulièrement touchantes, et ce que je retiens de cet album quelques jours après sa lecture, c’est qu’il parle surtout d’amour… Au niveau du dessin, les dessinateurs choisis sont très différents, et interprètent chacun à leur façon les entretiens réalisés avec Hubert. Au départ, j’avais choisi cet album car il y a plusieurs dessinateurs dont je connaissais le travail. J’ai reconnu leur trait sans problème, et j’ai aussi aimé découvrir d’autres auteurs que je ne connaissais pas. Chacun a une approche particulière, une sensibilité qui lui est propre pour illustrer le propos. Bref, un album à lire et à faire lire autour de soi, pour s’interroger sur ce qu’est réellement la norme dans une société (et rabattre le caquet à  Christine B. et ceux qui pensent comme elle…).

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, le blog BD de Madmoizelle, Everitouthèque, le blog BD de Manuel Picaud

Quelques planches à voir sur le site de l’éditeur et sur le blog de Merwan, auteur d’une nouvelle.

Chronique radio à réécouter sur Le Mouv’.

BD fait de société

Les gens honnêtes, première partie

LES GENS HONNÊTES, première partie, par Jean-Pierre Gibrat (scénario) et Christian Durieux (Dupuis, 2008, coll. Aire libre)

Philippe fête ce soir ses 53 ans en famille. Séparé, il a réussi à réunir ses enfants, sa mère et son ex-épouse. Mais ce qui s’annonçait comme une soirée agréable va tourner au cauchemar lorsque l’homme reçoit un coup de fil : il vient d’être licencié. Toute la famille va cacher l’annonce à la grand-mère qui place son fils Philippe sur un piédestal. C’est le début de la fin pour cet homme qui était bien inséré socialement. Il perd son logement de fonction, doit loger chez un ami, tombe dans l’alcool… Mais des bonheurs restent tout de même : Philippe compte profiter de son nouveau temps libre pour se mettre au vélo, et puis surtout il va devenir grand-père : sa fille attend un heureux événement…

Il s’agit là du premier volume d’un diptyque dont le scénario est signé Jean-Pierre Gibrat. Je n’ai pas ouvert le livre avant de l’emprunter, je n’avais pas fait attention que le dessin n’était pas celui que j’attendais. Après cette légère déception, je me suis attelée à la lecture, et j’ai au final passé un assez agréable moment, pas exceptionnel, mais pas inintéressant non plus. On a affaire à une chronique sociale moderne, sans prétention. Cet album aborde le thème de la misère sociale, de la solidarité familiale… Le héros Philippe met du temps à rebondir, il faut dire qu’il ne s’attendait pas du tout à ne plus avoir de travail. Ce changement de vie radical va lui faire prendre conscience des gens autour de lui, et finalement il va en tirer autre chose de bien plus riche… Une belle morale, peut-être un poil gentillette, pour un album assez simple, avec des dessins et des couleurs traditionnelles de chez Dupuis, du franco-belge classique mais efficace… Le scénario de Gibrat est original dans le sens où je m’attendais de sa part à quelque chose d’historique (comme dans Le sursis, Le vol du corbeau ou Mattéo), et au final il n’en est rien, l’histoire est tout à fait contemporaine, et on pourrait presque imaginer que « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »… Pour terminer, une critique sur le diptyque : l’album est de format classique (64 pages), je ne comprends donc pas spécialement le choix de ne pas publier ensemble les deux volumes, mais bon… Il me reste à chroniquer désormais le tome 2…

(Edit : un tome 3 est sorti hier ! Sacré hasard, ce n’était pas fait exprès !!)

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Doucettement, Hop BD, Lecturissime, Chroniques de l’imaginaire

Premières planches à voir sur Izneo.

BD fait de société, BD humour

Autobio*

AUTOBIO*, par Cyril Pedrosa (Fluide Glacial, 2008)

Autobiographie d’un trentenaire de gauche, père de famille un peu bobo et préoccupé par l’écologie. Ses enfants sont dans une école Freinet, on n’achète que des produits bio, on n’utilise que le vélo pour se déplacer, on désherbe à la main… Mais ce n’est pas toujours facile : vivent les saucisses cocktail bourrées de produits chimique, à bas les blettes et autres légumes pas bons des petits producteurs locaux et les noix de lavage qui laissent des traces sur les vêtements… Pas toujours facile d’être un consommateur responsable !!

