Ma mère, le crabe et moi [roman]

MA MÈRE, LE CRABE ET MOI, par Anne Percin (Rouergue, 2015, coll. DoAdo)

mère crabeTania vit seule avec sa mère depuis que son père a quitté le foyer pour une femme plus jeune. Les deux femmes tiennent chacune un blog sur lequel elles s’inventent un univers, plus ou moins éloigné de la réalité dans laquelle elles vivent… Alors lorsqu’un jour la mère découvre qu’elle a un cancer du sein, elles vont encore plus se souder. Tania nous raconte les différentes étapes pour lutter contre la maladie : l’opération, la chimiothérapie et ses conséquences… La jeune fille va alors sans trop s’en rendre compte grandir et gagner en autonomie pour aider cette mère au caractère optimiste mais que la maladie veut terrasser… Pour passer cet épisode douloureux, Tania se lance des défis insensés au premier abord : se raser la tête, courir et remporter des courses… Lire la suite

Amère Russie 2

AMÈRE RUSSIE, tome 2 : LES COLOMBES DE GROZNY, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2015, coll. Grand angle)

003754397Suite et fin du tome 1. La mère de Vlodia est toujours à la recherche de son fils militaire en Tchétchénie, en pleine guerre entre Russes et Tchétchènes. Elle se retrouve dans la capitale de la région, à Grozny, assiégée par les forces russes. Elle croit retrouver son fils, mais en fait ce n’est pas lui, mais un jeune militaire russe aveugle. Elle va tout de même l’aider à survivre dans cet enfer.

Je ne croyais pas du tout être captivée par cette histoire : le contexte ne me tentait pas du tout, et la couverture, même si elle est très jolie et intelligemment composée avec bon nombre de détails, ne me donnait pas envie de lire ce diptyque. J’ai bien fait d’aller au-delà de mes appréhensions, car j’ai beaucoup aimé cette histoire : le dessin est très vif, très joli. Les cases sont nombreuses, et l’histoire très dynamique. Quelques scènes sont particulièrement violentes, et cela est encore accentué quand le fond du gaufrier est noir. Mais en même temps, cet album ne relate pas une histoire de Bisounours mais un contexte de guerre, donc cela ne cloche pas du tout. Les personnages sont pour la plupart attachants, et en particulier le petit chien Milyi qui prend de plus en plus de place dans ce tome. Cette histoire en deux tomes, qui veut dénoncer la situation en Russie, avec les mères qui cherchent leur fils engagé dans l’armée, est ancrée dans l’actualité du début du XXIème siècle; en effet, à la toute fin de l’album, on peut voir une journaliste qui n’est autre qu’Anna Polikovskaia, journaliste assassinée devant chez elle à Moscou il y a quelques années. Amère Russie est pour moi une très bonne découverte, avec une histoire qui se lit très bien, alors que ce n’était pas gagné au départ, vu mes réticences.

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs :

Premières planches à voir sur Izneo.

Amère Russie, tome 1 : Les Amazones de Bassaïev

AMÈRE RUSSIE, tome 1 : LES AMAZONES DE BASSAÏEV, par Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessins et couleurs) (Bamboo, 2014, coll. Grand angle)

Quelque part en Russie, une famille se déchire lorsque le père est muté à la frontière de l’Ouzbékistan. Le fils unique, Volodia, aime jouer en bas de l’immeuble avec ses amis et son petit chien qu’il dresse à faire des tours. Quelques années plus tard, à la fin des années 1990, l’enfant a grandi et est devenu un jeune homme. Il effectue son service militaire en Tchétchénie et sa mère est très fière de lui, même si le fils donne bien peu de nouvelles. Un jour, elle apprend par son mari alcoolique dont elle est séparée que son cher Volodia est en réalité prisonnier dans la province du sud de la Russie. La rumeur court que Bassaïev, rebelle tchétchène, a promis de libérer des prisonniers si leurs mères viennent les chercher. Entendant cela, emmenant avec elle son petit chien et une photo récente de son fils, la mère se rend alors dans cette province en guerre pour retrouver son fils chéri, mais cela ne va pas s’avérer facile… Elle va rencontrer des combattantes redoutées par les militaires russes : les amazones, ainsi que des civils touchés par les combats.

