Culottées tome 2

CULOTTÉES tome 2, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu (Gallimard BD, 2017)
Suite du tome 1, avec de nouvelles biographies de femmes aux parcours hors du commun, un peu partout dans le monde, de l’Inde à la France, de l’Afghanistan aux Etats-Unis, dans des domaines aussi variés que la vulcanologie, la musique et le chant, le bien-être animal, le droit, le banditisme, le journalisme, l’utopisme réaliste… Ainsi, on passe de Katia Krafft aux Shaggs, de Sonita Alizadeh à Betty Davis, de Thérèse Clerc à Phulann Devi, de Mae Jemison à Cheryl Bridges… Lire la suite

La différence invisible

LA DIFFÉRENCE INVISIBLE, par Julie Dauchez (scénario) et Mademoiselle Caroline (dessin) (Delcourt, 2016, coll. Mirages)

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Marguerite a la vingtaine, un petit ami, un emploi de bureau dans une entreprise. Sa petite vie est parfaitement réglée, il faut dire que Marguerite aime son train-train et déteste tout imprévu : son trajet est parfaitement réglé, tout comme son emploi du temps quasi-minuté. La jeune femme déjeune toujours seule et ne prend pas de pause avec ses collègues, elle ne saisit pas le second degré et passe pour être particulière, voire même bizarre aux yeux de ses collègues. Elle a aussi des difficultés avec la vie en société : elle déteste les week-end imprévus ou loin de chez elle, ainsi que les soirées avec les amis de son mec, amis qui ne lui adressent même plus la parole. En même temps, elle ne sait pas quoi leur dire… Un jour, à force de se demander pourquoi elle n’est pas comme les autres, elle tombe sur un article sur internet qui lui fait découvrir le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. C’est la révélation pour la jeune femme, qui va alors, à force de persuasion et de persévérance, passer des tests et être diagnostiquée Asperger, « aspie » pour les intimes….

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Culottées tome 1

CULOTTEES tome 1 : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, par Pénélope Bagieu  (Gallimard, 2016)

culotteesAlbum de courtes biographies de femmes aux destins hors du commun. On retrouve toutes les époques, tous les continents et toutes sortes de destins : impératrice en Chine, travailleuse sociale africaine prix Nobel de la paix 2011, femme à barbe au XIXe siècle, reine africaine au XVIIe siècle, gynécologue grecque antique, guerrière chamane au XIXe,  nageuse australienne au XXe siècle, gardienne de phare américaine, créatrice finlandaise de trolls après la guerre … Les histoires racontent le plus souvent la vie complète de la femme, ou parfois juste un événement particulier, mais à chaque fois, cela montre des femmes qui font voler en éclats les préjugés sur leur sexe, à une époque où elles étaient considérées inférieures, incapables ou encore soumises aux hommes… Lire la suite

L’île aux femmes

L’ÎLE AUX FEMMES, par Zanzim (Glénat, 2015)

1915, Céleste, un aviateur adulé par les femmes, se voit confier une mission avec son avion, mais il échoue et se retrouve comme Robinson Crusoé sur son île, échoué au milieu de nulle part et sans aucun moyen de contacter le monde extérieur. Alors il va survivre, en bâtissant sa cabane, en pêchant de façon rudimentaire, en lisant aussi les lettres du courrier qu’il était chargé de ramener du front vers les épouses des soldats à l’arrière. Désespéré au point de lancer une bouteille à la mer, et frappé parfois de bouffées délirantes, il se rêve des femmes qui lui manquent. Un jour par hasard, en chassant, il tombe dans un trou et atterrit près d’une cascade où se baignent plusieurs femmes. Intrus, il est immédiatement capturé et emmené au village sans être ménagé. Après un débat âpre entre toutes les membres du groupe, il est conduit en prison où il rencontre un autre homme qui lui apprend la situation : ils sont sur une île où les femmes dominent, et les hommes ne sont là que pour être des reproducteurs… Ce qui paraît être un rêve pour Céleste le Don Juan va s’avérer être un cauchemar, surtout qu’il va s’approprier les poèmes dans les courriers des soldats et s’enfoncer dans le mensonge…

Voici un album fantastique très bien construit. Autant le dire tout de suite, j’ai beaucoup aimé. Tout d’abord le trait est à la fois simple et travaillé (déjà repéré dans Ma vie posthume tome 1 et tome 2), avec de nombreux portraits et formes féminines. On sent que le dessinateur a pris plaisir à dessiner les courbes des nombreuses (jeunes) femmes en petites tenues. Je ne sais pas si on peut dire que cet album est féministe, mais c’est en tout cas un pari réussi mêlant poésie et humour parfois grinçant. Le scénario, avec cette inversion des rôles, est vraiment original : la situation de Céleste pourrait être un rêve pour de nombreux hommes, mais on en vient presque à plaindre ce pauvre homme pour ce qu’il va subir… Obligé de mentir pour pouvoir prendre la place de l’homme reproducteur de l’île pour toutes ces amazones, il trouve son inspiration parmi les courriers qu’il devait convoyer avec son avion, et ces situations cocasses ponctuent l’histoire. Dans cet album au dessin particulier pas toujours ultra-réaliste (mais ce côté parfois désuet et plein de charme passe très bien), un certain nombre de dialogues sont remplacés par des onomatopées, et cela permet de lire différemment l’histoire. Bref, un album très sympa, à la fin très originale, vraiment inattendue, avec les parallèles des personnages. On se fait bien mener en bateau, et j’ai aimé cela ! C’est un album à lire, si ce n’est pas déjà fait !