Autobio* est un album clairement humoristique de par son format : un gag par planche. Le trait de Pedrosa (déjà lu sur ce blog avec les magnifiques Trois ombres et Portugal) est particulier, semblant donner du mouvement aux personnages et accentuant les détails pour mieux faire rire son lecteur. J’ai trouvé cet album sympa, frais, léger, aussi grâce aux couleurs vives employées. Sous un premier abord drôle, l’auteur aborde tout de même des thèmes pour le moins sérieux, dans lesquels on se retrouve (ou pas !). Cela fait parfois très parisien (enfin l’image qu’on a des parisiens, car je me doute bien qu’ils ne sont pas tous comme ça non plus), un peu extrémiste aussi, mais l’auteur use de beaucoup d’autodérision pour rendre les situations drôles. Il y a quelques passages particulièrement savoureux avec le propriétaire de la maison du héros, monsieur Carpucci, adepte des produits chimiques face à une famille qui veut éradiquer ces mêmes produits… Bref, vous l’aurez compris, j’ai bien rigolé lors de cette lecture. C’est un album intelligent et doté d’un humour qui devrait plaire à bon nombre de lecteurs ! Après mes petites recherches sur le net, j’ai trouvé qu’un tome 2 était sorti, à voir donc si je le trouve en bibliothèque, sinon ce ne sera pas bien grave…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Patacaisse, Saxaoul, Enna lit, A propos de livres

Aller voir du côté du blog de Cyril Pedrosa.

Interview de l’auteur sur cet album à lire sur Krinein.

BD fait de société, BD jeunesse

La vie sans portable

LA VIE SANS PORTABLE, par Gép et Edith Chambon (Editions Mouck, 2011, coll. graines d’ados)

Sonia est accro à son téléphone portable. Elle en a un depuis que ses parents sont séparés. Elle ne peut pas vivre sans, c’est presque le prolongement de son bras. Elle fait beaucoup de choses autres que téléphoner avec : envoi de messages, prise de photos, écoute de musique… Alors lorsque la prof de français lui confisque son si précieux portable qu’elle utilisait en cours, Sonia voit sa vie s’arrêter : sans les numéros de ses amis, sans ses photos, comment va-t-elle pouvoir continuer à avoir une vie sociale, et surtout à communiquer avec Salomé, le garçon dont elle est amoureuse ? Sonia va redécouvrir la vie d’avant-portable, et combien la communication avec le monde qui l’entoure est essentielle…

La vie sans portable est album qui mêle des paragraphes avec des cases et des bulles… C’est un album hybride, mélange entre l’album de bande dessinée et le roman illustré. Le dessin est dans des tons très 70s je trouve (marron, jaune), avec une unique et répétitive touche rouge : le bonnet de Sonia, qui la fait ressembler à une coccinelle… Il y a parfois des découpages dans du papier style kraft, pour tracer les bâtiments. Le trait est agréable, les personnages faciles à reconnaître. Aisée à lire, l’histoire ne comporte que 40 pages. Au niveau du scénario, le ton est parfois un peu facile, il suffit d’un mot de la grand-mère pour que Sonia comprenne que sa vie ne se résume pas à son portable (comme si ça se passait comme ça dans la réalité !)… De plus, les moments de vie sans le portable sont finalement moins nombreux que ceux avec, cela colle à peine avec le titre du livre. L’héroïne essaie de récupérer son portable dans le bureau de la prof, puis demande à ses amis de lui prêter le leur, et finalement c’est sa grand-mère qui va lui faire comprendre qu’il n’y a pas toujours besoin de son portable et qu’on peut aussi prendre le temps d’écrire à ceux qu’on aime… La morale est sympa mais un peu trop simpliste tout de même.  En ce qui me concerne, je suis moyennement convaincue par cet album, car pas personnellement concernée (j’arrive à avoir du recul avec mon téléphone, il m’arrive régulièrement de l’oublier, ce qui énerve certains de mes proches parfois!), je pense que cela peut tout de même plaire aux élèves, car c’est un sujet qui les concerne (presque) tous, et cela sonne très réaliste tout de même ! A noter enfin un autre bémol : une belle faute d’orthographe pour commencer le récit… Mais nul doute que cet album plaira tout de même aux élèves !