Ce tome 1 d’un diptyque sur la Russie parle d’un sujet a priori peu attirant : le contexte me parle peu, et la Russie n’est pas un pays qui me tente vraiment. Bref, c’est le dessin qui m’a d’abord conquise, agrémenté de couleurs claires. Les personnages sont croqués de façon semi-réaliste, les décors sont plus ou moins détaillés selon les cases. Le découpage est dynamique, et je me suis laissée prendre à tourner les pages et à m’intéresser au destin de cette femme qui n’a plus que son fils comme unique but. Ensuite, le scénario est bien ficelé, et le personnage de la mère est très attachant, au-delà du contexte. On se prend de pitié pour elle, qui cherche uniquement à retrouver son fils et croit en la promesse du chef des rebelles. Le petit chien amène une touche de bonne humeur dans ce contexte bien sombre, où on se rend compte du traitement subi par les prisonniers russes, et de la situation plus que complexe pour les populations civiles en Tchétchénie. Je n’ai pas ressenti de réel manichéisme ou de sentiment anti-russe dans cet album, même si on a plus facilement tendance à se mettre du côté des populations civiles que militaires. L’aspect fratricide est abordé à travers quelques personnages, dont l’ascendance est à la fois russe et tchétchène, et on comprend l’absurdité d’un tel conflit. A la fin de cet album, je suis donc bien plus convaincue qu’au début. Cet album me confirme aussi que « Grand angle » est une collection de qualité, car je n’ai pas souvenir d’avoir été déçue par des titres de cette collection. Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver la suite !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Vu des yeux d’OliBD, Samba BD, Un amour de BD, Les chroniques de Madoka, Theatrum belli

Premières planches à lire sur Izneo.

Cet album participe à , cette semaine chez Yaneck.

Le grand méchant renard

LE GRAND MÉCHANT RENARD, par Benjamin Renner (Delcourt, 2015, coll. Shampooing)

Un renard un peu bête tente de rentrer dans une ferme remplie de poules déterminées et gardées par un chien paresseux. Voulant démontrer qu’il est un grand prédateur comme ses congénères, le renard tente différentes méthodes pour se nourrir de ces poules, mais n’y parvient pas, les poules ayant développé des méthodes de rébellion face aux agresseurs. Un jour, le renard décide de voler des œufs et de les élever, dans l’espoir de manger des poules bien grasses. Mais il va tomber sous le charme des poussins et se découvrir un instinct maternel, lorsque les poussins commencent à l’appeler maman… C’est le début des ennuis pour le renard…

Voici une histoire bourrée d’humour, et qui fait plus de 180 planches. Le format n’est pas celui d’un album jeunesse, pourtant il pourrait être lu par des plus jeunes car il y a plusieurs niveaux de lecture. Le dessin est léger, réhaussé de couleurs à l’aquarelle. Ces couleurs, volontairement incomplètes, sont très jolies et douces; elles n’alourdissent pas la lecture. Au contraire, une impression de légèreté se dégage, accentuée aussi par des cases qui ne sont pas clairement définies. Ainsi, les yeux filent rapidement (presque trop, parfois) d’un dessin à l’autre, et les pages se tournent à vitesse soutenue. Le scénario est hyper bien construit, avec un gag par planche, des rebondissements, de l’absurde, des situations complètement folles…Il n’y a pas de temps mort, les pages se tournent très bien, même si l’histoire est finalement assez longue. Le personnage du renard est très attachant et naïf, c’est l’inverse du moyen-âgeux roman de Renart, avec le duo loup et goupil. Les personnages de la ferme sont aussi très drôles, entre le chien paresseux et les poules avides de vengeance et très imaginatives. Quelques dessins en pleine page rendent sacrément bien, et permettent de varier la lecture. Voici un album facile à lire pour les jeunes lecteurs et qui plaira aussi aux plus grands. S’il y avait un défaut pour les plus jeunes, je pense que ce serait plus la longueur de l’histoire qui pourrait les rebuter. Le grand méchant renard fut pour moi une très bonne découverte avec ses différents niveaux de lecture, je crois qu’il fonctionnerait très bien en collège (et après aussi…) !

Non mentionné sur la BD, je dirais à partir de 10 ans.

On en parle sur les blogs : La bibliothèque de Noukette, Lecturissime, D’une berge à l’autre, Plume de Cajou, Laurie lit

On en parle aussi à la radio : France Inter, France culture

Les premières planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir le blog de l’auteur formé dans l’animation, avec une planche très drôle d’explications autour de son album.

Essayer aussi le Turbo Media inédit et interactif créé par l’auteur.

