L’esprit de Lewis, tome 1

L’ESPRIT DE LEWIS, tome 1, par Bertrand Santini (scénario), Lionel Richerand (dessin) et Hubert (couleurs) (Soleil, 2017, coll. Métamorphose)

esprit lewis

1898, la mère de Lewis, jeune homme anglais, vient de décéder. Elle lui lègue les propriétés familiales et à lui de subvenir aux besoins de ses trois sœurs jusqu’à leurs mariages. Mais Lewis n’en a cure, et demande à n’avoir qu’une seule propriété, celle de Childwickbury, un manoir isolé sur une île, et laisse les autres à ses sœurs. D’ailleurs, une fois sorti de chez le notaire, il décide de s’y rendre, pour se remettre de ses émotions suite au décès, mais aussi pour trouver l’inspiration pour écrire un roman, lui qui aimerait tant devenir écrivain. Sur place, il retrouve Martha, qui tient la maison en l’absence de la famille. Accompagné de son chien Tania, Lewis rencontre un fantôme qui ne se rappelle de rien, sauf de son prénom : Sarah… Les deux ne peuvent plus se quitter : Lewis va aider Sarah à en savoir plus sur sa mort et sur son état d’entre-deux, tandis que Sarah va libérer le potentiel créatif de Lewis, qui se met à écrire sans discontinuer…

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Portugal

PORTUGAL, par Cyril Pedrosa (Dupuis, coll. Aire libre, 2011)

Trentenaire, Simon Muchat est un auteur de bandes dessinées qui n’a plus d’envie, plus de motivation pour écrire. D’ailleurs, il n’a plus envie de grand-chose. Il est invité à participer à un festival de bandes dessinées au Portugal, s’y rend mais sans grande conviction. En rentrant en France, toujours aussi peu motivé, sa petite amie qui avait des projets de couple pour eux le quitte, lasse de son comportement. Un peu déprimé, seul, il va se faire un peu violence pour se rendre au mariage de sa cousine qu’il n’a pas vu depuis des années, revoir ses oncles et tantes ainsi que son père qui vient de se séparer de son épouse. Il va partager avec eux des moments particuliers, où chacun va se révéler. Au fil des rencontres et des dialogues, Simon s’interroge sur le Portugal, le pays d’origine de son père. Il sait qu’il a des cousins là-bas, mais ne parle pas la langue. Il se rappelle sa grand-mère et son accent, ainsi que quelques rares autres souvenirs. Alors il décide de se rendre directement sur place, pour retracer l’histoire de la famille Muchat. Il retrouve là-bas des cousins mais aussi et surtout ses racines…

Voici un album qui fait partie du top BD des blogueurs, plutôt dans le haut du classement. Son épaisseur (et son prix surtout) m’avaient un peu dissuadée en librairie, mais j’ai eu l’occasion de l’emprunter en bibliothèque dernièrement et je ne le regrette pas. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de cet album, dues principalement aux couleurs. Le dessin est très joli aussi, très aérien, sorte de crayonné pas terminé, comme capturé sur le vif (comme dans Trois ombres, un autre de ses albums, paru en 2007). Bref, ça se lit assez bien, et on est transporté avec Simon, en Bourgogne d’abord puis au Portugal. Il y a pas mal de détours dans l’album : je veux dire pas là que le récit se développe parfois pour ensuite revenir au fil conducteur. J’ai eu parfois du mal à m’y retrouver là-dedans car j’ai lu l’album en plusieurs fois, ce qui a été finalement assez compliqué. On est dans la tête du héros (d’ailleurs l’histoire est racontée à la première personne du singulier), et donc il y a parfois des moments un peu fantastiques, oniriques, par exemple lorsqu’il est complètement démotivé et perdu et a tendance à couler. On comprend bien qu’il a un vide quelque part, du fait de ne pas connaître véritablement l’histoire de sa famille. Cette quête des origines est un beau sujet, que Cyril Pedrosa illustre très bien. On comprend pourquoi cet album a reçu le prix FNAC à Angoulême en 2011 et pourquoi tant de chroniques sont si positives sur les blogs.

