London panic ! [roman]

LONDON PANIC !, par Marie-Agnès Vermande-Lherm (Sarbacane, 2016, coll. Exprim’)

Lucie est en classe de seconde et n’en fait absolument pas une en cours d’anglais. Elle a un niveau si pitoyable que la prof d’anglais décide de ne pas l’emmener lors du prochain voyage. Lucie est dégoûtée, mais elle ne veut pas perdre la face, elle souhaite tellement se rendre dans la capitale britannique… Alors elle va échafauder un plan pour parvenir à ses fins. Elle prend contact avec Abu, un camarade indien qui a de la famille en Angleterre. Celui-ci peut lui fournir un travail là-bas pendant les vacances de Noël, chez un de ses oncles. Mais Lucie n’a pas suffisamment d’argent pour se payer le billet d’Eurostar, et fait donc comme si, sauf qu’à la gare du Nord, elle se retrouve coincée… Une rencontre improbable avec une une franco-anglaise va lui sauver la mise, mais la voilà embarquée pour une drôle d’aventure dans une famille bourgeoise londonienne, dont la mère a mystérieusement disparu… Cependant, ces personnages hauts en couleur vont faire grandir Lucie…

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Tu sais ce qu’on raconte

TU SAIS CE QU’ON RACONTE, par Gilles Rochier (scénario) et Daniel Casanave (dessin) (Warum, 2017)

Dans une petite commune comme il en existe des milliers en France, un jour comme un autre, une rumeur enfle de plus en plus : le fils Gabory serait revenu, des années après avoir quitté la commune. Oui, mais pourquoi ? Y a-t-il un lien avec l’affaire à laquelle il a été mêlé il y a quelques années ? Ou serait-ce juste pour rendre visite à sa famille ? Du cantonnier à la coiffeuse, de la mère de famille au pilier de comptoir, du médecin au déménageur, chacun des habitants y va de sa supposition, de son avis ou de son interprétation plus ou moins fausse…  Lire la suite

Merci

MERCI, par Zidrou (scénario) et Arno Monin (dessin et couleurs) (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Merci est une adolescente un peu rebelle et au look gothique, élevée par une mère à la santé défaillante. Elle vit à Bredenne, petite commune au milieu de la campagne de la Marne. Avec deux de ses amies, une nuit, elle tague la façade de la maison de son prof de maths, suite à une de ses remarques qu’elle a mal prise. Un juge un peu particulier, critiqué pour ses prises de position parfois hors du commun, décide de lui faire passer 150 heures dans la mairie de sa commune, pour y développer des projets pour les adolescents de la ville. Il faut dire que la jeune fille ne manque pas d’idées, et va secouer les adultes…

Encore un Zidrou sur ce blog ! Pourtant, je ne les ai pas tous lus, il y en a tellement que c’est bien difficile à suivre… Celui-là, je l’ai réservé parmi les nouveautés de la bibliothèque, sans trop savoir le sujet, d’autant plus que le titre ne me paraissait pas avoir de lien avec l’illustration de la couverture. Et pourtant, une fois cet album ouvert, on comprend que ce drôle de prénom cache une héroïne pleine de caractère, déterminée à améliorer sa situation et celle des gens de son âge. Avec ses copines aux prénoms des chanteuses d’Abba, elle n’est pourtant pas un ange. Elle serait plutôt du genre rebelle, mais une rebelle un poil râleuse qui va tenter de changer les choses. Pour son caractère particulier, cette héroïne est vraiment attachante. Ses remarques sont très pertinentes, et répondent avec humour au discours des adultes. La scène chez le juge, dans son bureau au tribunal des enfants, est particulièrement savoureuse. Les scènes avec les employés municipaux sont elles aussi assez drôles, car la jeune fille parvient à remettre en cause, en douceur, certains immobilismes des adultes; elle a un regard neuf sur ce qui se passe dans la ville. Merci est un album qui fait du bien, l’héroïne parvient à se faire apprécier et à faire changer les choses, doucement mais sûrement. Les personnages secondaires sont bien exploités : ils sont parfois un peu fous (les parents de ses amies, fans de Abba au point de donner les prénoms suédois des chanteuses à leurs filles, ou encore le grand-père communiste), mais attachants eux aussi. Bref, le scénario, même s’il est parfois léger et pas inoubliable, est fluide et très agréable à suivre. Il n’y a pas d’étalage de bons sentiments, même si certaines situations sont assez manichéistes (le portrait du maire n’est pas à sa gloire, bien au contraire…). Le thème de la politique communale est assez rare dans une BD qui s’adresse aux ados, et rien que pour cela, cet album est vraiment à lire. Le dessin d’Arno Monin est quant à lui très joli, comme à son habitude (L’enfant maudit tome 1 et tome 2, L’envolée sauvage tome 1 et tome 2). Les couleurs, attrayantes et réalistes, mettent en valeur le scénario, et contribuent à le rendre très actuel. Merci est une bonne petite lecture, qui même si elle ne fera pas forcément date, permet de passer tout de même un agréable moment.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Un amour de BD, Mille et une frasques, Livresse des mots, Chroniques de l’invisibleLes billets de Fanny, La bibliothèque du dolmen, Un petit bout de bib

Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Stéphie.

Le sourire du clown – intégrale

LE SOURIRE DU CLOWN, le récit intégral, par Luc Brunschwig (scénario) et Laurent Hirn (dessin et couleurs) (Futuropolis, 2013)

En 1989, la roulotte de deux clowns âgés, Groko et Clock, s’installe pour l’été dans la cité des Hauts-Vents, un quartier de banlieue assez isolé de la ville par sa situation géographique, en haut d’une colline. L’un de deux clowns devient ami avec un jeune garçon blond habitant dans la cité, Djin, dont la mère, bonne du curé du quartier, est dépressive depuis que son mari a été expulsé de France. Dépressive, sur un coup de folie, elle tue Groko d’un coup de revolver, et est envoyée en prison pour 10 ans. Choqué par ce meurtre auquel il a assisté, Djin devient muet et est recueilli par son oncle et sa tante. Clock, le clown restant, est resté dans le quartier, et a monté une école de cirque pour les enfants et adolescents. Les années passent, et alors que la mère de Djin sort de prison mais n’ose revenir dans le quartier où tous la prennent pour folle, un soir d’hiver, un prêtre est envoyé dans le quartier, et reprend en main l’église abandonnée depuis le départ de son prédécesseur quelques années plus tôt… Ses méthodes sont pourtant loin d’être catholiques, et ses hommes de main ne sont pas des enfants de chœur non plus… Alors que Clock le clown est assassiné, un habitant du quartier, journaliste qui veut donner une meilleure image à la cité, enquête… Un jeune homme, Rachid, est accusé… Le nouveau curé aurait-il à voir avec ces récents événements ?

Cette intégrale du « sourire du clown » regroupe les 3 tomes d’une série parue initialement entre 2005 et 2009. L’album fait donc 200 pages, et permet de tout lire d’une traite, sans avoir les coupures des albums originaux. Le récit est dense et le scénario noir. Le peu d’humanité est souvent détruit par les habitants, jeunes ou moins jeunes, et certains non-dits ruinent tous les efforts de certains habitants à améliorer la situation dans ce quartier délabré. Les relations sont tendues entre les différents habitants de la cité des Hauts-Vents, endroit isolé de la ville, banlieue délaissée où la réputation de violence est tenace. Les personnages ne sont pas spécialement attachants, et les auteurs prennent largement le temps d’installer chacun d’entre eux. Les allers-retours dans le temps sont assez fréquents, et permettent au fil de la lecture de comprendre les raisons de la violence et des relations compliquées entre les gens. L’histoire est sacrément bien menée, et on se doute au fil des cases que le curé n’a pas spécialement de morale et qu’il utilise ses « ouailles » comme bon lui semble. Le dessin est particulier au niveau des portraits, chacun d’entre eux étant très travaillé, chaque gueule étant vraiment reconnaissable. Le trait est pourtant assez doux, et on entre vite dans l’histoire avec un tel trait agréable. Les couleurs sont un peu ternes, mais peut-être est-ce dû au type de papier mat utilisé pour cet album. Les couleurs contribuent à l’ambiance parfois malsaine de l’histoire et aux situations de violence. Le sourire du clown est un album ardu mais intéressant sur le malaise dans les cités de banlieue, et les situations qui peuvent dégénérer avec les comportements de certains mal-intentionnés. Une découverte intéressante, qui m’incite à aller voir d’autres productions de ces auteurs, en duo ou en solitaire…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chez Lorraine, A chacun sa lettre, Chroniques de l’invisible, Samba BD