Moi j’aime quand Maman…

MOI, J’AIME QUAND MAMAN… par Arnaud Alméras (scénario) et Robin (dessin) (Gallimard jeunesse, 2012, coll. Hors-série Giboulées)

Recueil de situations entre un enfant et sa mère, qui font des choses diverses et variées. Cet album est un cri d’amour à la maman, toujours là pour aider son petit, avec toujours des bonnes idées pour lui faire découvrir ce qui l’entoure…

Voici un album choisi parmi la multitude à la bibliothèque pour son titre et sa jolie couverture. Le format dans cette collection-là est facile à prendre en main, pas trop grand comme certains albums, et pas trop petit non plus. Les pages ne sont pas cartonnées ni plus rigides qu’habituellement, ce qui fait que je ne l’ai pas confié à ma fille, encore trop petite pour ces livres fragiles. Cet album se lit d’un trait, et est toujours composé de la même façon : une page colorée avec le texte qui débute toujours par le titre du livre, comme un refrain, opposée à une pleine page de dessin. L’opposition page de texte et page de dessin est inversée à chaque double page, ce qui fait que nos yeux sont toujours en mouvement et doivent s’arrêter sur le texte puis sur le dessin (ou l’inverse), ce qui n’est pas une mauvaise chose. J’ai apprécié certaines scènes, peut-être parce qu’elles me paraissaient plus plausibles que d’autres. Il n’empêche que chaque lecteur trouvera écho de ces situations dans sa vie personnelle, et c’est cela qui rend cet album attachant. On se doute qu’il s’agit souvent de souvenirs de l’auteur, car j’ai trouvé qu’il y a un fort côté nostalgique dans les textes. La redondance du titre pour chaque situation est drôle au départ, mais à la fin j’ai trouvé cela lassant sur 48 pages, surtout que la fin est quelque peu abrupte. Par contre, cette mise en texte a aussi l’avantage de pouvoir lire l’histoire dans n’importe quel ordre, de commencer par la fin ou le milieu sans problème, puisqu’il n’y a pas d’histoire à proprement parler. Un regret cependant : c’est dommage que les autres membres de la famille soient si peu mentionnés (une fois le papa et une fois les grands-parents). Je sais qu’un livre miroir est sorti avant celui-là : Moi, j’aime quand Papa… Il pourrait être intéressant de comparer les deux, mais pour celui-là, je trouve dommage l’absence d’autres personnages de la famille proche. Au niveau du dessin qui accompagne les textes, il s’agit à chaque fois d’animaux, sauvages ou domestiques, qui symbolisent les humains. Cela permet aussi d’enrichir le vocabulaire de l’enfant sur des animaux bien spécifiques, et de s’imaginer n’importe quelle maman dans la situation. J’aime bien cette façon de mettre des animaux, mais j’ai parfois trouvé le trait tremblant. Je préfère les dessins au trait rond, surtout que cela aurait conféré plus de douceur au dessin, en lien avec les propos, mais je ne suis pas non plus hostile à ce trait-là. Un album agréable sur le coup, mais que ne me laissera pas beaucoup de traces…

A partir de 3 ans selon Ricochet.

On en parle sur les blogs : Un petit bout de bib(liothèque), Livres à lire, Parolimage, Chez Lavinia

9/10

La tectonique des plaques

LA TECTONIQUE DES PLAQUES, par Margaux Motin (Delcourt, 2013, coll. Tapas)

Suite de J’aurais aimé être ethnologue et La théorie de la contorsion. La trentenaire Margaux Motin continue de nous raconter des extraits de sa vie, avec humour. Cette fois, il y a un grand changement dans sa vie : elle s’est séparée du père de sa fille, et doit digérer cet événement. Sa réaction : elle régresse et fait une véritable crise d’adolescence, dans laquelle sa fille se révèle parfois bien plus mature qu’elle… Elle n’oublie pas de nous raconter les moments avec ses copines, ainsi que sa rencontre avec son nouvel homme qui était au départ un de ses amis. Ses doutes, ses questions, sa vie de mère et d’amante… Tout y passe dans cet album, avec une bonne touche d’humour comme la narratrice sait le faire.