A partir de 9 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Délivrer des livres, Grignoteurs de livres jeunesse, Les lectures de Liyah, Enna lit

Quelques planches à voir sur le blog de la dessinatrice Edith Chambon.

BD engagée

Egaux sans ego

ÉGAUX SANS EGO, par un collectif d’auteur (Locus Solus / ÉPÉ), 2013, coll. Junior)

Recueil de cinq histoires portant sur l’égalité entre filles et garçons et la lutte contre les stéréotypes : l’image vestimentaire, le sport comme moyen de dépasser les stéréotypes de genre, la place, le rôle et les dérives des réseaux sociaux, l’orientation des filles et des garçons dans les filières scientifiques et techniques, les relations amoureuses. A chaque fois les récits ont été scénarisés sur la base de témoignages d’élèves et mettent en scène des adolescents lambda qui sont confrontés à des situations dérangeantes. Ainsi, une jeune fille subit des désagréments à cause de sa jupe, que certains estiment trop courte, trop provocatrice. Une autre est aveuglée par l’amour qu’elle porte à son compagnon, qui pourtant s’énerve et s’emporte contre elle fréquemment. Une autre est moquée à cause d’une photo dénudée qui circule sur les réseaux sociaux. Une classe discute des stages choisis et réagit lorsqu’une fille demande à effectuer le sien dans une entreprise de peinture en bâtiment, tandis qu’un garçon veut effectuer son stage dans une crèche… Enfin, un garçon et une fille avec le même prénom (Alix) tentent de montrer qu’ils ne sont pas forcément ce que les autres croient qu’ils sont…

Voici un album d’une maison d’édition finistérienne, en coédition avec une association qui a réalisé les scénarios (ÉPÉ : égalité par éducation). Il est clairement à destination des élèves, qui ne peuvent que se sentir concernés par au moins une des cinq histoires qu’il contient. A chaque fois il y a un court texte d’introduction par le dessinateur, qui permet de préciser le thème. Les dessins (d’Anne Rouvin, Gabrielle Piquet, Tatiana Domas, Laureline Mattiussi et Josselin Paris) sont à chaque fois très différents, parfois en noir et blanc, parfois en couleurs, quelquefois avec des décors, quelquefois sans. Ce qui est intéressant, c’est qu’on peut accrocher à un dessin, et ne pas aimer du tout le suivant. Mais on le sait à l’avance, c’est un peu le but du jeu avec ces albums collectifs… Les histoires sont assez courtes (une petite dizaine de pages pour chacune), et permettent d’aborder chaque sujet sans pour autant le creuser véritablement. Cet album pourrait être un point de départ d’un dialogue avec les élèves. Il est donc intéressant par sa thématique ; je ne sais pas si les élèves se dirigeront immédiatement vers lui lorsqu’ils le verront à la rentrée sur les présentoirs, mais cet album a au moins le mérite d’exister, et s’il permet de faire réfléchir en plus, c’est tant mieux !

Non mentionné sur l@BD, mais à partir de 13 ans selon Ricochet !

On en parle (trop peu) sur les blogs : Chroniques de l’imaginaire, Lirado,

Plus d’infos sur la construction de l’album dans la lettre d’octobre 2013 (en PDF) de la librairie Dialogues à Brest.

Quelques planches sur le site de Josselin Paris.

BD humour

Les madeleines de Mady, tome 2 : Toutes les filles ne sont pas des cordons-bleus

LES MADELEINES DE MADY, tome 2 : TOUTES LES FILLES NE SONT PAS DES CORDONS-BLEUS, par Madeleine Martin (Delcourt, 2011)

Adaptation en livre des chroniques quotidiennes de Mady sur son blog. Madeleine (Mady pour ses intimes) est une jeune femme citadine, pas douée en cuisine, très complice avec ses amies, et attachée à profiter de tous les moments de la vie, avec ses amis, sa famille, son chéri et son chat. Elle nous relate en dessin et avec humour tous ces moments, ses interrogations, ses doutes…

