Au nom du fils

AU NOM DU FILS, par Serge Perrotin (scénario) et Clément Belin (dessin) (Futuropolis, 2016)

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Michel est ouvrier métallurgiste sur les chantiers de Saint Nazaire. Avec Marie son épouse, il a un fils unique, Etienne. A 23 ans, reçu à son diplôme d’ingénieur, ce dernier décide de partir passer une année sabbatique en Amérique du Sud. Lui qui n’avait jamais pris l’avion est fasciné par le voyage, depuis qu’enfant il lisait et relisait les aventures de Tintin, et tout particulièrement celui sur le temple du soleil. Ses parents, spécialement son père, ne sont pas très chauds à cette idée de voyage, alors que leur fils aurait un poste tout trouvé aux chantiers. Mais ils le laissent tout de même partir. Etienne se rend en Amérique du sud, voyage beaucoup et donne peu de nouvelles à ses parents restés en France. C’est alors qu’un jour aux informations, on apprend qu’un groupe d’étrangers a été enlevé en Colombie par un groupe encore indéterminé, Farc ou ELN. Etienne fait partie de ces otages, et le ministère des affaires étrangères appelle les parents du jeune homme. Sur un coup de tête, Michel, qui n’a jamais quitté la France, décide de se rendre sur place pour retrouver Etienne. Il découvre alors la vie colombienne, et de fil en aiguille trace le portrait d’un fils qu’il ne connaît pas, en rencontrant des jeunes gens, voyageurs-baroudeurs pour la plupart, qui ont côtoyé son fils. Il rencontre même la petite amie de son fils. Mais il va lui falloir patience, détermination, et chance, pour retrouver son Etienne, alors que tout le monde lui conseille de rentrer au pays et d’attendre… Lire la suite

Alvin, tome 2 : le bal des monstres

ALVIN tome 2 : LE BAL DES MONSTRES, par Renaud Dillies et Régis Hautière (Dargaud, 2016)

Suite et fin du tome 1. Gaston et le jeune Alvin ont traversé le pays jusqu’au bayou, pour retrouver la famille du petit orphelin. Ils se retrouvent à Crapeville, une petite ville où les gens différents ne sont pas bien vus… Les préjugés sur ceux qui ont un bec vont bon train, alors que ceux qui ont un museau sont bien mieux considérés…

Quelle joie de retrouver Alvin et Gaston, accompagnés de l’étrange et muet Jimmy, porteur du chapeau d’Abélard. L’histoire est vraiment jolie et poétique avec les fameuses phrases du héros du diptyque précédent, même si le sujet n’est pas bien réjouissant au départ. Les petites phrases du chapeau d’Abélard sont parfois très pertinentes, d’autres fois très décalées et sans lien avec l’histoire, et de ce fait bien drôles. Le jeune Alvin est comme les autres enfants : naïf et innocent, il pose des questions qui dérangent parfois et auxquelles Gaston doit trouver des réponses. Au-delà des héros de cette histoire, la ville de Crapeville n’est pas présentée sous son meilleur jour, entre racisme de ses habitants et intégrisme religieux du prédicateur qui incite les habitants à se soulever les uns contre les autres, simplement par peur de la différence. Ce côté philosophique est intéressant et apporte une touche différente, au-delà de la simple histoire du jeune garçon. L’histoire fait s’interroger sur la différence physique (bec contre museau), mais aussi sur les religions qui peuvent influencer les personnes. Au niveau graphique, j’ai aimé retrouver le trait si particulier du tome précédent. De plus, les couleurs pastels sont toujours très agréables à regarder, et les nombreuses hachures viennent agrémenter les cases de façon originale. Rien de nouveau par rapport au tome précédent et à Abélard, c’est toujours aussi bien !

Alvin fait partie des albums qu’il est bon d’avoir dans sa bibliothèque. L’objet en lui-même a de très bonnes finitions: papier épais et mat, couverture épaisse également. C’est vraiment une histoire à découvrir, si ce n’est pas déjà fait !