Premières planches du tome 1, du tome 2 et du tome 3 à voir sur Izneo.

Visiter le site du dessinateur Laurent Hirn.

La petite fille en rouge

LA PETITE FILLE EN ROUGE, par Roberto Innocenti (histoire et illustrations) et Aaron Frisch (texte) (Gallimard, 2013)

Sophia vit avec sa mère, à l’orée d’une forêt de briques et de béton, une ville. Elle doit apporter des oranges, du miel et des biscuits à sa grand-mère qui vit de l’autre côté de cette forêt. Pour s’y rendre, elle doit traverser le bois, qui est en réalité un gigantesque centre commercial. La maman de Sophia lui conseille de ne pas s’écarter de son chemin, et Sophie est une petite fille sérieuse. Elle prend donc la route, et arrive au bois, un monde à lui tout seul, regorgeant de couleurs, de bruits et de tentations… Sophia flâne devant les vitrines, et décide de sortir du bois, mais elle se trompe de sortie et atterrit dans un quartier qu’elle ne connaît pas. Agressée par un groupe de voyous, Sophia est libérée par un motard-chasseur aux grandes dents… Sophia lui raconte sa visite chez sa grand-mère et l’homme lui promet de l’y amener, mais une fois sur la route, il l’abandonne sous un faux prétexte… Qui des deux arrivera en premier chez la grand-mère ?

Récemment à la bibliothèque, les nouveautés présentées concernaient les albums jeunesse. J’en ai emprunté plusieurs en ne me fiant qu’à leur couverture. Cet album-là a une couverture riche, regorgeant de détails. J’ai bien pensé en le voyant au conte du petit chaperon rouge, mais sans vraiment voir où cela pouvait en venir. Et bien, il s’agit vraiment d’une réécriture-adaptation du conte dans un monde moderne, où les loups et autres prédateurs n’ont pas forcément la tête de l’emploi, et où la forêt regorge de multiples dangers. L’histoire est bien menée, même si on connaît la trame de l’histoire, et j’ai aimé les dessins aux multiples détails. Par exemple sur les doubles pages où Sophia est dans le centre commercial, on a de nombreuses enseignes détournées de commerces très connus : restaurants, boissons, marques de luxe, ainsi que des personnalités… et c’est un plaisir de les dénicher, un peu comme lorsqu’enfant, on jouait à « où est Charlie ? ». Le texte est toujours très lisible, dans un cadre coloré sous le dessin. Les images prennent vraiment une bonne partie des pages, mais il reste parfois de grands espaces blancs qui éclaircissent des illustrations parfois foncées. J’ai beaucoup aimé le trait très esthétique de Roberto Innocenti, à la fois réaliste et foisonnant de détails, tout en ayant une expressivité particulière des visages des personnages. Il y a un petit côté désuet non désagréable dans ces peintures, et même si le cadre dans lequel évolue la petite fille est assez glauque et malsain, j’ai lu cet album avec plaisir, surtout qu’il y a deux fins proposées et qu’on peut choisir celle qui nous convient le plus !

A partir de 8 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Littérature a blog, La bibliothèque de Noukette, Songe d’une nuit d’été, Croquelinottes, Lili les merveilles

Album lauréat du prix Sorcières 2014.

Des pistes pédagogiques proposées sur le site Séries littéraires (après la présentation et l’analyse)

7/10