J’ai trouvé cette lecture agréable, mais il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour être totalement séduite. Peut-être aurait-il fallu que je le lise en une seule fois, pour que je m’immerge totalement dans cette histoire ?

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Chroniques de l’invisible, Un amour de BD, Calokilit, Pause Kikine, journal d’une lectrice

Consulter le blog de Cyril Pedrosa.

Premières pages à lire sur Izneo.

Les derniers jours de Stefan Zweig

LES DERNIERS JOURS DE STEFAN ZWEIG, par Guillaume Sorel et Laurent Seksik (Casterman, 2012)

Récit de la fin de la vie de l’auteur autrichien Stefan Zweig. Auteur indésirable à cause de ses écrits, dans son pays annexé par le IIIème Reich, il s’exile à New-York aux Etats-Unis puis au Brésil à Pétropolis, avec sa seconde épouse Lotte. Là-bas, malgré un paysage sublime, une reconnaissance mondiale, une guerre qui semble lointaine et une femme qui l’aime plus que tout, l’homme de lettres voit arriver la fin d’un monde. Pessimiste sur la suite du déroulement du conflit, préfère mettre fin à ses jours aux côtés de Lotte, de plus en plus malade…

Encore un album du top BD des blogueurs. Je n’ai pas fait d’études littéraires, je ne connais Stefan Zweig que de nom, mais j’ai apprécié cette histoire adaptée du roman éponyme paru en 2010 (écrit par Laurent Seksik, qui a lui-même adapté son scénario pour cet album). On voit bien le côté torturé de l’homme qui ne voit pas l’avenir sereinement, alors que son épouse croit encore pouvoir retourner à Vienne, une fois la guerre terminée. Des aspects historiques sont abordés, avec le cours de la guerre, dominée par les forces de l’Axe jusqu’en 1942. Par contre, il m’a manqué certaines clés pour mieux comprendre le récit, par exemple lorsque Zweig parle du destin d’autres personnes, qui se sont suicidées ou ont été tuées par le régime nazi. J’ai aimé les références à Vienne, nombreuses en dessin (les couleurs dans les tons marron et ocre sont magnifiques, même si elles apportent beaucoup de nostalgie aux propos et aux souvenirs), même si je ne pense pas tout avoir compris. Le dessin est magnifique, j’aime particulièrement cette couverture où Zweig est déjà le regard dans le vide, alors que sa femme tente vainement de le raccrocher à la vie. Le suicide en fin d’album est particulièrement bien abordé, sans montrer l’acte en lui-même : j’ai trouvé cette façon très subtile. On sent tout au long de l’histoire que Zweig est particulièrement déprimé, il ne montre jamais un soupçon de joie ou de pessimisme. C’est donc quand même un album à ne pas lire quand on ne va pas bien. Mais sinon, c’est un album à essayer !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Art de lire, Des mots et des notes, Au milieu des livres, Un amour de BD

Jeunauteur, tome 1 : souffrir pour écrire

JEUNAUTEUR, tome 1 : SOUFFRIR POUR ÉCRIRE, par Stéphane Dompierre et Pascal Girard (Québec Amérique, 2008, coll. CodeBar)

https://i0.wp.com/ec56229aec51f1baff1d-185c3068e22352c56024573e929788ff.r87.cf1.rackcdn.com/attachments/large/6/5/9/001309659.jpgUn homme décide d’écrire son premier roman, mais cela s’avère plus compliqué que prévu, il va connaître l’angoisse de la page blanche, celle du mot juste, les soucis informatiques plus ou moins graves… pour finalement arriver, après maintes péripéties à produire un manuscrit. Mais il va falloir encore le proposer aux maisons d’édition…