Non mentionné sur l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

Alvin tome 1  l’héritage d’Abélard

ALVIN tome 1 : L’HÉRITAGE D’ABÉLARD, par Renaud Dillies et Régis Hautière (Dargaud, 2015)

Gaston est un ours qui vit à New York où il participe à la construction de la ville. Il est célibataire, sans aucune attache et est bien seul depuis que son ami Abélard est mort. Alors il passe son temps libre dans les bars, et fréquente de temps à autre, les jours où il reçoit sa paie, Purity, une prostituée avec laquelle il aime beaucoup parler, mais jamais de lui. Un jour, un concours de circonstances va faire qu’il va recueillir le fils de son amie prostituée décédée subitement. Avant de mourir, il lui promet de donner les économies à la nourrice, mais celle-ci ne supporte plus cet enfant qui répond de façon insolente et le lui confie. Ne pouvant faire autrement, Gaston héberge le jeune garçon quelques temps, le temps de lui trouver une solution, et finalement, les deux prennent la route… La cohabitation entre les deux au fort caractère n’est pas toujours facile…

Je retrouve avec plaisir Gaston, le compagnon d’Abélard, le petit poussin philosophe-poète qui avait tant conquis la blogosphère il y a quelques années. Le premier héros n’est plus, mais il reste tout de même une trace de lui, avec son chapeau d’où sort quotidiennement une phrase, une maxime, une pensée philosophique. Gaston l’ours au caractère grognon s’avère être un héros que l’on suit avec plaisir, qui cherche à faire du bien autour de lui, et qui va se démener pour un jeune garçon qu’il ne connaît pas mais dont il a fait la promesse à sa mère de s’occuper. L’histoire racontée de cette façon peut être vue comme à la fois tendre et triste, mais surtout elle n’est pas remplie de sentiments mièvres, et ça c’est un sacré point positif. Les références à Abélard, avec le chapeau et les citations pleines de poésie, sont plusieurs fois présentes. Aussi je pense qu’il est préférable d’avoir lu le diptyque précédent pour saisir toutes les subtilités de cette nouvelle histoire, qui traite de la perte de la mère (d’Alvin) et de la perte de l’ami (de Gaston). J’ai aussi aimé les thèmes de la rencontre avec l’autre et de la différence qui sont abordés sur la deuxième partie du livre, avec les questions quasi-philosophiques dans la bouche de l’enfant, et les réponses très différentes par un Gaston très terre à terre et un montreur de foire très axé sur la religion. Les dialogues ne sont pas si anodins qu’ils en ont l’air au premier abord, et je trouve cet aspect-là très réussi. Graphiquement parlant, le dessin est exactement comme dans Abélard, toujours rempli de hachures, et il est toujours très agréable à l’œil. Les couleurs sont soignées. J’aime bien quand le dessinateur part un peu « en vrille », et arrive à rendre intéressants des passages qui au départ ne le sont pas spécialement : par exemple avec la carte du périple de Gaston et Alvin, ou encore avec le temps qui défile, représenté de façon métaphorique. En plus, cerise sur le gâteau, cet album est un bel objet, de grande taille et avec du beau papier mat. Que demander de plus ? Lisez cet album si cela n’est pas déjà fait, car c’est de la BD de qualité, sans nul doute.

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 10 ans.

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Cet album participe à , cette semaine chez Stéphie.

Les beaux étés, tome 1 : cap au sud !