Voici un album girly, dans la veine de Pénélope Bagieu et Margaux Motin. Le dessin est très agréable, le trait vif, dynamique et moderne. Ça, c’était le côté positif. Côté négatif maintenant : j’ai eu du mal parfois à trouver le sens de lecture, je crois que je me suis mélangée parmi les bulles, et l’absence de cases m’a fait parfois perdre le fil. J’ai peut-être pris ce genre de lecture un peu trop à la légère. Certains propos sont intéressants et prêtent à sourire, d’autres au contraire ne m’ont pas fait réagir. Cet album se lit par petites touches, mais pas en une seule fois (personnellement, cela me gonflerait 125 pages de ce style en une seule fois). Bref, sympa à petites doses, mais sans plus…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Lire par plaisir, Pause Kikine, Y’a d’la joie, La bibliothèque de Vany

Voir le blog des Madeleines de Mady.

BD fait de société

Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?

PENDANT QUE LE ROI DE PRUSSE FAISAIT LA GUERRE, QUI DONC LUI REPRISAIT SES CHAUSSETTES ?, par Roger (dessin) et Zidrou (scénario) (Dargaud, 2013)

Récit de la vie quotidienne d’une vieille dame, Catherine Hubeau, et de son grand fils qui vit chez elle. Déficient intellectuellement suite à un accident, Michel est un adulte qui ne peut vivre seul, et a ses petites habitudes. Il passe ses journées aux « colibris », un centre pour adultes handicapés, il aime jouer au puissance 4, et ne peut rater un épisode de sa série préférée le soir à la télé. La vie s’écoule, plus ou moins paisible pour sa mère. Il faut dire qu’elle a plus de 70 ans et ne profite pas de sa retraite comme n’importe quelle personne âgée… Elle n’ose laisser son fils, même entre de bonnes mains, et lorsqu’elle part, ses pensées sont toutes dirigées vers son fils…

Cet album au titre improbable est sorti en septembre dernier, je l’ai lu il y a quelques temps déjà, mais j’ai eu du mal à le chroniquer. En effet, le récit est très touchant, on ne peut pas lire la vie d’une telle dame sans être touchée par ce qu’elle vit. Elle a des moments où elle faiblit, mais se reprend ensuite et n’est jamais résignée. Elle est toujours aux côtés de son fils, mais heureusement qu’elle a quelques amis et une fille qui la soutiennent, lors des moments difficiles. Bref, le sujet n’est pas facile, mais est toujours bien abordé sans verser dans le pathos. J’ai vu cet album comme une ode aux mamans courageuses. Le scénario de Zidrou est donc très bien construit. Je pensais au départ avoir affaire à une seule et même histoire, mais au final ce sont des chapitres isolés les uns des autres (mais titrés), avec en lien conducteur les personnages de Catherine et de Michel. Ces bribes de vie quotidienne permettent de retracer un quotidien pas toujours rose, mais toujours empli d’amour. Concernant le dessin, je l’ai trouvé très approprié au propos : réaliste, montrant la vie telle qu’elle est, sans chercher à enrober ou masquer la vérité. Les couleurs sont elles aussi adaptées au récit, avec des planches entières dans les mêmes tons, qui confèrent une sacrée ambiance à cette histoire. J’ai aussi beaucoup aimé la couverture, dont il faut regarder les détails : au départ je n’avais pas vu que Michel tenait la main de quelqu’un, puis en ouvrant complètement l’album, j’ai vu de qui il s’agissait sur la 4ème de couverture.

Pendant que le roi de Prusse…, malgré son titre à rallonge,  est un album à ne pas manquer !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Parlonzalabib, Une autre histoire, A voir à lire, Un amour de BD, Chroniques de l’invisible

Le début de l’album est à lire sur Izneo.

