Bébé dragon veut sa maman

BÉBÉ DRAGON VEUT SA MAMAN, par Orianne Lallemand (scénario) et Marie Paruit (dessin) (Casterman, 2014, coll. Tap tap)

Bébé dragon vient de sortir de sa coquille, mais sa maman n’est pas là… Perdu, le petit dragon est démoralisé. Il va alors falloir l’aider à retrouver maman dragon, mais le chemin n’est pas si facile…

Voici un bien joli album, avec une histoire somme toute assez classique, mais qui fait participer les enfants : il faut aider le dragon à retrouver sa maman. Un court texte raconte l’histoire et ensuite on a des « instructions » pour que l’enfant aide le bébé dragon (à se protéger des éléphants, à manger des fraises, à traverser sur un tronc d’arbre, à faire peur au tigre…). Les couleurs sont jolies, le fond est principalement jaune, et les nombreux animaux croisés par le dragon sont vraiment de toutes les couleurs. Le trait est rond et vraiment agréable. On peut aussi jouer à chercher les détails des paysages, c’est donc un livre multifonctions qui a beaucoup plu à ma fille. Le format est facile à prendre en main, c’est un peu plus grand que du A5 et les pages sont suffisamment épaisses pour qu’on n’ait pas peur de confier le livre à de jeunes enfants. Une jolie découverte en famille !

A partir de 3 ans selon Ricochet.

10/10

Moi j’aime quand Maman…

MOI, J’AIME QUAND MAMAN… par Arnaud Alméras (scénario) et Robin (dessin) (Gallimard jeunesse, 2012, coll. Hors-série Giboulées)

Recueil de situations entre un enfant et sa mère, qui font des choses diverses et variées. Cet album est un cri d’amour à la maman, toujours là pour aider son petit, avec toujours des bonnes idées pour lui faire découvrir ce qui l’entoure…

Voici un album choisi parmi la multitude à la bibliothèque pour son titre et sa jolie couverture. Le format dans cette collection-là est facile à prendre en main, pas trop grand comme certains albums, et pas trop petit non plus. Les pages ne sont pas cartonnées ni plus rigides qu’habituellement, ce qui fait que je ne l’ai pas confié à ma fille, encore trop petite pour ces livres fragiles. Cet album se lit d’un trait, et est toujours composé de la même façon : une page colorée avec le texte qui débute toujours par le titre du livre, comme un refrain, opposée à une pleine page de dessin. L’opposition page de texte et page de dessin est inversée à chaque double page, ce qui fait que nos yeux sont toujours en mouvement et doivent s’arrêter sur le texte puis sur le dessin (ou l’inverse), ce qui n’est pas une mauvaise chose. J’ai apprécié certaines scènes, peut-être parce qu’elles me paraissaient plus plausibles que d’autres. Il n’empêche que chaque lecteur trouvera écho de ces situations dans sa vie personnelle, et c’est cela qui rend cet album attachant. On se doute qu’il s’agit souvent de souvenirs de l’auteur, car j’ai trouvé qu’il y a un fort côté nostalgique dans les textes. La redondance du titre pour chaque situation est drôle au départ, mais à la fin j’ai trouvé cela lassant sur 48 pages, surtout que la fin est quelque peu abrupte. Par contre, cette mise en texte a aussi l’avantage de pouvoir lire l’histoire dans n’importe quel ordre, de commencer par la fin ou le milieu sans problème, puisqu’il n’y a pas d’histoire à proprement parler. Un regret cependant : c’est dommage que les autres membres de la famille soient si peu mentionnés (une fois le papa et une fois les grands-parents). Je sais qu’un livre miroir est sorti avant celui-là : Moi, j’aime quand Papa… Il pourrait être intéressant de comparer les deux, mais pour celui-là, je trouve dommage l’absence d’autres personnages de la famille proche. Au niveau du dessin qui accompagne les textes, il s’agit à chaque fois d’animaux, sauvages ou domestiques, qui symbolisent les humains. Cela permet aussi d’enrichir le vocabulaire de l’enfant sur des animaux bien spécifiques, et de s’imaginer n’importe quelle maman dans la situation. J’aime bien cette façon de mettre des animaux, mais j’ai parfois trouvé le trait tremblant. Je préfère les dessins au trait rond, surtout que cela aurait conféré plus de douceur au dessin, en lien avec les propos, mais je ne suis pas non plus hostile à ce trait-là. Un album agréable sur le coup, mais que ne me laissera pas beaucoup de traces…