LES BEAUX ÉTÉS, tome 1 : CAP AU SUD !, par Zidrou (scénario) et Jordi Lafebre (Dargaud, 2015)

Retour sur l’été 1973, avec une famille belge qui part avec quelques jours de retard en vacances dans le sud de la France avec ses quatre enfants. Le voyage se déroule sur plusieurs jours dans une 4L bien remplie. Les arrêts sont nombreux, pour remplir le réservoir, pour déjeuner ou encore pour profiter de jolis petits coins au bord de l’eau, où la joyeuse famille passe d’agréables moments. Le retour au plat (et pluvieux) pays  va cependant se faire plus vite que prévu, mais cela n’entame pas la bonne humeur apparente…

Voici un album que j’ai dévoré d’une seule traite, j’ai retrouvé avec plaisir les scénarios de Zidrou et le trait de l’espagnol Jordi Lafebre, les auteurs du magnifique et émouvant Lydie il y a quelques années. Là, on n’est plus dans le même registre, du moins au premier abord : l’histoire de ce récit de vacances (souvenirs autobiographiques ?) est très réaliste et parfois drôle, magnifiée par une mise en couleurs très lumineuse et quelquefois vintage. Le style 1970 est aussi respecté dans les tenues et les lunettes, j’ai beaucoup aimé ces clins d’œil ; même si je ne suis pas de cette génération-là, cela m’a fait penser aux photos jaunies dans les albums de mes parents. Quelques répliques sont savoureuses et les personnages des enfants ne sont pas étrangers à cela. Chacun d’entre eux a son petit moment avec lequel on en apprend plus sur lui. La plus craquante, je trouve, est Paulette, la petite dernière avec ses erreurs de prononciation. L’histoire prend par moments une tournure un peu plus grave, avec les problèmes de couple des parents qui font tout pour les cacher aux enfants, le temps de leurs dernières vacances ensemble… Mais cela ne constitue pas le fil directeur de l’histoire, et on sent que la famille est mise en avant sur les problèmes conjugaux. L’histoire est souvent pleine de gaieté et de bonne humeur, avec parfois des clichés, mais qui sont bien exploités pour faire rire le lecteur (j’ai aimé ceux sur la Belgique, ses frites et sa drache [très forte ondée belgo-belge]). Le trait magnifique de Jordi Lafebre sait donner vie à des personnages touchants, que j’aurai grand plaisir à retrouver dans le tome suivant qui se déroulera en 1969. Voici un album coup de cœur dont j’attends désormais très impatiemment la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Cet album participe à , cette semaine chez Noukette.

La lune est blanche

LA LUNE EST BLANCHE, par Emmanuel et François Lepage (Futuropolis, 2014)

Emmanuel Lepage repart en expédition dans l’Antarctique. Cette fois, la proposition lui est faite avec son frère François, photographe. Il s’agira d’atteindre le continent et de convoyer jusqu’à la station Concordia, à 1200 kms au coeur du continent froid et hostile. Avant cela, il y a les aléas du départ, l’embarquement sur le bateau, la rencontre avec les hivernants… Les deux frères consignent tout cela dans leur carnet de voyage.

Cet album est énorme, en taille et en poids, avec près de 250 pages en grand format, complété avec des photos et notes personnelles à la fin. Cet album fat parfois référence à l’expédition précédente d’Emmanuel Lepage, qui s’est matérialisée dans « Voyage aux îles de la désolation« . Personnellement, j’ai préféré ce premier volume, car j’ai eu l’impression qu’il y avait plus de contact avec les autres personnes, plus de portraits retracés. J’ai aussi eu une sensation de lenteur avec cette lune est blanche. L’histoire y est plus personnelle, les personnages rencontrés sont moins présentés, et il se passe aussi moins de choses (les 13 jours à traverser l’Antarctique, de la base Dumont d’Urville à Concordia, sont assez répétitifs). Il y a aussi pas mal de développements historiques au début de l’album, avec les premiers découvreurs et explorateurs de cette terre du bout du monde. Personnellement, j’ai trouvé cela très intéressant, même si cela retarde le démarrage de l’histoire des frères Lepage. J’ai plus considéré cet album comme une introspection de l’auteur Emmanuel, entrecoupé de courriers de François le photographe à sa femme restée en Europe. Il n’empêche que cet album retrace un sacré voyage, qui n’est pas donné à tout le monde. Graphiquement, il est magnifique : les photos se mêlent agréablement au dessin somptueux, à tel point que parfois on a du mal à distinguer les dessins des photos. Les tons sont très polaires, avec bien peu de couleurs sauf le bleu du ciel, immensément et intensément bleu. Les quatre autres couleurs utilisées sont le blanc, le noir et le gris, avec quelques touches de sépia et de marron selon les moments. Cet album contient en plus de magnifiques doubles pages. J’en retiens une incroyable impression de voyage dans ce climat extrêmement rude (avec jusqu’à -70°C à Concordia, on n’a pas à se plaindre à la moindre petite gelée !) et de formidables défis humains relevés malgré les difficultés. Sacré coup de chapeau aux auteurs, qui parviennent à faire un album très intéressant avec une histoire où finalement il n’y a pas tant d’action que cela, en tout cas pas toutes les deux pages. C’est pour moi un incontournable de la production récente.