BD hors de nos frontières

New-York trilogie, tome 3 : les gens

NEW-YORK TRILOGIE, tome 3 : LES GENS, par Will Eisner (Delcourt, 2008, coll. Contre-bande)

Suite et fin du tome 2. Ce volume-là regroupe trois histoires : « Sanctum », « Le pouvoir » et « combat mortel ». « Sanctum », c’est l’histoire d’un homme dont la publication par erreur de l’avis nécrologique va constituer le début de sa descente aux enfers : perte de son logement, perte de son travail… Personne ne veut le croire lorsqu’il affirme qu’il est vivant, sa seule famille qu’il ne fréquentait plus va s’intéresser à l’héritage, tel un vautour, et finalement il va mourir par accident et celle qui a écrit par erreur l’avis de décès va être récompensée pour son sérieux !! « Le pouvoir » retrace l’histoire de Morris, un homme qui a un pouvoir de guérison et s’en sert sans trop savoir comment ni pourquoi il fonctionne. Il vit de petits boulots, un temps avec une diseuse de bonne aventure, quelque peu arnaqueuse, alors que lui croit en l’humanité et en l’honnêteté. Lorsqu’elle le jette dehors, il erre, SDF, mais rencontre un pasteur qui lui remet le pied à l’étrier. Son pouvoir revient, mais le pasteur le met dehors, n’appréciant guère. Il met en place son commerce de guérisseur, qui marche bien, les voisins se demandent ce qui se passent, mais voient les effets. C’est le retour du succès jusqu’au retour de son ex-femme… « Combat mortel », dernière histoire, retrace la vie d’une femme qui a passé les 40 années de sa vie à s’occuper de son père, et qui une fois celui-ci décédé, elle décide de vivre pour elle. Elle rencontre à son travail Herman, un cinquantenaire qui vit avec sa mère. Les deux passent de plus en plus de temps ensemble, jusqu’à ce que Hilda parle de mariage. Hermann s’y oppose : comment ferait sa mère ? Il invite tout de même Hilda chez lui, et la rencontre entre les deux femmes se passe mal. La mère met au point un plan machiavélique, qui vire au drame pour elle. Mais même handicapée, elle parvient à ruiner les espoirs d’Hilda…

Le troisième tome de la trilogie regroupe de vraies histoires développées. Ce ne sont plus des instantanés de la vie en ville, mais bien trois situations bien différentes, dont certaines pourraient être vécues ailleurs qu’en ville d’ailleurs. La première, « Sanctum » est ironique et tragique à la fois. L’auteur montre la solitude,l’individualisme et le chacun pour soi, dans une situation inextricable, qui va mal finir pour l’intéressé. La seconde n’est pas plus joyeuse, là encore, l’homme est seul la plupart du temps. Il y a un petit côté fantastique (le pouvoir) intéressant, lié aussi aux croyances. Eisner souligne dans cet épisode le rythme frénétique de la vie en ville, avec des cases où il dessine les gens qui marchent dans la rue (ou qui courent presque, pour certains), et la situation de beaucoup de personnes pendant la grande dépression. Enfin la troisième histoire marque l’égoïsme de la mère qui veut garder son fils à la maison coûte que coûte. Cette histoire est là encore dans le registre tragique, avec la fin que je n’attendais pas aussi soudaine. Des trois albums, je crois que j’ai préféré ce dernier, car les histoires sont bien développées, alors que les autres albums avaient plus tendance à donner une vision de la ville par petites touches, ce qui n’était pas inintéressant non plus. Avec New-York trilogie, je découvre un auteur que je ne connaissais pas, et son dessin très agréable, réaliste, sans exagération et parfois empli de poésie, me donne envie de continuer avec d’autres titres de cet auteur décédé en 2005…

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Critiques libres, Carnets de sel, Chaplum, IDDBD

BD hors de nos frontières

New-York trilogie, tome 2 : l’immeuble

NEW-YORK TRILOGIE, tome 2 : L’IMMEUBLE, par Will Eisner (Delcourt, 2008, coll. contre-bande)

Suite du tome 1. Récit autour d’un immeuble new-yorkais. Les histoires de quatre personnages décédés sont toutes liées à un immeuble, qui s’est tenu pendant 80 ans à l’intersection de deux avenues, avant d’être démoli et remplacé par un autre building à l’allure plus moderne, tout en verre, mais avec moins d’âme. Un homme bon mais seul voit un accident se dérouler juste devant l’immeuble, et cela va changer le cours de sa vie. Un autre homme vit une histoire d’amour avec une femme qui le quitte pour épouser une meilleure situation, avant de revenir vers lui, une fois malade. Une violoniste jouait tous les jours devant l’entrée de ce même immeuble, même pendant sa démolition. Enfin, le dernier homme est celui qui va faire démolir l’immeuble pour en faire un nouveau et moderne à qui il va donner son nom, avant de mourir en ayant fait faillite…