A partir de 3 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Un petit bout de bib(liothèque), Livres à lire, Parolimage, Chez Lavinia

9/10

Les robots n’aiment pas l’eau

LES ROBOTS N’AIMENT PAS L’EAU, par Philippe Ug (Editions Les grandes personnes, 2013)

Il pleut sur le robot, alors que la machine n’aime pas l’eau. Il va rouiller. Un appel est passé au docteur Ferraille et le robot se rend dans le centre de la ville pour une urgence. Une petite révision s’impose pour contrôler le robot : ça grince, ça couine, il faut changer des ressorts. Pas simple la vie de robot !

Voici un très joli livre pop-up, dans un petit format qui tient facilement en main. Ce n’est pas forcément un livre pour les petits, car les grands lecteurs adorent aussi ! Le livre raconte une jolie histoire autour des robots, mais on est captivés par les pliages et dépliages à chaque fois qu’on tourne les pages. C’est très drôle à parcourir, les pliages sont impressionnants quand on ouvre chaque page, et c’est à chaque fois différent : on trouve des robots, la ville, des voitures, des machines et bien sûr des robots (quelques exemples à voir sur le site de l’auteur). La dernière double page fait office d’apothéose avec un grand robot qui se lève et tient debout si on met bien la double page à plat. Les couleurs sont vives, principalement dans les tons rouge, bleu et violet. Inutile de préciser qu’il ne faut pas forcément être un garçon pour apprécier ce livre ! En tout cas, toutes les personnes qui ont eu ce livre entre les mains chez moi l’ont aimé ! Une très jolie découverte avec ce livre-oeuvre d’art !

Non mentionné sur Ricochet, mais fonctionne sans doute à partir de 4 ou 5 ans.

On en parle sur les blogs : Plumosaure, La soupe de l’espace

Aller voir le joli site de l’auteur, spécialiste virtuose des livres pop-up, mais aussi de maquettes et autres décors en papier.

8/10

La petite fille en rouge

LA PETITE FILLE EN ROUGE, par Roberto Innocenti (histoire et illustrations) et Aaron Frisch (texte) (Gallimard, 2013)

Sophia vit avec sa mère, à l’orée d’une forêt de briques et de béton, une ville. Elle doit apporter des oranges, du miel et des biscuits à sa grand-mère qui vit de l’autre côté de cette forêt. Pour s’y rendre, elle doit traverser le bois, qui est en réalité un gigantesque centre commercial. La maman de Sophia lui conseille de ne pas s’écarter de son chemin, et Sophie est une petite fille sérieuse. Elle prend donc la route, et arrive au bois, un monde à lui tout seul, regorgeant de couleurs, de bruits et de tentations… Sophia flâne devant les vitrines, et décide de sortir du bois, mais elle se trompe de sortie et atterrit dans un quartier qu’elle ne connaît pas. Agressée par un groupe de voyous, Sophia est libérée par un motard-chasseur aux grandes dents… Sophia lui raconte sa visite chez sa grand-mère et l’homme lui promet de l’y amener, mais une fois sur la route, il l’abandonne sous un faux prétexte… Qui des deux arrivera en premier chez la grand-mère ?