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur Digibidi.

Cet album a reçu le prix France Info de la bd d’actualité et de reportage 2015.

Interview des deux frères à l’occasion de la sortie de cet album au festival de St Malo, par un amour de BD.

Rouge karma

ROUGE KARMA, par Eddy Simon (scénario) et Pierre-Henry Gomont (dessin) (Sarbacane, 2014)

Adélaïde, enceinte de huit mois, arrive à Calcutta pour signaler à la police la disparition de Matthieu, son compagnon et père de son enfant à naître. Dès l’aéroport, elle fait la connaissance d’Imran, jeune chauffeur de taxi qui va l’aider dans ses démarches et la guider dans cette grande ville inconnue. Sans passer à l’hôtel, la jeune femme dépose plainte au commissariat, mais l’inspecteur ne trouve aucune trace administrative de Matthieu. Adélaïde, que personne ne prend au sérieux en France ou en Inde, décide alors de mener ses recherches seule, aidée d’Imran qui va lui dévoiler des parts de culture indienne. La Calcutta qu’elle va découvrir est bien loin de celle des guides touristiques, et la raison de la disparition de Matthieu va s’avérer cacher un secret d’état et une possible crise diplomatique…

Rouge karma est un album à la couverture très colorée qui correspond tout à fait à l’esprit de l’histoire qui se situe en Inde, pays multicolore s’il en est. J’ai aimé cette histoire qui se développe sur 128 pages, même si quelques facilités dans le scénario m’ont un peu dérangée : un appartement vide trouvé un peu trop facilement, une confiance presque aveugle envers le chauffeur de taxi auquel Adélaïde ne pose pas aucune question… Sa venue en Inde est elle aussi assez improbable : prête à accoucher, elle a l’air d’avoir une forme olympique presque tout le temps, elle ne se ménage pas vraiment et son ‘état’ n’a pas l’air d’inquiéter plus que cela. Mais mis à part ces quelques bémols, cet album est vraiment très instructif sur l’Inde, ses croyances, ses traditions, son mode de vie, ses habitants. Mine de rien, il est riche en informations et en détails, tellement qu’on entendrait presque le bruit des rues de la mégapole indienne ! Vraiment, ça donne envie de voyager, si on excepte la corruption et les vols… Il aborde aussi dans la dernière partie de l’album une thématique politico-écologique intéressante, ce qui n’est pas négligeable non plus. J’ai lu sur le site de l’éditeur que le scénariste habite en Inde, ce qui donne encore plus de crédit à cet album. Le dessin de Pierre-Henry Gomont, que je découvre là, contribue également à cette envie de voyage : il est très agréable, un peu désarçonnant au départ car pas toujours très net, mais variant les angles de vue pour rendre compte du dynamisme du pays. Les couleurs aident à entrer dans l’histoire : j’aime beaucoup la couleur de cheveux de l’héroïne, qui semble irradier sur chaque case. Les autres couleurs sont très jolies, légères, aériennes. On a ici un joli album qui incite à la découverte d’une culture très éloignée de la nôtre.

