Goupil ou face

GOUPIL OU FACE, par Lou Lubie (Vraoum, 2016)

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Autobiographie d’une jeune femme prénommée Lou, qui a tout pour réussir, amour, amis, famille, travail…, mais n’y arrive pas pleinement. Elle déprime sans en comprendre les raisons et a ensuite des périodes d’euphorie et de motivation Au fil du temps, et après consultation de nombreux spécialistes, parmi lesquels des psychologues et des psychiatres, elle découvre qu’elle est bipolaire, plus précisément cyclothymique : son tempérament, représenté sous la forme d’un renard, varie du tout au tout très rapidement, de façon parfois incontrôlée. Il va falloir que Lou apprenne à vivre avec, et si possible à domestiquer ce renard pour qu’il prenne moins d’emprise sur sa vie. Elle nous raconte ce combat dans ce roman graphique. Lire la suite

Souriez

SOURIEZ, par Raina Telgemeier (Akileos, 2011)

Autobiographie de Raina, une jeune fille américaine normale, dont le but était d’être comme les autres, mais qui à la suite d’une mauvaise chute, va devoir suivre un parcours de santé complexe pour retrouver son sourire et son moral. Ses deux dents de devant sont cassées, et il va lui falloir beaucoup de temps et de courage pour retrouver son sourire. Entre les rendez-vous chez les spécialistes, les réunions de scouts, les journées au collège… Raina va grandir, apprendre à mieux cerner les autres et aussi voir naître sa voie artistique… Lire la suite

La différence invisible

LA DIFFÉRENCE INVISIBLE, par Julie Dauchez (scénario) et Mademoiselle Caroline (dessin) (Delcourt, 2016, coll. Mirages)

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Marguerite a la vingtaine, un petit ami, un emploi de bureau dans une entreprise. Sa petite vie est parfaitement réglée, il faut dire que Marguerite aime son train-train et déteste tout imprévu : son trajet est parfaitement réglé, tout comme son emploi du temps quasi-minuté. La jeune femme déjeune toujours seule et ne prend pas de pause avec ses collègues, elle ne saisit pas le second degré et passe pour être particulière, voire même bizarre aux yeux de ses collègues. Elle a aussi des difficultés avec la vie en société : elle déteste les week-end imprévus ou loin de chez elle, ainsi que les soirées avec les amis de son mec, amis qui ne lui adressent même plus la parole. En même temps, elle ne sait pas quoi leur dire… Un jour, à force de se demander pourquoi elle n’est pas comme les autres, elle tombe sur un article sur internet qui lui fait découvrir le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. C’est la révélation pour la jeune femme, qui va alors, à force de persuasion et de persévérance, passer des tests et être diagnostiquée Asperger, « aspie » pour les intimes….

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La vie de tous les jours

LA VIE DE TOUS LES JOURS, par Mickaël Roux (Bamboo, 2015)

Mickaël est un auteur de bande dessinée qui manque parfois d’inspiration. C’est aussi le papa du jeune Léon. Il nous raconte, non sans humour, sa vie de famille avec sa compagne et son fils, entrecoupé parfois de problèmes existentiels ou superficiels, de superhéros et autres moments déjantés… Lire la suite

Fatherland

FATHERLAND, par Nina Bunjevac (Ici même, 2014)

Souvenirs d’enfance de l’auteur qui retrace, à partir des témoignages qu’elle a recueillis, le parcours de son père dont elle n’a pas de souvenirs. Née en 1973 au Canada de parents serbes, Nina Bunjevac a grandi en Amérique du Nord, avant de partir en Yougoslavie en 1975 avec sa sœur et sa mère sous prétexte de vacances dans la famille maternelle, alors que son père gardait son fils Petey avec lui. Ce départ a été accepté par le père en échange du chantage avec le fils. Le père, dont on a le portrait en couverture de l’album, était en effet politiquement engagé dans un groupe terroriste, militant du retour du roi pour son pays d’origine, voulant renverser le gouvernement de Tito au pouvoir en Yougoslavie depuis 1945, en commettant des attentats contre les intérêts de sympathisants de Tito au Canada et aux Etats-Unis. Au contraire, la famille de la mère de Nina était partisane du gouvernement. Ainsi Nina a grandi en Yougoslavie avec sa mère, sa sœur et sa famille maternelle, et n’a jamais revu son père, mort en 1977 dans une explosion accidentelle. La famille a été durablement séparée, au point que le fils n’est jamais venu les rejoindre en Yougoslavie, tellement une mauvaise image du pays lui avait été donnée par son père. Nina Bunjevac nous retrace tout ce parcours, dans lequel la petite et la grande histoire s’entremêlent…

Voici un roman graphique grand format sur un sujet qui ne me parlait pas du tout avant de choisir ce livre en bibliothèque : l’histoire de la Yougoslavie dans les années 1970, où s’opposaient les partisans du retour du roi et ceux favorables au régime en place dirigé par Tito. L’histoire n’est pas simple à suivre, j’ai surtout retenu la violence présente dans une bonne partie de l’album.