Récemment à la bibliothèque, les nouveautés présentées concernaient les albums jeunesse. J’en ai emprunté plusieurs en ne me fiant qu’à leur couverture. Cet album-là a une couverture riche, regorgeant de détails. J’ai bien pensé en le voyant au conte du petit chaperon rouge, mais sans vraiment voir où cela pouvait en venir. Et bien, il s’agit vraiment d’une réécriture-adaptation du conte dans un monde moderne, où les loups et autres prédateurs n’ont pas forcément la tête de l’emploi, et où la forêt regorge de multiples dangers. L’histoire est bien menée, même si on connaît la trame de l’histoire, et j’ai aimé les dessins aux multiples détails. Par exemple sur les doubles pages où Sophia est dans le centre commercial, on a de nombreuses enseignes détournées de commerces très connus : restaurants, boissons, marques de luxe, ainsi que des personnalités… et c’est un plaisir de les dénicher, un peu comme lorsqu’enfant, on jouait à « où est Charlie ? ». Le texte est toujours très lisible, dans un cadre coloré sous le dessin. Les images prennent vraiment une bonne partie des pages, mais il reste parfois de grands espaces blancs qui éclaircissent des illustrations parfois foncées. J’ai beaucoup aimé le trait très esthétique de Roberto Innocenti, à la fois réaliste et foisonnant de détails, tout en ayant une expressivité particulière des visages des personnages. Il y a un petit côté désuet non désagréable dans ces peintures, et même si le cadre dans lequel évolue la petite fille est assez glauque et malsain, j’ai lu cet album avec plaisir, surtout qu’il y a deux fins proposées et qu’on peut choisir celle qui nous convient le plus !

A partir de 8 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Littérature a blog, La bibliothèque de Noukette, Songe d’une nuit d’été, Croquelinottes, Lili les merveilles

Album lauréat du prix Sorcières 2014.

Des pistes pédagogiques proposées sur le site Séries littéraires (après la présentation et l’analyse)

7/10

Avant quand y avait pas l’école

AVANT QUAND Y AVAIT PAS L’ÉCOLE, par Vincent Malone (scénario) et André Bouchard (dessin) (Seuil jeunesse, 2013)

Récit humoristique de la vie quotidienne au temps de la préhistoire, avant, quand l’école n’existait pas encore. Beaucoup de choses étaient différentes : le mot le plus long n’était pas « anticonstitutionnellement », le corbeau et le renard faisaient n’importe quoi, les cours d’arts plastiques n’existaient pas et les cadeaux de la fête des pères étaient du grand n’importe quoi, les maths n’existaient pas non plus et on pouvait passer des heures à calculer la surface d’un triangle rectangle…

Voici un album choisi pour son titre décalé et son format, très imposant (presque 40 cm de haut, difficile à mettre dans une étagère…!). J’ai moyennement aimé cet album qui n’a pas d’histoire à proprement parler, mais qui est plutôt une suite d’idées diverses et variées sur le monde avant l’école. On a une affirmation par page le plus souvent, mais sauf l’école, il n’y a pas de fil conducteur entre chaque illustration. On peut donc le lire au hasard, en piochant une page. Tout lire à la suite est un peu pénible (à cause de la redondance de la phrase qui constitue le titre de cet album). Certaines affirmations sont drôles, d’autres un peu moins. Pour autant, chacun peut se retrouver dans ce livre, selon son expérience scolaire. Certaines affirmations m’ont fait sourire, certaines m’ont laissé de marbre. Parfois le dessin est bien en lien avec le texte, d’autres fois ce n’est pas bien clair. Certains anachronismes m’ont bien plu : le Napoléon préhistorique sur son trône avec son tricorne, les post-it collés partout mais sans rien d’écrit dessus (parce qu’à l’époque on ne savait pas écrire !). Mais je dois avouer que j’ai moyennement aimé cet album car certaines affirmations ne sont pas drôles (ou c’est peut-être que je ne les ai pas comprises…!). Au niveau du dessin, il est bourré d’humour lui aussi, avec de nombreuses exagérations (des personnages aux grands pieds, des différences de taille impressionnantes comme sur la couverture…). Les couleurs pastels sont jolies, et à défaut de saisir tout le sens du texte, donnent au moins envie de feuilleter le livre…

A partir de 8 ans selon Ricochet, avant selon d’autres sites.

On en parle sur les blogs : Les riches heures de Fantasia, Fragments de lecture, Les lectures de Liyah, La mite orange, Spatule et crayon

Chronique radio à écouter sur France Inter.