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Au milieu des livres, D’une berge à l’autreBédépolar, 9ème art, Delphine’s books and more

Quelques planches sur le site de l’éditeur.

La page Facebook du scénariste et le blog du dessinateur.

Cet album fait partie de la sélection Prix SNCF du polar 2015, catégorie BD.

La douce

LA DOUCE, par François Schuiten (Casterman, 2012)

Léon Van Bel est un machiniste-mécanicien en fin de carrière. Très attaché à sa locomotive, la 12.004, il refuse d’abandonner son métier et sa machine, alors que les trains et les lignes de chemin de fer sont progressivement supprimés au profit de lignes de téléphériques. Ne renonçant pas, il décide de cacher sa machine de vingt mètres de long dans un entrepôt, mais est dénoncé. La locomotive est envoyée dans un cimetière de ferraille avec les autres engins, mais Léon va tout faire pour la retrouver…

Voici un album bien original de par son sujet. Je crois que c’est la première fois que je lis un album sur le sujet des trains, ou plutôt des locomotives. Je m’attendais, je ne saurais dire pourquoi, à des planches en couleurs, mais en fait ce n’est que du noir et blanc. J’ai été au départ déconcertée mais au final ce rendu particulier est très agréable, et donne un côté attachant à l’histoire. Même si tout paraît réel, on est dans un monde qui n’existe pas, où les locomotives à vapeur ont été remplacées par des téléphériques qui sillonnent le pays en passant pas des pylônes garants, certains servant de gare. C’est donc une situation hors du commun, assez difficile à appréhender au départ, moi qui m’attendait à une histoire classique et réaliste… même si de la part de François Schuiten, je n’attendais pas une histoire réaliste… Cela m’a fait penser à Bruxelles, du duo François Schuiten et Benoît Peeters, que j’ai lu l’été dernier sans prendre le temps de le chroniquer sur ce blog : le contexte fait très réel, mais pour autant il y a des éléments irréalistes, qui ne sont absolument pas plausibles dans notre monde. Pour tout dire, j’ai trouvé l’histoire agréable mais sans plus. Nul doute qu’elle doit plaire aux passionnés de trains, car on a la locomotive très détaillée sous tous les plans, mais le sujet est loin d’être universel. Le dessin est cependant très documenté, on prend plaisir à regarder chaque case dessinée minutieusement. Le jeu des ombres est particulièrement travaillé, tout comme les changements d’angles de vue. J’ai aimé dans la mesure où ça me change de mes lectures habituelles, mais le thème m’a moyennement plu et le scénario se déploie un peu trop lentement parfois. Les personnages sont assez (trop ?) mystérieux, entre la jeune fille muette dont on ne connaît pas les intentions et le cheminot qui ne vit que pour sa locomotive… Par contre, il y a l’esprit jusqu’au-boutiste du cheminot voulant sauver sa loco qui est le cœur du scénario et peut intéresser au-delà des passionnés de chemin de fer. Enfin, l’album se conclut par d’intéressantes explications sur le train qui existe réellement dans un petit dossier documentaire en fin d’album, après 80 planches tout de même qui m’ont quelquefois parues interminables… Un album à tester pour son originalité, même si je suis très moyennement convaincue…

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Premières planches à voir sur Izneo.

Aller voir le site consacré à l’album et à la locomotive, avec entre autres une expérience de réalité augmentée.