L’auteur fait parfois de longs rappels historiques sur la Yougoslavie, dirigée par Tito jusqu’en 1980. C’est complexe à suivre quand on n’y connaît rien, quand les noms des personnages se ressemblent grandement et que la situation politique est plus que compliquée, pour un « lecteur de l’Ouest »…  Nina Bunjevac remonte parfois plusieurs siècles en arrière pour expliquer les divisions qui ont toujours existé en Yougoslavie, au niveau des croyances, des langues, des alphabets… Elle retrace aussi les portraits de ses grands-parents paternels, peut-être pour tenter de mieux comprendre la personnalité complexe de son père, orphelin très jeune, et de saisir la manière et les raisons de sa radicalisation au point de devenir un terroriste nationaliste. On ne sent pas de rancœur de l’auteur envers son père, ni envers sa mère qui lui a fait vivre son enfance sous un régime communiste, d’apparence moins dur que celui mis en place en URSS. Elle parvient à prendre de la distance par rapport à son histoire familiale et c’est une sacrée prise de recul. Elle mêle la grande histoire, celle de son pays d’origine, avec son histoire familiale, d’une façon fluide. A certains moments, on a l’impression de feuilleter avec elle son album de photos fidèlement reproduit.

Le dessin est très particulier, en noir et blanc, et très figé. On voit presque en filigrane les photos sur lesquelles elle se serait basée, car les traits sont très précis. Par contre, le côté figé m’a un peu refroidi, je n’ai pas eu l’impression de voir les protagonistes de l’histoire bouger, j’ai eu du mal à imaginer les scènes vivantes. Les cases sont souvent très remplies, avec beaucoup de petits quadrillages, pointillés et hachures, ce qui donne un petit côté suranné à cet album, sans pour autant que ce soit désagréable. (Voir les liens vers les blogs ci-dessous pour voir quelques cases).

En conclusion, Fatherland est un album compliqué d’accès, regorgeant d’informations historiques qui se veulent les plus précises possibles, et c’est un témoignage sur une période historique méconnue et rien que pour cela, il constitue un album intéressant. Après, le trait de l’auteur ne relève que d’une histoire de goût personnel, mais on ne peut lui reprocher d’avoir voulu retracer au plus juste le parcours de son père avec son scénario et son dessin.

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans tout de même.

On en parle (peu) sur les blogs : Le calamar noirLibrairie du Parc, Next Libération.

Interview de l’auteur à lire sur Infrabulles.

Consulter aussi le site de l’auteur en anglais.

Articles sur l’histoire de la Yougoslavie depuis 1918 et histoire de la Serbie du VIe siècle à 2008 à lire sur Hérodote.net en versions synthétiques.

Cet album participe à la-bd-de-la-semaine-150x150, cette semaine chez Yaneck.

Vertiges de Quito

VERTIGES DE QUITO : Les aventures extraordinaires de l’auteur, sa famille et son chat en Amérique du Sud, par Didier Tronchet (Futuropolis, 2014)

Didier Tronchet part avec sa femme et son fils en Equateur, pays d’Amérique du Sud. Au départ prévu pour durer un an, le périple durera finalement trois années, pendant lesquelles il va découvrir ce pays méconnu, avec un mode de vie et des traditions différentes de celles auxquelles il est habitué. Il nous raconte cela à travers différents chapitres thématiques, en sortant parfois de la vie dans la capitale en se rendant au bord de l’océan pacifique ou en faisant un détour par la Bolivie.