Non mentionné sur l@BD, je dirais à partir de 15 ans.

On en parle sur les blogs : D’une berge à l’autre, Oncle Fumetti, Le blog de Krol, La ronde des post-it, Temps de livres, Mille et une frasques

Premières planches à lire sur Izneo.

Rosko, tome 1 : Per Svenson doit mourir aujourd’hui

ROSKO, tome 1 : PER SVENSION DOIT MOURIR AUJOURD’HUI, par Zidrou (scénario) et Alexei Kispredilov (dessin) (Delcourt, 2014)

Dans un futur proche où les médias dominent la société, Rosko Timber est un policier jeune retraité, qui travaillait pour l’agence privée P.Pol. Six ans auparavant, il était parvenu à mettre la main sur un dangereux tueur en série complètement fou, Per Svenson, recherché activement. En prison, ce dernier est condamné à mort, mais ce sont les téléspectateurs qui doivent choisir comment va se terminer la vie du serial killer : mort par combustion ou douche d’acide ? Les pronostics vont bon train… L’exécution doit même être diffusée en direct, et les producteurs font tout pour augmenter leur audience… Tout se passe comme leur plan l’avait prévu, jusqu’au moment où, en direct à la télévision, Per Svenson prend en otage des surveillants de sa prison et s’échappe, quelques minutes avant l’heure prévue de son exécution… Rosko est rappelé en renfort, pour sauver la situation, mais cela fait partie du plan…

Je continue ma découverte du scénariste Zidrou, auteur multi-facettes s’il en est, avec cet album bien noir et magistralement mené. L’histoire est réellement haletante, et parvient à faire monter le suspense. Il n’y a pas de temps mort dans cette histoire qui commence par l’arrestation du tueur lors de ses derniers assassinats. Les auteurs montrent ensuite les dérives liées à l’ultramédiatisation et au libéralisme à outrance, avec la société de production qui détient un sacré large pouvoir sur le peuple : la police est privée et donc ne protège que ceux qui ont leur cotisation à jour, elle cherche les scoops et autres scandales juste pour satisfaire ses objectifs d’audience et croit pouvoir maîtriser la situation, jusqu’au moment où celle-ci lui échappe réellement et où tout dérape… Cet album est donc très riche et dense : le rythme est maintenu au long des 96 pages, entre les médias omniprésents, la recherche du tueur et la vie de famille du policier Rosko qui apaise l’aspect trépidant de la quête de Svenson. Concernant le dessin, c’est là que je suis un peu plus nuancée, car le trait du jeune Alexei Kispredilov est assez particulier. On n’entre pas si facilement dans son trait : des portraits sont parfois seulement esquissés, et j’ai eu quelquefois l’impression que certaines cases n’étaient pas terminées, un peu comme pour les couleurs, un peu trop unies à mon goût. Par contre, le découpage est intéressant : il est changeant, donc particulièrement dynamique. Nerveux, il convient tout à fait à ce genre de récit noir, même si je n’en suis pas super fan. On s’y fait sans problème au bout de quelques planches, mais je n’ai pas un coup de cœur pour ce type de dessin. Un seul vrai regret sur cet album : c’est dommage qu’il ne s’agisse que du tome 1, car on n’a qu’une envie une fois parvenu à la fin, c’est savoir la suite, et elle n’est pas encore sortie !

A partir de 13 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Samba BD, Chroniques de l’invisible, La bibliothèque de Noukette, Un amour de BD, A voir à lire, Sin City

Premières planches à voir sur Izneo.

Biographie du dessinateur à voir sur le site de la Cibdi d’Angoulême, où il a été auteur résident.

Muchacho, tome 1

MUCHACHO, tome 1, par Emmanuel Lepage (Dargaud, 2004, coll. Aire libre)

Novembre 1976, au Nicaragua. Accompagné de Joaquin, Gabriel de la Serna, un jeune séminariste, se rend à San Juan auprès du père Ruben. Le jeune homme est doté d’un sacré talent de peintre et dessinateur, et a pour mission de décorer un mur de l’église, mais ses dessins manquent de vie pour Ruben. Il lui conseille alors de dessiner les gens de San Juan tels qu’ils sont, et Gabriel se décide donc à observer les habitants de ce village. Il va alors découvrir qui ils sont vraiment, mais aussi la répression militaire exercée contre les habitants… Il faut dire que Gabriel a un statut particulier, car il est le fils d’une famille dirigeante de la dictature et donc n’est donc pas accepté d’un claquement de doigts par les locaux : il va lui falloir faire preuve de beaucoup de patience pour que les villageois ne le mettent pas de côté, et ne voient plus en lui le fils de son père mais un jeune homme plein de sensibilité et de compréhension… En tout cas, cette vraie vie loin de la capitale va être une véritable gifle pour le jeune homme qui découvre la vraie vie…

