La révolution dans la peau [roman]

LA RÉVOLUTION DANS LA PEAU, par Serge Rubin (Talents hauts, 2016, coll. livres et égaux +)

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Juillet 1789, à Basse-Terre, en Guadeloupe. Lucile, fille de planteur de canne à sucre, vit dans l’aisance, et est fiancé avec son voisin et ami d’enfance, Pierre Grandpré. Elle profite du système de l’esclavage très répandu dans l’île, qui compte 10000 blancs pour 90000 esclaves noirs. Elle ne considère pas les esclaves comme des êtres humains, et se moque même lorsque l’un d’entre eux est fouetté ou battu. Il n’y a que pour sa nourrice, Rose, qui l’a élevé, qu’elle a un peu de considération. Une fois mariée, Lucile doit obéir à son mari, lui aussi planteur et pro-esclavage. Alors quand on annonce qu’en métropole, une loi va abolir l’esclavage, les planteurs guadeloupéens se regroupent et décident d’envoyer un émissaire à Paris pour faire pression sur les députés de leur camp. Pierre est choisi, et Lucile insiste pour l’accompagner à la capitale, elle qui n’est jamais sortie de son île. Volontairement, elle omet de lui annoncer sa grossesse, mais c’est juste avant le départ que Rose lui donne un courrier qui va bouleverser son existence : Lucile, blanche de peau, est en réalité la fille de sa nourrice noire… Mais quelle sera la couleur de la peau de son enfant ? Et comment son mari, raciste convaincu, va-t-il réagir ?

Voici aujourd’hui un roman de petit format édité par Talents hauts, une maison de qualité aux titres éclectiques. Le roman se lit bien, il fourmille de détails : termes précis et spécifiques, lieux aux Antilles et en métropole (dont des lieux à Nantes) et d’informations historiques réelles… Le récit est raconté à la première personne, c’est Lucile qui nous raconte son histoire, en direct ou presque. La forme ressemble presque à un journal, car chaque court chapitre, qui porte un titre, commence par une date et un lieu.

Le départ est un peu étrange, car les propos sont ouvertement racistes et les termes assez crus, ce qui est dérangeant si on regarde ça avec nos yeux du XXIe siècle. En même temps, cela nous plonge directement dans les mœurs de l’époque. Une fois passés ces extraits, on suit la vie d’une jeune fille « bien née » et naïve qui va découvrir un mari moins rangé qu’il n’y paraît (alcool, jeux et paris…), et qui voit ses opinions bouleversées à la suite de la découverte de ses origines. La couverture du roman symbolise bien ce dilemme, je le trouve bien jolie, personnellement. Les voyages sont bien expliqués, avec le commerce triangulaire entre Nantes ou Bordeaux, le Sénégal et les Antilles. Le processus de transformation de la canne à sucre est aussi expliqué, tout comme les différentes catégories d’esclaves. Avec toutes ces informations, on a là un roman fort instructif, et qui montre comment l’esprit de la révolution française (avec la déclaration des droits de l’homme) a pu se répandre (ou pas) dans la population française…

Bref, j’ai passé un bon moment avec Lucile que l’on suit de 1789 à 1802 (sans compter l’épilogue). On a une véritable tranche d’histoire avec le parcours singulier de cette femme, et c’est un roman que je conseillerai sans hésiter aux élèves qui s’intéressent à cette période historique.

A partir de 12 ans selon Ricochet.

On en parle (trop peu) sur les blogs : Capocapes doc, Rablog

Visiter le blog de l’auteur.

Ce titre faisait partie de la sélection pour le Prix Fleur de Sel 2017, et est sélectionné pour le Prix du Roman Historique 2018, catégorie 5e-4e.

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