Ingmar, tome 1 : Invasions et chuchotements

INGMAR, tome 1 : INVASIONS ET CHUCHOTEMENTS, par Hervé Bourhis et Rudy Spiessert (Dupuis, 2006, coll. Expresso)

Ingmar est le fils d’un chef viking. Peureux et chétif, il est l’exact opposé de son frère Epson, bâti comme un roc et qui aime la guerre. Alors lorsque le père n’est plus apte à diriger le village et que la mère n’est pas jugée digne d’en reprendre la suite, les deux frères vont devoir trancher : lequel d’entre eux va pouvoir prendre la suite ? Avec sa malice, Ingmar parvient à déjouer les combats, alors l’assemblée des sages va décider de les faire naviguer, pour que l’équipage décide ensuite de son nouveau chef… Entre pillages et rencontre avec un peuple et son livre sacré, Ingmar va tenter de gagner l’estime de ses compatriotes…

Je commence à connaître les rayonnages de ma bibliothèque, et j’aime toujours autant choisir un album au hasard, presque à l’aveugle, sans même l’ouvrir pour voir si le dessin me plaît ou pas. La couverture était simple, avec son ciel rouge et ses personnages grisés, je ne savais pas trop quel était le registre de cet album. Je l’ai donc emprunté et lu sans rien en attendre, et tant mieux, car ça m’a bien plu. C’est un album humoristique avec un soupçon d’aventure. Le mythe des vikings est revisité de façon loufoque avec Ingmar, qui ne correspond pas du tout aux clichés et autres images d’Epinal sur ces explorateurs scandinaves sanguinaires et barbares. Cela engendre des situations pleines d’humour, qui amènent souvent à sourire tout au long des 48 pages, Ingmar parvenant à échapper aux bastons grâce à son impertinence et son intelligence. Il y aussi des références culturelles, avec par exemple le livre dont se sert Ingmar pour guider ses compatriotes, qui se révèle être la Bible, inconnue des envahisseurs barbares, ou encore avec le dieu Thor. Cet album est donc plus riche qu’il n’y paraît au premier abord. Le dessin n’est pas désagréable : il est simple et ne s’encombre pas de détails. Il en est de même pour les couleurs, avec de nombreux traits gris qui atténuent des aplats parfois un peu vifs. Une bonne pioche encore une fois avec cette lecture sympathique !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Voyage en Chine

VOYAGE EN CHINE, par Béka (scénario) et Marko (dessin) (Bamboo, 2013)

Ben et Nina sont deux jeunes adultes qui partent en vacances en Chine. Ils partent en immersion, sans agence de voyage pour les guider. C’est le début de la découverte pour les amoureux : tout leur est inconnu : la langue, les traditions, le mode de vie, la cuisine… Ils découvrent Pékin et sa cité interdite, la grande muraille, les pays Dong et Miao, les Montagnes jaunes, Suzhou la Venise chinoise… Le côté typique recherché par nos deux touristes n’est pas si présent que ça lorsqu’on ne leur sert pas du thé chinois et que leur déjeuner est plutôt américain que local. Mais ce voyage est aussi l’occasion de casser les clichés et autres idées reçues sur les Chinois. En bon touriste, Ben se fait aussi avoir par les nombreuses contrefaçons… Ce voyage, sans ces péripéties et anecdotes qui feront de vrais souvenirs, ne serait pas un vrai voyage…