Il s’agit là de la première partie d’un diptyque sur un jeune religieux qui n’a pas encore prononcé ses vœux, et qui se rend dans une commune isolée du Nicaragua pour y remplir sa mission de peintre. Citadin et fils d’une famille dirigeante, ce séjour en campagne chez des gens « normaux » lui permet de se rendre compte de ce qu’est le pays en réalité : la répression militaire contre les opposants est féroce et la vie en communauté n’est pas si simple non plus. Il n’est pas très bavard, très intérieur, et n’est pas forcément attachant, mais c’est intéressant de découvrir le pays à travers ses yeux. En effet, je ne connais pas du tout le Nicaragua ni son histoire, alors il m’a sûrement manqué des clés de lecture et de compréhension pour mieux saisir cet album très riche. Par contre, j’ai trouvé l’album très travaillé, avec des couleurs tout en nuance, des traits très détaillés. Les décors ne sont pas simplifiés, chaque case est un bonheur à regarder, et les couleurs chaudes utilisées nous plongent vraiment dans ce pays où le régime répressif est fort. La couverture est déjà simplement magnifique, même si elle ne présente que le personnage central de cette histoire, mais elle démontre simplement le grand talent du dessinateur. L’histoire est quant à elle complexe, comportant des non-dits que je n’ai pas compris du premier coup (il y a pas mal d’allusions qui ne sont pas expliquées tout de suite, comme par exemple les confiscations des briquets), mais cela démontre la richesse et la complexité du scénario. J’ai fait pas mal d’allers-retours dans l’album pour pouvoir suivre le fil de l’histoire, mais je n’ai pas trouvé ça désagréable, c’est juste qu’il faut être suffisamment concentré pour suivre cette histoire. A voir comment le tome 2 va évoluer, mais je ne doute pas qu’il soit aussi bien que le premier !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Pause Kikine, Coeur de libraire, Depuis le cadre de ma fenêtre, Bdouille

Premières pages à lire sur Izneo.

Cet album fait partie du challenge « Les ignorants » de Kikine.

Une histoire d’hommes

UNE HISTOIRE D’HOMMES, par Zep (Rue de Sèvres, 2013)

Dans les années 1990, quatre amis formaient un groupe de rock, les Trincky Fingers, qui fonctionnait pas si mal que cela. A la suite d’une audition en Angleterre qui dégénère, le groupe est dissous et chacun repart vivre sa vie de son côté. Tous reprennent une vie plus ou moins pépère en France, sauf Sandro, le leader charismatique du groupe, qui se fait un nom outre-Manche et devient un chanteur reconnu avec plusieurs albums à son actif. Les quatre ex-amis se retrouvent après 18 ans, en Angleterre, dans la grande maison de Sandro et Annie, ex d’Yvan, guitariste et compositeur du groupe. Cela va être l’heure des souvenirs de jeunesse, entre rock’n roll, drogues, concerts, amours d’un soir… et aussi l’occasion de comprendre ce qui s’est passé depuis tout ce temps. Le week-end en Angleterre va s’avérer plus difficile que prévu, et sera aussi l’occasion pour Yvan de réfléchir sur sa vie actuelle…

Voici un album glissé sous le sapin il y a quelques jours, et déjà lu. Je n’ai pas réussi à le lâcher avant la fin, tellement j’ai été happée par l’histoire. J’ai beaucoup aimé cette première histoire de Zep pour les adultes. Le trait est reconnaissable entre mille, et le dessin est très agréable, juste et réaliste. Il y a assez peu de décor, le dessin est concentré sur les personnages. L’utilisation de la couleur est particulière, chaque case n’en ayant qu’une seule, qui change au fil des planches. Cette monochromie confère une sacrée ambiance à l’album, et permet aussi de distinguer facilement les flashbacks, assez nombreux dans cette histoire. J’ai été touchée par cette histoire d’amitié, où les non-dits sont toujours d’actualité, même 18 ans après. On sent qu’Yvan est plein de reproches envers Sandro, et en même temps, il y a de quoi le comprendre : sa copine l’a lâché pour Sandro et depuis, il ne compose plus et n’a même jamais retouché à une guitare. Bref, une vie assez triste pour lui. Malgré quelques stéréotypes parfois, j’ai trouvé le récit très touchant, et j’ai beaucoup aimé les références à des personnalités existantes, car cela rend le récit d’autant plus réaliste et crédible. Certaines répliques sont aussi particulièrement savoureuses ! Enfin, sur les quelques cases où on voit le groupe, on s’imagine presque la musique qu’ils jouent, l’ambiance dans la salle. Bref, j’ai été emportée par cette histoire !

A partir de 15 ans selon l@BD.

On en parle sur les blogs : Blog Brother, Hop-blog, La bibliothèque de Noukette, le blog de Yv, Bulles et onomatopées

Voir le site consacré à l’album, avec des extraits, des vidéos, une revue de presse…

Interview de Zep consacrée à cet album à lire sur le site de France 3 Pays de la Loire.