Voici un album lu au début de l’été, parce que le sujet du voyage me plaisait bien, que c’était une sorte de préambule aux vacances… Je n’ai pas été déçue par cette lecture, juste un peu désarçonnée au départ par le trait un peu particulier de Didier Tronchet que je ne connaissais pas. Les couleurs sont jolies, pas forcément toujours hyper-réalistes mais elles ne dérangent pas non plus la lecture. Les chapitres sont de longueur inégale, et organisés de façon thématique, parfois sans trop de lien mais cela ne ralentit pas la lecture. En tout cas, c’est très instructif sans être rébarbatif car on apprend plein de choses sur la géographie du pays, la religion telle qu’elle est pratiquée là-bas, ou encore la philosophie des habitants menacés par l’environnement à risque de la capitale à flanc de montagne. Ce n’est pas non plus une vision colonialiste ou pro-européenne, l’auteur décrivant simplement ce qu’il observe du pays et de ses habitants, sans se permettre de porter un jugement. Un bien joli récit dépaysant, qui donne envie de voyager en famille !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Vu des yeux doliBD, Ligne claire, Mon biblioblog

Premières planches à voir sur Izneo.

C’est le retour de la bd de la semaine, cette semaine chez un amour de BD.

L’arabe du futur

L’ARABE DU FUTUR, tome 1 : UNE JEUNESSE AU MOYEN-ORIENT (1978-1984), par Riad Sattouf (Allary éditions, 2014)

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad grandit avc deux cultures. Son père trouvant d’un emploi dans la Libye de Kadhafi, la famille déménage alors à Tripoli, et Riad nous raconte sa découverte du colonel, le mode de vie particulier lybien avec le petit livre vert, mais aussi la rencontre avec ses premiers amis… Ensuite son père trouve un poste dans son pays natal dirigé alors par le père de B. Al-Assad, et les voilà qui redéménagent pour le village  paternel près de Homs, et c’est pour Riad la découverte des cousins et encore une vie differente où l’absence de nourriture se fit sentir… Au fil des anecdotes et de ses souvenirs, Riad découvre sa famille syrienne, mais aussi celle française lorsqu’il retourne en Bretagne pour les vacances…

J’ai emprunté cet album quelques temps avant qu’il ne soit récompensé à Angoulême. L’ouvrage ayant été coup de coeur des bibliothécaires, la liste d’attente pour l’avoir était plus longue qu’habituellement, et donc j’ai enfin pu le lire et me faire mon avis. On a là un roman graphique d’un peu plus de 150 planches, qui ne constitue que le premier volume de ce qui sera normalement une trilogie. Cela se lit bien, même si parfois il y a quelques longueurs et qu’à mon goût, il y a quelquefois un manque de lien entre les épisodes racontés en quelques cases. Le récit reste tout de même dynamique grâce aux nombreuses touches d’humour et d’ironie disséminées dans l’album.

Ce sont les souvenirs du jeune Riad retracés de manière chronologique, sans volonté de dénoncer quoi que ce soit, mais juste de montrer ce qu’il a vécu et ressenti à l’époque, bref c’est forcément un peu biaisé, car vu à travers les yeux d’un enfant, mais c’est aussi cela qui fait la singularité de l’album. Quelques éléments de contexte nous sont cependant donnés pour mieux comprendre la particularité de la situation : par exemple comment Kadhafi a pris le pouvoir en Libye ou encore comment Hafez Al-Assad, faisant partie de la minorité chiite, a mené le coup d’état qui l’a conduit à la tête de l’état syrien. Sinon, on a aussi des éléments de vie quotidienne : le livre vert de Kadhafi, l’absence de propriété avec les désagréments que cela peut générer en Libye, la distribution de nourriture en Syrie… C’est un album intéressant à mettre en parallèle avec la situation actuelle en Syrie : pour moi qui ne connais pas du tout l’histoire de ce pays, Riad Sattouf m’a appris certains éléments qui m’éclairent un peu sur la situation. L’arabe du futur est donc à la fois un témoignage recueil de souvenirs, mais aussi une approche instructive de la Libye et de la Syrie.

A propos du trait, c’est aussi une bonne surprise : je n’avais pas aimé Retour au collège, et j’ai trouvé cette fois le dessin agréable. Le trait est expressif et pas exagéré, on distingue facilement les personnages les uns des autres, les couleurs sont utilisées intelligemment, une par chapitre, pour réchauffer le trait, donner de la texture aux différentes cases. J’ai bien aimé ce procédé. En tout cas, j’ai envie de lire la suite pour connaître l’enfance hors du commun de Riad. Cependant il va falloir attendre un peu avant qu’elle ne sorte…

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : My little discoveries, Au bout de la corde, D’une berge à l’autre, Esperluette, Blog brother, SambaBD

Premières planches à voir sur Digibidi.

Cet album a reçu plusieurs récompenses, parmi lesquelles le Fauve d’or du meilleur album à Angoulême en janvier dernier, et le grand prix RTL de la BD 2014.

C’est ma troisième participation à la bd de la semaine chez Un amour de BD.