Voici un album rapporté des vacances au Québec il y un an et demi, et qui dormait depuis dans les étagères de notre bibliothèque. Il s’agit d’un petit album, un peu plus petit que le format A5, donc il s’était bien caché. Je l’ai retrouvé récemment, et l’ai lu d’une traite. Le sujet est simple, mais je ne l’avais pas encore lu en BD. Chaque page est titrée, pour donner l’idée du thème des 4 cases qui la compose. Le dessin est en noir et blanc, simple, assez répétitif, sans décors. C’est sympa à lire, parfois ce n’est pas assez développé à mon goût, mais ça se lit quand même, et ça fait sourire, à défaut de faire vraiment rire. On voit bien l’évolution du travail de l’auteur, qui ne comprend pas que l’écriture du roman (il parvient à faire d’autres choses en même temps, lorsqu’il n’a pas d’inspiration) mais également le parcours pour éditer l’ouvrage et gagner sa croûte. Un tome 2 est sorti, intitulé « gloire et crachats », mais je ne suis pas sûre de le trouver chez mon libraire…

Non-mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans tout de même.

On en parle sur le net : Jipiman, Voir.ca, Aveugle.

Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur

LEA NE SE SOUVIENT PAS COMMENT FONCTIONNE L’ASPIRATEUR, par Corbeyran (scénario) et Gwangjo (dessin) (Dargaud, 2010)

Louis Levasseur est un homme qui n’a pas spécialement réussi sa vie : deux fois divorcé, avec des enfants qu’il ne voit plus, sa carrière professionnelle est aussi un échec. Il est un écrivain sans inspiration. Un jour, il découvre au pied de son immeuble des sacs poubelles éventrés, contenant un grand nombre de notices d’appareils électroménagers, ainsi qu’un journal intime. Après hésitation, il récupère ces papiers et commence à lire le journal qui s’avère être celui d’une de ses voisines mariée depuis moins d’un an et qui vient juste de divorcer et de déménager quelques jours auparavant. Louis dévore le journal et trouve là un sujet pour son prochain roman. Il s’attache donc à raconter la vie de Léa, dont l’amnésie la conduit à ne plus savoir utiliser l’aspirateur, le grille-pain, le fer à repasser… Avec son roman, Louis fait fortune. Son oeuvre va même être adaptée à l’écran, avec des grands noms du cinéma. Pourtant, Louis se sent coupable d’avoir utilisé l’a vie d’une inconnue pour gagner de l’argent. Il va donc se lancer à la recherche de la vraie Léa et connaître sa vraie vie. Ce qu’il va découvrir va être bien loin de ce à quoi il pouvait s’attendre…

Voici un album au titre étrange et intrigant de par sa longueur. De format moyen pour 130 pages et en noir et blanc, il est assez atypique. Et bien, j’ai adoré. Je l’ai dévoré, car l’histoire est finalement prenante et surprenante. En effet, on se demande en même temps que Louis que font ces multiples notices dans une poubelle, qui plus est avec un journal intime. Et finalement, on suit volontiers Louis dans sa démarche, à savoir retrouver Léa, qu’il connaît uniquement par ses écrits délaissés. On passe rapidement sur la nouvelle célébrité de l’écrivain devenu à succès, adulé par tous, rencontrant de grandes stars. Le plus intéressant reste la recherche de Léa, au départ par l’intermédiaire de ceux qui l’ont connus (la concierge, son ancien mari…). Le dessin est tout en crayonné, magnifique et très réaliste. Très travaillé, très fouillé, il pourrait parfois ressembler à des photographies. Il est vraiment très agréable à regarder et complète justement le scénario original. Quelques touches de manga ajoutent un petit plus et rappellent l’origine du dessinateur. Pour ne pas dévoiler complètement la fin, cet album, touchant, a un rapport avec d’autres que j’ai lus sur les femmes (Luchadoras et En chemin elle rencontre). Bref, très bel album, à lire et à faire lire !

A partir de 15 ans d’après la base BD du CNDP.

Lire les avis de Cécile, de Temps de livres, ainsi que l’article dans l’Express culture.