J’ai beaucoup aimé ce récit d’environ 80 pages intitulé « l’immeuble », car finalement les histoires des 4 personnages se recoupent à la fin. Il y a aussi un petit côté fantastique intéressant et subtil. Chaque personnage a eu une vie particulière qui l’a amené auprès de ce bâtiment, qui est finalement le héros de l’histoire. Les destins des quatre personnes sont au final assez tristes, et peuvent être représentatifs de la vie en ville. J’ai trouvé que Will Eisner mettait l’accent sur la solitude, le chacun pour soi, l’égoïsme. Il dessine donc un récit assez grave, qui peut nous faire prendre conscience que la vie citadine n’a pas que des avantages. La seconde partie de l’ouvrage s’intitule « carnet de notes sur les gens de la ville ». On voit Will Eisner et son carnet de dessin, il observe ce qui se passe dans la rue et « croque » les bonnes situations, en quelques cases ou quelques planches. Il y a peu de textes, dans ces historiettes qui font parfois sourire, et cela se lit pourtant très bien, à condition d’être observateur. Le trait est toujours aussi agréable, toujours aussi expressif. Bon nombre de situations se retrouvent dans n’importe quelle ville, comme par exemple la double page où un homme circule sans problème dans un quartier assez animé, et où le soir, dans cette même rue,avec les mêmes personnages secondaires, il rase les murs et essaie de la traverser le plus vite possible, de peur d’une mauvaise rencontre. J’ai aussi beaucoup aimé l’histoire où l’homme ne fait que regarder sa montre toute la soirée avec sa compagne, au restaurant, au spectacle… et la chute qui s’en suit lorsqu’il doit se lever le lendemain matin. La scène avec les odeurs de ville est aussi bien trouvée, l’auteur parvient presque à nous les fait sentir à travers son dessin, c’est impressionnant ! Bref, j’ai préféré ce second tome au premier, un peu trop décousu pour moi. On va poursuivre prochainement avec le troisième et dernier volume !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Stemilou books (seulement sur la nouvelle « le building »), Blog Bd de Mediapart, Yozone, Carnets de sel

Consulter le site officiel de Will Eisner (en anglais)

BD hors de nos frontières

New-York trilogie, tome 1 : La ville

NEW-YORK TRILOGIE, tome 1 : LA VILLE, par Will Eisner (Delcourt, 2008, coll. contre-bande)

Chronique de la vie quotidienne à New-York, ville dans laquelle est né et a vécu l’auteur. Il nous montre ses habitants, ses lieux plus ou moins visibles, des instants de vie… pour montrer tout l’amour qu’il porte à sa ville.

J’ai choisi cet album pour son auteur, je savais qu’il était réputé comme étant un maître de la BD américaine, j’ai donc emprunté ce tome sans même l’ouvrir, en me disant que vu la jolie couverture, la suite ne pourrait être qu’intéressante. Et bien j’ai été quelque peu décontenancée par cet album, qui ne contient pas une histoire mais bien des histoires. Eisner aime tellement sa ville qu’il en a observé et retranscrit les moindres détails : les perrons, les fenêtres des immeubles, le métro, les ordures… Il raconte donc en une case ou plusieurs planches des mini-aventures autour de ces lieux, par exemple les gens qui passent au-dessus d’une bouche de métro, chacun avec leur histoire, et qui perdent un objet, que des enfants s’empresseront de remonter ensuite… Vous l’aurez compris, ce fut une lecture un peu compliquée au départ, mais finalement une bonne découverte. Les personnages sont en effet très bien dessinés, très expressifs (sans pour autant être exagérés), et le crayonné est magnifique, changeant souvent d’angle de vue, pour dynamiser le récit. Souvent il n’y a pas besoin de bulles pour faire passer le message, j’ai trouvé ça très agréable, car il faut observer pour comprendre, on prolonge donc le plaisir de la lecture. De plus, Eisner met l’accent sur du mobilier urbain ou des éléments de la ville qu’on ne regarde même plus ; après la lecture, on ne se promènera plus en ville de la même façon. Je pense donc continuer avec les deux autres tomes prochainement… 

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : La biblio de Silvi, Pause Kikine, Carnet de voyage New-York, Littexpress