6/10

Loulou

LOULOU, par Grégoire Solotareff (Ecole des loisirs, 1989)

C’est l’histoire d’un jeune loup qui n’a jamais chassé. Un jour son oncle l’emmène justement à la chasse pour lui apprendre à se débrouiller seul, mais il meurt peu de temps après. Le jeune loup, ne sachant que faire, trouve un terrier, et demande à son occupant, un lapin prénommé Tom, ce qu’il peut faire. Le jeune lapin aide le loup à enterrer son oncle et le prénomme Loulou, car le jeune loup n’avait pas de nom. C’est la première fois que le loup rencontre un lapin, et les deux animaux vont devenir très amis. Tom va apprendre à Loulou à pêcher, à lire, compter et jouer aux billes. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’ils jouent à « peur du loup » et « peur du lapin ». Tom prend alors peur de son ami, car sa crainte est que l’instinct primaire du loup revienne chez Loulou et qu’un jour ils ne jouent plus à un jeu. Tom vient de se rendre compte que la nature de Loulou pourrait reprendre le dessus et que son ami pourrait un jour le manger pour de vrai…

Voici un classique des albums jeunesse, sorti il y a 25 ans maintenant. J’ai aimé relire cette histoire simple mais efficace, qui parle de l’amitié et de la tolérance entre personnes qui ne sont pas pareilles. Chacun apprend de l’autre, sur différents plans, et c’est vraiment une idée intéressante. Cette histoire d’amitié inhabituelle, qui va contre les clichés, peut parler à tous, petits et grands. Au niveau du dessin, il est simple mais efficace : des décors simplifiés à l’extrême par quelques traits, de grands aplats de couleur (jaune et rouge principalement), des personnages parfois exagérés pour accentuer telle ou telle partie du corps (une queue anormalement longue pour le loup, une langue longue aussi lorsqu’il le faut dans l’histoire…). Cela peut donner un effet drôle sur l’histoire, tout comme les accentuations à faire lors d’une lecture orale sur les mots écrits en majuscule. Bref, une histoire qui peut faire à la fois rire et frissonner les petits, et qui plaira à tous les jeunes lecteurs !

Âge non mentionné sur Ricochet, mais à partir de la maternelle sans souci.

On en parle sur les blogs : Livres et merveilles au pays de Ly Lan

Activités pédagogiques de la PS au CP par Ingrid L. Autres activités proposées par la classe de Charlotte. Pistes pédagogiques sur le site de l’éditeur.

5/10

La bonne humeur de loup gris

LA BONNE HUMEUR DE LOUP GRIS, par Gilles Bizouerne (scénario) et Ronan Badel (dessin) (Didier jeunesse, 2013)

Un loup fier de lui se lève un matin de bonne humeur. Il est très motivé pour partir à la chasse et se trouver quelque chose à manger, car il a très faim. Sûr de ses talents, il va rencontrer un bélier qu’il menace de dévorer, mais ce dernier ne va pas se laisser faire. Le bélier a bien vu que le loup n’était pas bien intelligent, et va donc jouer sur le côté bêta du prédateur pour gagner le duel. Le loup défait se rabat sur d’autres animaux : une truie et ses petits, un mouton et même un cheval… La journée qui s’annonçait si belle pour le loup va s’avérer catastrophique…

J’ai adoré cet album, court (32 pages seulement), mais son scénario est bien construit (inspiré d’un conte populaire) et ses dessins complètent parfaitement le propos. C’est très drôle, et j’aime lire des albums comme cela, où le comique de répétition est présent. Le pauvre loup se fait avoir à chaque fois par des animaux qui font normalement partie de ses proies. On prend presque pitié de lui tellement les situations qui se présentent à lui vont le rendre en piteux état. En même temps, j’aime ces albums où on peut se moquer du héros, prétentieux qui plus est. Malgré que cet album soit destiné à un jeune public, avec un scénario bâti sur la répétition et l’exagération de certaines sonorités, cet album met sacrément de bonne humeur même les adultes, et ça devient sacrément déjanté sur la fin. Le dessin complète parfaitement le propos loufoque et absurde. Réaliste, le trait est tout de même humoristique. C’est un vrai régal de parcourir cet album aux couleurs claires et agréables. Une bien jolie découverte dans les bacs de ma bibliothèque !

Cet album fait partie de la sélection des incorruptibles 2014-2015 niveau CP.