Voici un album que j’avais repéré à sa sortie, sans avoir l’occasion de le lire. Là, j’ai eu l’occasion de l’avoir entre les mains, et je dois avouer que j’ai passé un bon moment. Il s’agit du récit par petites touches d’un voyage. L’histoire est racontée par demi-planches, avec à chaque fois une fin humoristique, parfois flagrante, parfois plus subtile. Pas de quoi rire aux éclats non plus, mais plutôt de quoi faire sourire en se rappelant des anecdotes qu’on a pu vivre personnellement… Plein de thèmes sont abordés : la nourriture, la langue, les monuments célèbres… Au final, on apprend des choses sur la Chine, dans des domaines variés, mais aussi quelques mots, sans pour autant que cet album soit purement pédagogique. C’est juste une occasion de donner à réfléchir sur la rencontre avec l’autre, l’ouverture au monde, si on creuse derrière l’aspect carnet de vacances. J’ai été très agréablement surprise par le dossier de 8 pages qui clôture l’album, dossier composé de photographies et de tickets d’entrée, comme un vrai carnet de voyage, entrecoupé de croquis de dessins de l’album. On peut vraiment comparer les dessins et les photos, c’est très agréable et ça donne un côté sincère et vécu à cet album. Le dessin est agréable, simple mais efficace, et on s’en rend surtout compte lorsqu’on compare avec les photos. Les couleurs font assez réalistes, un peu vives parfois mais il ne faut pas oublier que l’on est dans un album à destination de jeunes lecteurs… J’ai bien aimé le trait en tout cas, qui n’avait pas besoin d’être plus développé pour raconter le périple. Voyage en Chine est donc un album qui sonne juste et qui donne envie de voyager, de partir à la découverte de contrées plus ou moins lointaines… Un album à lire plutôt avant les vacances qu’après !

A partir de 10 ans selon l@BD.

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Premières planches à lire sur le site de l’éditeur.

Le Horla

LE HORLA, par Guillaume Sorel, d’après l’oeuvre originale de Guy de Maupassant (Rue de Sèvres, 2014)

Un homme seul vit dans sa propriété en bord de Seine, avec son chat, son majordome et sa cuisinière. Mais au fil des jours, il sent comme une présence la nuit. Au départ intrigué, il prend de plus en plus peur face à cette créature inexplicable. Sa solitude n’aide pas la situation, alors le plus souvent, il parle à son unique compagnon, un chat. Pour fuir le mystère, l’homme décide de voyager un peu, en se rendant à l’abbaye du Mont Saint Michel ou à Paris. Là-bas, ses angoisses semblent se calmer, mais lorsqu’il rentre chez lui, les doutes reprennent de plus belle. Deviendrait-il fou ? Comment faire pour se libérer de la créature qui lui fait passer des nuits de plus en plus horribles ?

J’ai emprunté cet album pour son auteur, dont j’avais adoré les dessins dans Hôtel particulier et Les derniers jours de Stefan Zweig. Là, je suis encore une fois sous le charme du trait et des couleurs à l’aquarelle. Certaines cases sont réellement de toute beauté, en particulier lorsqu’il y a un paysage comme le Mont St Michel ou un décor avec un bateau. C’est vraiment un joli voyage tout en aquarelle que fait le lecteur, grâce au talent de Guillaume Sorel. Par contre, au niveau de l’histoire, j’ai moins accroché : le récit est moins dynamique, et il y a peu d’explication, en tout cas moi j’en attendais plus. Bien sûr, le chat, unique « interlocuteur » du héros, ne lui répond pas, mais je ne l’ai pas trouvé suffisamment expressif (contrairement au chat de Hôtel particulier étrangement) : oui, le chat se rend compte qu’il y a quelque chose qui apparaît dans la chambre de son maître, mais ça en reste là. Je n’ai pas lu le récit original de Maupassant (ou alors je ne m’en souviens plus), mais je trouve que le scénario est un peu léger, car je ne me suis pas sentie proche du héros, qui devient de plus en plus paranoïaque et fou au fil des nuits. Cette lecture me donne donc paradoxalement envie de lire le récit originel de Maupassant pour avoir les clés pour comparer le texte et l’adaptation dessinée, et peut-être pouvoir l’apprécier pleinement. Ce n’est pas mon album préféré de Sorel, mais en tout cas, il faut reconnaître son grand talent de dessinateur et de coloriste pour que cela donne une très bonne raison d’essayer cet album !

A partir de 13 ans selon l@BD.

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Interview de l’auteur à lire sur l’Ecole des Lettres.

Sur le site de l’auteur, on apprend qu’il va sortir prochainement (le 29 octobre) une version d’Alice au pays des Merveilles, chez le même éditeur que le Horla. Hâte de voir le résultat !

Premières planches à voir sur Izneo.