Voici le troisième tome de la vie dessinée de Margaux Motin, volumes largement autobiographiques d’une jeune femme parisienne. J’avais de bons souvenirs des deux tomes précédents, mais là je dois dire que j’ai dû m’accrocher pour parvenir à terminer l’album, car j’ai vraiment trouvé le début long et manquant de fil conducteur. L’album fait près de 200 pages, et le début m’a paru bien fouillis. L’histoire est constituée d’une suite d’événements et d’anecdotes plus ou moins longues et on ne sait pas trop où on va au départ. Certains épisodes sont redondants et j’ai parfois trouvé la situation trop exagérée lorsque l’héroïne régresse totalement en enfance ou adolescence. Elle se laisse complètement aller et on n’a parfois qu’une envie : c’est de lui dire de se bouger, de se reprendre en main et de tenir son rôle d’adulte. Bref, le personnage en lui-même ne m’a pas toujours plu. Certaines situations sont par contre craquantes, lorsqu’elle raconte la rencontre avec son nouveau mec, et les questions qui en découlent, elle qui a vécu dix ans avec un même homme auparavant. Ces passages-là ont été pour moi les plus plaisants, j’ai eu l’impression de retrouver le personnage des albums précédents. Globalement, j’ai un avis mitigé sur le scénario de cet album. Par contre, j’adore toujours autant le trait de Margaux Motin, vif et croquant d’une bien jolie manière les personnages. D’ailleurs, le dessin peut même parfois faire passer un message sans aucun texte, c’est dire s’il est expressif. Sa petite fille paraît très mignonne et craquante. Les autres personnages sont aussi très joliment dessinés, avec parfois des looks hautement improbables et complètement déroutants, mais cela ajoute une dose d’humour et de légèreté aux propos qui ne le sont pas toujours. J’ai beaucoup aimé les pages où l’auteur dessine sur une photo, je trouve cela joli, différent et original, parfois même poétique. La tectonique des plaques est donc une lecture qui n’est pas selon moi indispensable, mais qui a au moins le mérite du coup d’œil pour l’agréable trait de l’auteur.

Non mentionné sur l@BD, mais pas avant 15 ans.

On en parle (beaucoup) sur les blogs : Monde de papier, Au fil des lectures, Trait de plume, Exquimots, Gwordia, L’avis d’Agrippine

Plusieurs planches à voir sur le site de l’éditeur.

Aller voir du côté du blog dessiné de l’auteur.

La décision

LA DECISION, par Isabelle Pandazopoulos (Gallimard jeunesse, 2013, coll. Scripto)

La Décision

Louise est une très bonne élève de terminale S, jolie et très appréciée de ses camarades. Un jour en cours de maths, elle demande à sortir. Aidé de Samuel le délégué, elle se rend aux toilettes. Là, Samuel se rend compte que sa camarade s’est évanouie, elle ne répond plus à ses appels, et du sang s’écoule à travers la porte. Il va donc chercher de l’aide. Le proviseur arrive, et trouve la jeune fille inanimée, avec un bébé sur le ventre… Elle a accouché seule. Il va devoir annoncer la nouvelle aux parents de la jeune fille. Ses amis ne savent pas ce qui lui est arrivé. Louise non plus ne sait pas d’où vient ce petit garçon qu’elle n’a pas désiré… Pire, elle jure à ses parents qu’elle n’a jamais couché… Alors d’où vient Noé ? Et comment Louise va-t-elle faire avec le nouveau rôle qu’elle doit endosser sans jamais y avoir été préparée ?

Pour une fois, j’ai acheté ce roman (246 pages), convaincue par les nombreux billets positifs que j’avais pu lire sur la blogosphère. Et bien, je n’ai pas regretté une seule seconde, ce roman se dévore !! J’ai été emportée par l’écriture vraiment réaliste, très dynamique. J’ai beaucoup aimé le fait qu’à chaque chapitre, on ait la vision d’un des protagonistes de l’histoire, avec le niveau de vocabulaire adéquat (selon qu’il s’agisse d’un adulte ou d’un ado). L’histoire est très bien menée, car finalement la parole de Louise n’apparaît qu’assez tardivement dans le récit, et on n’a les visions que de ses proches. Même si l’histoire qui arrive  Louise paraît assez irréaliste, on est dans le même questionnement que tous les personnages ? Comment a-t-elle eu cet enfant ? On se doute bien de quelque chose, mais la résolution de l’énigme est assez inattendue, et l’auteur distille des indices de réponse d’une façon très lente, pour nous amener sur de fausses pistes. C’est donc un récit très bien mené, à plusieurs voix. J’ai juste trouvé qu’il y avait un petit creux lorsque Louise décide de garder son fils et de l’élever dans une structure pour jeunes mères célibataires, mais le rythme reprend ensuite, et la fin est vraiment surprenante… La décision est un texte qui sonne très réaliste, c’est impressionnant comment un tel roman a pu me transporter ! Il s’agit seulement du second roman de l’auteur, à suivre donc… !

A partir de 14 ans selon Ricochet-jeunes.

On en parle (vraiment beaucoup) sur les blogs : Mes lectures de l’imaginaire, Romans entre deux mondes, La bibliothèque de Noukette, Les livres de Mélisande, Les riches heures de Fantasia, Petites madeleines