A partir de 4 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Le blog de la marmite, Appelez-moi madame, Baz’art, Les chroniques de Madoka

4/10

Emma à New-York

EMMA A NEW-YORK, par Claire Frossard et Etienne Frossard (Belin jeunesse, 2013)

Emma est un petit moineau qui vit avec ses parents à Central Park, au coeur de New-York. Son oncle reçoit régulièrement des cartes d’une cousine qui vit à Paris, alors pour Emma, c’est décidé : elle veut elle aussi partir à l’aventure, et voir la Tour Eiffel ! Ses parents la laissent partir, mais Emma, une fois sortie de Central Park, décide de visiter la ville où elle est née : Broadway, Little Italy, le pont de Brooklyn, le Flatiron building…

Voici un bien joli album pour jeunes voyageurs. Il mêle les dessins et les vraies photos de New-York, c’est très agréable à lire et à parcourir. C’est un vrai carnet de voyage, qui donne envie (même aux plus grands des lecteurs !) de visiter cette ville qui ne dort jamais. L’histoire n’est pas spécialement rapide à démarrer : le petit moineau veut aller à Paris, mais avant de partir, prend le temps de visiter sa ville de naissance, en sortant de Central Park. Mais cela peut aussi vouloir dire qu’on ne fait jamais vraiment attention à ce qui nous entoure, et qu’on peut y découvrir des choses intéressantes sans forcément partir à des milliers de kilomètres… Cet album peut aussi être une très bonne introduction à un voyage, qu’il soit à New-York ou dans n’importe quelle autre ville. Le thème de la famille est abordé de façon très intéressante : les parents d’Emma ne l’empêchent pas de réaliser son rêve, et même s’ils ne l’aident pas concrètement, ils lui souhaitent le meilleur et ne tentent pas de la décourager. C’est donc un bel esprit qui entoure cet album, que j’ai beaucoup aimé. Il paraît même que la suite sur Paris est sortie… C’est dire s’il s’agit d’un album à suivre !

Non mentionné sur Ricochet, l’éditeur le classe dans la collection « albums 3-7 ans ».

On en parle sur les blogs : Sous le feuillage, L’ouvre-livres, Sur la route de Jostein, Thé lecture et macarons (Syl), She wore blue velvet

Quelques pages de l’album à lire sur le site de l’éditeur.

Le site de l’illustratrice Claire Frossard.

Chronique radio sur l’album à écouter sur France inter (émission du 19 mai 2013)

3/10

Yeghvala la belle sorcière

YEGHVALA LA BELLE SORCIÈRE, par Catherine Gendrin et Nathalie Novi (Didier jeunesse, 2012, coll. grands contes)

Yeghvala est une tzigane née sorcière. La nuit suivant sa naissance, au milieu d’une forêt des Carpates, elle est intégrée au cercle des sorcières du monde, et chacune des sorcières fait un voeu : Yeghvala sera d’une beauté inégalée grâce à ses cheveux qu’elle ne coupera pas, elle aura un solide appétit, celui qui l’aime voudra la tuer, elle saura soigner par les plantes… Une fois grande, Yeghvala tombe amoureuse de Zlato le forgeron, qui n’est pas intéressé par elle. Avec ses potions et ses incantations de sorcière, elle parvient à ses fins et épouse le jeune homme. Plusieurs années passent, Yeghvala et Zlato ont cinq enfants et la jeune mère est toujours plus belle. Zlato s’interroge et va consulter Mara, une sorcière voyante, qui lui conseille de surveiller ce que fait sa femme les nuits de pleine lune et si c’est une sorcière toujours jeune et belle, lui indique de la brûler pour la sauver, elle et sa famille… Les présages des sorcières à la naissance de Yeghvala se mettent en oeuvre…

C’est un superbe album jeunesse sur le thème de l’amour qui peut durer quelles que soient les épreuves. J’ai beaucoup aimé les illustrations, avec des couleurs magnifiques, sur une page ou en double page. Il y a pas mal de texte, mais au niveau de la mise en page, il s’accorde complètement avec les illustrations : les portraits de Yeghvala et Zlato sont particulièrement réussis. On s’immerge complètement dans cette histoire qui comporte beaucoup de magie au départ (et un certain nombre de noms de sorcières des différentes régions du monde : les Erinyes, la Ghoule, les Ménades, les Moires…). L’histoire d’amour entre les jeunes gens est certes artificielle (c’est la jeune femme qui lance un sortilège pour que Zlato tombe amoureux d’elle) mais on n’a plus l’impression ensuite que le sort agit, et plus que Zlato aime sa femme de sa propre volonté. C’est donc un joli album, riche en textes et en illustrations, qui se lit avec plaisir. Quelques légers bémols cependant : dans le conte, on parle d’un vase en cristal dans lequel est placé la rose, mais l’illustration en face du texte montre une rose sous une cloche en verre. De plus, le comportement de Zlato envers sa femme est parfois sacrément violent : « il la prend fermement, lui ligote les poignets puis les jambes », et sur la fin « elle se débat, se tord, supplie ». C’est assez particulier comme relation à l’autre, n’est-ce pas ? Enfin, je trouve parfois Yeghvala égoïste : dans la seconde partie du livre, elle profite de la bonté et de l’argent du vieil homme qui l’épouse, et elle le vole sur la fin de l’histoire. Mais globalement, j’ai tout de même un avis positif sur cet album.

Non mentionné sur Ricochet, mais cet album fait partie de la sélection Education nationale – niveau collège, et de la sélection CM2/6ème du prix des incorruptibles.

On en parle sur les blogs : Capocapesdoc, Ma cabane à livres, Enna lit, Les lectures de Liyah

2/10

Kongjwi, l’autre Cendrillon

KONGJWI, L’AUTRE CENDRILLON, par Lim Yeong-hee (texte) et Marie Caillou (illustrations) (Père Castor / Flammarion, 2013)

Réécriture du conte de Cendrillon, en version coréenne. Ainsi, il n’y a pas de marraine bonne fée, mais c’est une vache noire qui descend du ciel, par des éclairs ! Le conte de Cendrillon est facilement reconnaissable : l’horrible belle-mère et sa fille odieuse, la pauvre petite Kongjwi qui fait toutes les tâches de la maison, même les plus ingrates (en Corée, il s’agit de remplir une jarre à eau percée et décortiquer du riz étalé dans la cour). Ce n’est pas un prince mais un gouverneur qui organise une fête au village, ou dans son palais (on ne sait pas trop). Le conte coréen est par contre plus animalier que sa version occidentale : c’est également un gros crapaud qui vient pour aider Kongjwi à combler le trou de la jarre, et aussi des moineaux qui l’aident à décortiquer le riz. Bref, il y a une forte présence de la nature dans ce conte, dont on connaît tous la fin…

Kongjwi, l’autre Cendrillon est un album d’un très grand format (difficile à ranger, donc), avec une couverture très flashy. On ne peut pas manquer le rose fluo, et on s’attend à une explosion de couleurs dans cet album. Pas manqué, l’album utilise des couleurs très vives (et encore du rose fluo, un peu trop vif à mon goût), en alternant les pleines pages et les dessins plus petits complétant la page de texte. L’esprit asiatique de l’histoire est très marqué : les femmes portent les tenues traditionnelles (le hanbok, sorte de grande robe ample). J’ai aimé découvrir cette version étrangère originale, qui reflète une culture complètement différente de la notre. Les dessins sont magnifiques et les couleurs vives donnent un aspect joyeux à cette histoire : une fois le soulier enfilé, le hanbok quitte ses couleurs ternes et reprend ses couleurs d’origine, étincelantes… Même la fin est plus réjouissante que dans notre version de Cendrillon : la belle-mère et sa fille sont même invitées au mariage ! C’est donc un très joli album !

Non mentionné sur Ricochet.

On en parle sur les blogs : Blogonoisettes, Des livres etc, Le grenier à livres de Choco, Mya’s books

Consulter le site de l’illustratrice française Marie Caillou. Pour voir des extraits de l’album sur ce même site, suivez ce lien !

C’est ma première participation au challenge lancé par Hérisson !

1/10